14.01.2011

Croquer la grande pomme

Texte de Sophie Cheseaux
Chaque année avant les vacances de Noël une question se pose : « Tu pars cet hiver ? » Les plus traditionnalistes répondent : « Au ski, comme chaque année », tandis que les frileux préfèrent des destinations plus exotiques « Au soleil ». D'autres encore prennent le risque de traverser l'Atlantique pour essuyer des tempêtes de neige sur le littoral nord-américain.

Les fêtes de fin d’année, c’est une question de concept : familial, en amoureux, entre potes ou alors, mais c’est plus rare, seul au monde. Quant au choix d’une destination, si tant est qu’on a encore les moyens de partir après les cadeaux de Noël,  il est toujours très délicat.

 

 

Bien entendu, il y a des endroits qui bénéficient d’une certaine aura : Paris est célèbre pour être la « ville lumière », romantique, belle et cultivée. Rome, « cité éternelle »,  romantique elle aussi quoique dans un style plus méditerranéen que son homologue française, à  la fois charmante et enivrante. Saint-Pétersbourg, surnommée « la Venise du Nord », tout aussi romantique que ses congénères, froide et captivante.  Ces métropoles se sont taillés une place de choix parmi les destinations de voyage des occidentaux. Au fil du temps leur image a pris une dimension quasi mystique dans l’imaginaire collectif, grâce aux artistes qui ont arpenté leurs rues, grâce aux restaurateurs, à  l’architecture particulière, grâce aussi à  l’air que l’on respire : farniente ou vie trépidante de citadins stressés ?

 

 

Ce sont ces spécificités, ajoutées à  une multitude de petits détails qui font tout le charme des cités du monde entier.  On pourrait disserter pendant de longues heures sur le sujet, cependant dans cet article je ne vous parlerai pas de villes européennes, puisqu’elles nous sont devenues familières depuis que le TGV et Easy jet offrent des prix abordables pour une grande partie de l’Europe. Non, je vous parlerai de New York, capitale culturelle incontestée –et incontestable- des Etats-Unis. J’en parlerai car cet hiver je me suis offert le luxe d’une escapade de deux semaines dans « La grande pomme ». J’en reviens riche, riche de photos, de souvenirs, d’expériences, mais aussi affreusement pauvre – au bord de la ruine pour être honnête- puisque dans le pays du libre-échange tout se paie.  Ce paradoxe entre richesse et pauvreté fait partie des innombrables oppositions qui forment la ville toute entière : le beau et le laid, le gigantesque et le minuscule, la force et la faiblesse, le lumineux et le sombre. Tant de choses à  voir, à  découvrir, tellement d’aspects différents qu’une vie entière ne suffirait pas pour vraiment cerner le cŠ«ur de New York.

 

 

Et d’ailleurs, la ville a-t-elle vraiment un cŠ«ur, un centre névralgique ? Manhattan est certainement l’endroit qui se rapproche le plus de la définition que l’on a d’un centre-ville. Mais cette île est tout simplement immense ! On est loin de la vieille ville de Lausanne, qu’on peut traverser à  pied en quelques heures. Par ailleurs, l’île est divisée en plusieurs quartiers très différents les uns des autres :  Harlem, Upper East/West Side, Tri Be Ca, Wall Street, Greenwich Village, Chinatown, et j’en passe. Les quartiers sont particulièrement typés : Upper East Side, chic, majoritairement blanc, très propre. Harlem, noir et hispanique, populaire, assez sale. Wall Street, quartier d’affaire, des bureaux, des cols blancs un peu partout, gratte-ciels à  profusion. Trois quartiers, trois mondes, une seule ville. Cela participe au charme de New York, on peut se retrouver complétement dépaysé en passant d’une rue à  l’autre. Mais en même temps l’idéal américain du « Melting Pot », dont New York est censée être un symbole car elle est très cosmopolite, n’est pas une réalité puisque les différentes ethnies se retrouvent regroupées par quartiers…

 

 

Harlem, par exemple. Un quartier qui était, il y a quelques années encore, un lieu que les blancs évitaient par peur, par prudence tout simplement. Les choses ont bien changé, on peut s’y promener le soir sans prendre plus de risques que lors d’une ballade dans Lausanne une fois la nuit tombée. On se sent, certes, très blanc, mais absolument pas épié, jaugé, voire agressé. Des blancs s’installent peu à  peu dans le quartier aujourd’hui, attirés notamment par le Hugo Newman College Preparatory School, une des meilleures écoles primaires de la ville actuellement. On y compte seulement 3% d’élèves blancs, mais ce chiffre, qui peut paraître insignifiant, est une marque tangible des changements qui s’opèrent dans la ville toute entière.

 

 

Car New York est en constante mutation. Les métros un brin désuets sont modernisés : on y installe des panneaux électroniques qui affichent le nombre de minutes avant l’arrivée de la prochaine rame, des nouveaux wagons, des panneaux d’informations un peu partout.

 

 

Et même le site des World Trade Center, devenu Ground Zero l’espace de quelques années est maintenant un gigantesque chantier. Qui aurait pu dire, il y a dix ans, que les Etats-Unis auraient le courage de reconstruire une tour à  cet endroit précis ? Car il en faut, du courage pour tout recommencer au début, par-dessus les lieux où tant de personnes ont perdu la vie.

 

 

Cependant, si les américains avancent, la page est loin d’être tournée, on sent la peur plus que jamais dans la city, peur du terrorisme, des attaques d’extraterrestres, de jeunes désorientés qui arrivent à  l’école fusil à  la main : partout des panneaux « If you see something, say something » (qu’on peut traduire par « Si vous voyez quelque chose, dites-le ») fleurissent dans les rues et les métros. C’est comme un avertissement à  la population. Les Etats-Unis ne se sentent pas à  l’abri, ils surveillent leurs douanes avec une méticulosité qui frise la paranoïa, fouillent tous les sacs à  l’entrée des musées, postent des policiers à  tous les coins de rues et multiplient les campagnes de recrutement pour l’armée. Les power-plays des Islanders sont sponsorisés par l’US Air Force. L’armée va jusqu’à  chercher ses futures recrues dans les écoles du pays. Peut-être vont-ils trop loin ? Peut-être n’est-ce pas à  nous, pauvres petits européens, de juger ce géant si sûr de lui ? Pas si sûr….

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