Culture | 20.02.2011

Mon nom est Winch, Largo Winch.

Texte de Sophie Cheseaux
Cela faisait longtemps que seuls les héros anglais et américains tenaient le haut de l'affiche. Trop longtemps. Il était grand temps qu'une production française montre à  James Bond, Jason Bourne et autres Iron Man que nous aussi (nous les francophones, pas nous les Français, on est bien d'accord), on peut avoir des hommes à  part : beaux, un brin mystérieux, mais aussi terriblement virils. Largo Winch est ce héros qui permet -enfin- aux Français de revenir dans la course aux films d'action bien ficelés devenus l'apanage des superproductions hollywoodiennes depuis quelques années.
Source: largowinch-lefilm.com

Grande admiratrice du Largo de la bande dessinée, je n’ai pas raté sa première adaptation au cinéma en 2008.  Le film était bien, Tomer Sisley correspondait parfaitement au personnage un brin nonchalant du milliardaire américain.  Je suis ressortie du film contente, mais sans plus. Il manquait le petit  ingrédient secret qui nous transporte  dans un autre monde et qui fait toute la magie du cinéma. Jérôme Salle a compris son erreur, c’est pourquoi il a commencé le deuxième opus avec comme idée directrice l’amélioration : « J’ai tendance, dans ce que je fais, à  ne voir que ce qui ne va pas, explique le réalisateur. Je voulais donc changer ce que je trouvais décevant et conserver ce que je trouvais réussi. A tous les niveaux, de l’écriture jusqu’à  la postproduction. »

 

Et bien, autant vous le dire tout de suite, pari réussi ! Le film commence fort, très fort. Une spectaculaire course-poursuite en voiture, un Largo Winch gonflé à  bloc qui élimine ses poursuivants les uns après les autres avec des feintes dignes de James Bond. Le début est d’ailleurs tellement puissant qu’on a peur de voir le film s’essouffler après dix minutes.  Mais non. Pas du tout. Du début à  la fin le spectateur est baladé entre la Birmanie, Hong Kong, la Suisse, et j’en passe. Les paysages sont magnifiques, et ça fait toujours plaisir de voir s’afficher en bas de l’écran « Lac Léman –Suisse » avec une superbe vue aérienne du lac brillant au soleil. Bien entendu notre beau pays est associé à  deux choses : le secret bancaire qui permet au vilain méchant d’effectuer ses transactions et le siège de l’ONU à  Genève, où se déroule même une scène avec Sharon Stone. Mais arrêtons là  ce patriotisme exacerbé pour en revenir au film.

 

Les personnages d’abord : Gauthier est de retour, plus bavard et décalé que jamais, il occupe une place importante dans le film. Sa fonction est assez classique : «  le valet aux côtés du héros, entraîné dans l’aventure un peu malgré lui. » dixit Jérôme Salle. Le majordome a pour mission, ô combien importante, de retrouver Simon Ovronnaz, fidèle ami de Largo et nouvel arrivé à  l’écran. On est d’abord surpris par l’acteur : Olivier Barthélémy n’a pas du tout le même physique que le Simon de la BD. « Un peu comme pour le casting de Largo on a vu tous les acteurs de cette tranche d’âge en France. On a fait des essais avec quelques-uns d’entre eux (…) Olivier est très doué, doté d’une vraie présence ; il amène de la modernité au personnage. » se justifie Jérôme Salle, anticipant la critique « Je pense qu’on va se faire jeter des pierres, comme toujours. Il ne ressemble pas à  la BD, mais ce qu’il fait du personnage est intéressant. Par rapport aux critiques sur le choix des acteurs, je me suis blindé dès le premier film. (…) Chacun a son interprétation. Si la mienne ne vous plaît pas, j’en suis navré. » En tant que fan absolue du Simon Ovronnaz version dessinée, je dois avouer que le choix de l’acteur m’a d’abord surprise, mais très vite Olivier Barthélémy  a réussi à  me convaincre : il a su trouver exactement l’attitude du dragueur invétéré inventé par Jean Van Hamme et Philippe Francq…

 

Malheureusement, un petit élément négatif se cache parmi tous ces personnages hauts en couleurs : Diane Francken, Sharon Stone pour les intimes. Procureure à  la Cour Pénale internationale, elle accuse Largo de crime contre l’humanité le jour même où celui-ci signe l’acte de vente du Groupe W. Le ton est tout de suite donné : lors de sa première apparition à  l’écran elle est en sous-vêtements, en outre son commentaire en voyant la photo de Largo : « Mmhh… et sexy avec ça » est d’une subtilité fracassante. Le clin d’Š«il à  Basic Instinct, au début du film est lui aussi discrètement tape-à -l’Š«il « ce n’est pas moi qui lui ai demandé de croiser les jambes. J’ai juste amené la robe blanche. » dit Jérôme Salle. Quant à  la coupable, elle s’exclame : « A chaque fois que je croise les jambes, c’est l’affolement général. Je n’y peux rien . J’ai simplement envie de dire une chose : hé, les gars, vous allez vous en remettre un jour ?? ». Et d’en rajouter une couche « chaque acteur se sert de son corps, de son esprit. Après tant d’années passées sur les plateaux et à  l’écran, je sais ce qui, chez  moi, peut provoquer certains effets. Alors bien sûr, j’en joue pour interpréter un rôle, mais je dois aussi y faire attention. Certaines choses sont profondément ancrées dans l’esprit des gens… » La seule chose qu’elle oublie, c’est que Basic Instinct a dix-huit ans. Et elle, il y a quelques temps qu’elle les a passés, ses dix-huit ans. Alors sa démarche de jeune fille en rut (elle se trémousse du début à  la fin du film) fait un peu tache chez une quinquagénaire. Fort heureusement, si son personnage est important, elle est loin d’être omniprésente à  l’écran.

 

Revenons à  un point plus positif : les scènes d’action. Course poursuite, bagarres, explosions, chute libre….. Jérôme Salle n’a reculé devant aucun défi. Et Tomer Sisley a réalisé toutes ses cascades lui-même (quel homme !). Cependant ces acrobaties amènent une bonne dose d’adrénaline, mais aussi des risques énormes. La bagarre en chute libre, par exemple, montre des acteurs tombant à  300 km/h. Il aura fallu pas moins de 111 sauts à  Tomer Sisley pour préparer et filmer cette scène. Il raconte : «Il faut bien comprendre que lorsqu’on saute à  plat, qui est la position la plus lente, il va se passer 50 à  55 secondes avant l’ouverture du parachute. Si on fait des flèches – la tête en bas – ou si on s’agrippe, comme dans le film, on passe de 170 km/h à  300 km/h. Contrairement à  ce qu’on pourrait penser, le vrai danger, ce n’était pas quand on s’agrippait. Les plans les plus dangereux, ce sont ceux où la caméra est relativement fixe – le cadreur chute à  plat – alors que moi, j’arrive en passant comme un boulet à  côté de la caméra. Ça, ce sont des plans où le cadreur chute à  170 km/h alors que moi, je passe à  moins d’un mètre à  plus de 300 km/h. Si on se loupe, c’est un impact colossal. Autant dire que c’est fini. » Ces risques n’ont pourtant absolument pas arrêté l’acteur, qui pratique le base jump durant son temps libre… Jérôme Salle est plus prudent : «  Pour être honnête, si c’était à  refaire, je ne le referais pas. C’est mon troisième film, et pour la première fois, j’ai ressenti de l’angoisse. Parce que quand vous faites passer une voiture à  toute allure à  côté d’une autre voiture qui zigzague, d’un camion-citerne qui explose et d’une dernière voiture qui saute en l’air et retombe juste devant celle qui zigzague, les données sont si nombreuses que le moindre grain de sable met potentiellement en danger la vie d’un acteur ou d’un cascadeur… En même temps, le fait de faire l’action en live permet aux acteurs de jouer plus facilement et intensément que s’ils jouent sur un fond vert. Sur cette scène-là , les acteurs sont dans la voiture, mais on utilise aussi un système de doubles commandes, avec conduite déportée sur le toit. C’est la première fois, je crois, qu’on faisait ça en Europe »

 

Les scènes d’action fantastiques contribuent grandement à  la qualité du film, mais « Largo Winch » deuxième du nom c’est bien plus : il y a l’humour, l’émotion aussi, grâce à  l’histoire d’amour entre Largo et la belle Malunaï. Quant au complot contre le héros, il est parfaitement équilibré, un peu de blabla économique nécessaire mais pas trop. Suffisamment compliqué pour que le spectateur avance à  l’aveuglette avec Largo, cependant encore assez simple pour que l’on ne se déconnecte pas du film après vingt minutes passées à  s’efforcer de comprendre.

 

Pour ce qui est du mot de la fin, je le laisserai au réalisateur, Jérôme Salle : « J’aime lorsqu’il y a plusieurs portes d’entrées, plusieurs couches de lecture. Qu’un enfant de 12 ans puisse voir un film et y trouver autant de plaisir qu’un prof de fac de 40 ans. »

 

 

 

SYNOPSIS

Propulsé à  la tête du groupe W après le décès de son père adoptif, Largo Winch

décide à  la surprise générale, de le mettre en vente afin de créer une ambitieuse

fondation humanitaire.

Mais le jour de la signature, il se retrouve accusé de crimes contre l’humanité

par un mystérieux témoin. Pour prouver son innocence, Largo devra retourner sur les

traces de sa vie passée, au cŠ«ur de la jungle birmane.