19.02.2011

Les rencontres de Viraj

Texte de Viraj | Photos de Viraj
Viraj rencontre Nanga, un fabricant de cerfs-volants
Photo: Viraj

Bali n’a plus de secrets quant à  ses rizières en terrasse, ses plages de surfeurs, ses danseuses et son batik. Nous étions donc très fiers d’avoir trouvé une idée de cadeau original pour nos filleules, un cerf-volant. Le long de la rue Raya Tegallalang à  Ubud, au milieu d’innombrables magasins de sculptures et peintures en tous genres, la boutique Sri Ganesca saute aux yeux: avec ses cerfs-volants de toutes les tailles, formes et couleurs qui flottent autour de la devanture, l’échoppe possède le même magnétisme que les vendeurs de ballons des fêtes foraines.

En franchissant le seuil de la porte, nous sommes tombés sur un couple assis par terre dans une puissante odeur de plastique brûlé, apposant la touche finale à  une tête de grenouille et élaborant les antennes d’un papillon. Nanga, le propriétaire, se lève aussitôt pour nous présenter ses créations. Les dragons ont beaucoup de succès nous assure-t-il. Comprenant que nous cherchons un cerf-volant pour deux fillettes, il s’empresse de nous diriger vers les papillons et les paons. Les deux modèles sont magnifiques, très légers, en bambou et en toile imperméable, faciles à  monter, tout semble parfait. Nous émettons quand même quelques réserves quant à  la fragilité des engins, particulièrement en prévision d’un envoi par la poste. « J’ai tout ce qu’il faut » nous rassure Nanga en extrayant tant bien que mal un rouleau de papier cartonné coincé au fond de sa boutique. « Marché conclu, allons-y pour un papillon et un paon! » Tout en composant un emballage sur mesure, Nanga nous apprend qu’une grande compétition de cerfs-volants a lieu chaque année sur l’île, les participants se mesurent avec des toiles de dix mètres ou plus. Son fils de six ans entre soudain dans le magasin en compagnie d’un ami, brandissant une petite structure bizarre faite de pailles en plastique. « C’est un ogoh-ogoh » nous annonce la mère en riant. Un quoi? « Un monstre pour la procession de Nyepi » ajoute-t-elle. Ce n’est qu’après plusieurs tentatives d’explications que nous faisons le rapprochement avec le nouvel an du calendrier hindou saka qui aura lieu le 5 mars. Nous comprenons alors le « ridicule » de la situation: le petit ogoh-ogoh que nous avons sous les yeux est bien loin des massives statues en papiers mâché que les habitants des quatre coins de Bali sont en train de construire. « Ogoh-ogoh, ogoh-ogoh, ogoh-ogoh » scandent les deux garçons surexcités.

Après avoir pris congé de Nanga et sa famille, il ne nous reste plus qu’à  nous rendre à  la poste. Nous faisons halte dans notre guesthouse, inscrivons au feutre indélébile l’adresse de nos deux filleules, ajoutons un petit mot personnel sans oublier de tracer un énorme FRAGILE des deux côtés des paquets. Arrivés à  l’office du géant jaune indonésien, notre enthousiasme fringuant retombe aussi sec. « Ces paquets sont très légers mais vu leurs dimensions, cela équivaut à  deux colis de dix kilos. Ce qui fait pour un envoi par avion… » l’hésitation et la mine désolée de l’employé nous laisse présager le pire. » …cent vingt-trois dollars pièce! » Nos cerf-volants à  cinq dollars vont donc probablement finir leurs jours dans les mains de gamins du coin. Désolés les filles, on promet de faire mieux la prochaine fois.

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