Politique | 27.02.2011

Affaire de « pol-éthique »

L'UDF (union démocratique fédérale) a lancé l'année passée une initiative contre le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse. Appuyée par de nombreux membres de l'UDC, mais aussi d'autres partis, cette initiative fait son bout de chemin et risque de bientôt passer dans nos bulletins de vote.

L’idée est de cesser de rembourser l’avortement, parce que c’est une décision privée, que la grossesse n’est pas une maladie dont l’IVG (interruption volontaire de grossesse) serait le traitement, et que non, le ventre d’une femme ne lui appartient pas : il appartient à  la vie. Ce n’est pas normal de devoir payer les IVG de ces filles qui oublient leur pilule, coûtant ainsi de l’argent à  la société et aux contribuables. Payer leurs avortements avec leur argent de poche, voilà  qui responsabilisera ces jeunes filles !

 

Certes…

C’est bien joli, mais les phrases citées plus haut ne veulent absolument rien dire.

Utiliser l’argument de l’économie est une erreur monumentale: une grossesse coûte beaucoup plus cher qu’un avortement, et, tout le monde n’ayant pas les moyens matériels d’élever un enfant, l’Etat se retrouverait à  devoir financer encore plus de gens. Donc exit l’argument de l’argent que l’on nous vole.

 

Les jeunes filles irresponsables… Deux choses, tout d’abord la majorité des avortements sont dus à  des femmes adultes, généralement mariées, et non à  de petites jeunettes écervelées. Ensuite, ces filles et femmes ne sont pas tombées enceintes toute seule, telle la vierge Marie. Il faut être deux pour concevoir un enfant. Ainsi, il faut être deux aussi pour gérer la contraception, même si c’est toujours à  la femme de prendre la pilule. L’homme doit être présent, et surtout, c’est aussi à  la lui de faire attention à  se fertilité, en se protégeant (préservatif), ou en aidant sa conjointe à  prendre régulièrement sa pilule. Il est donc autant responsable d’une grossesse qu’une femme, c’est 50/50. Alors pourquoi cela devrait-il être à  la femme de payer ? Ne paye-t-elle déjà  pas assez en subissant l’IVG, qui peut être dangereux, traumatisant, et qui peut créer des dommages sur sa capacité à  procréer ?

 

Certes, l’avortement n’est pas vécu par tout le monde de la même manière, certaines femmes peuvent se faire avorter plusieurs fois sans que cela ne leur cause aucun dommage physique ou mental. Mais ce n’est largement pas le cas de toutes les femmes. Ajoutons encore qu’une grossesse est plus dangereuse qu’un avortement, elle fait augmenter de 12% le risque de mortalité par rapport à  une personne « en bonne santé ». La grossesse n’est pas une maladie, mais, même au XXIème siècle, elle reste dangereuse.

 

Continuons : un argument en faveur du non remboursement de l’IVG, c’est d’encourager les accouchements sous X (anonyme, et l’enfant est adopté par une autre famille par la suite). Mesdames et messieurs, imaginez vivre pendant 9 mois avec un être à  l’intérieur de vous. Un être dont vous ne voulez pas, qui vous fait même horreur. Un être qui grandit en vous, avec des yeux, des mains, une bouche, qui bouge, qui vous aspire votre énergie, qui change votre corps, vos goûts, votre vie… alors que vous n’en voulez pas !

 

C’est un sacrifice inhumain. Bien sûr, la grossesse, ce n’est pas seulement tout cela, c’est la naissance de la vie, c’est l’émerveillement, etc. Mais là  il s’agit d’une grossesse non désirée, pour des raisons parfois très lourdes à  porter. On ne peut pas forcer qui que ce soit à  vivre cela, et l’on peut facilement penser que la grossesse se passera mal, et que cela peut avoir un impact sur l’enfant à  naître.

 

Enfin, prenons un cas rare, mais qui existe : les femmes qui tombent enceinte après un viol. Non seulement elles doivent avorter, ce qui est terriblement dur, mais en plus, elles devraient payer pour avoir le droit de se faire avorter ? Impensable !

L’IVG est légal depuis seulement 1974 environ. Et l’on veut déjà  l’abolir. Pour les personnes incapables de payer, ce sera le retour aux aiguilles à  tricoter que l’on s’enfonce dans le vagin pour détruire l’embryon, aux plantes et autres médicaments douteux aux effets simplement horribles, etc.

 

Le docteur Fiala, à  Vienne, est spécialiste de la contraception. Ayant longtemps travaillé en Afrique, il est resté traumatisé des 3 femmes par jour qui venaient d’urgence à  l’hôpital, avec des bouts de fer coincés dans le vagin, après une tentative d’avortement « maison ». Essayons de ne pas vivre cela en Suisse.

Sachez encore au passage qu’il existe l’IMG, l’interruption médicale de grossesse, décidée par le médecin, sans que les parents aient le droit, en général, de faire appel.

 

L’avortement est un droit, mais en aucun cas un moyen de contraception, ou de confort de vie. L’avortement abusif est une faute, l’avortement ne doit pas être pris à  la légère. Mais il n’y a aucune raison pour que les personnes devant vraiment avorter pour des raisons tout à  fait valables payent pour celles qui abusent de ce droit. Il n’y aucune raison pour que la femme paye un acte déjà  très lourd, alors que l’homme est autant responsable de la grossesse. Il n’y aucune raison d’économiser sur l’avortement, alors que la grossesse coûte encore plus cher, sans parler d’un bébé, d’un enfant. Enfin, il n’y aucune raison de juger et culpabiliser les femmes et les couples qui y ont recours, alors que la plupart du temps les raisons qui nécessitent un IVG sont déjà  assez difficiles à  porter, et se portent toute une vie.

 

Au lieu de faire des initiatives aussi pleines de non-sens, proposons des solutions : la prévention, la gratuité de certains moyens de contraception, comme les préservatifs. Une moralisation peut-être, pour éviter les abus. Surtout, de meilleures moyens d’information sur la sexualité, la contraception et la grossesse. Expliquer qu’une vie est une vie, et que l’arrêter alors que l’on a les moyens, matériels et psychiques de l’accueillir, est une mauvaise chose. Mais l’avortement, lui, est un droit, et cela ne doit pas changer.