12.12.2010

Les rencontres de Viraj.ch

Texte de Viraj
Les rencontres de Viraj.ch, épisode 1.

Dix minutes de pause dans une gare indienne

 

Le train s’arrête très lentement à  la gare d’Ambalappuzha (Kerala, Inde du sud). Notre wagon s’immobilise devant une famille au grand complet, quinze personnes au moins, et autant de bagages. Ils montent tous, hommes, femmes et enfants pour caser les sacs sous les sièges du compartiment en face de nous. Seules trois femmes d’une cinquantaine d’années s’installent, embrassent leurs enfants, petits-enfants, neveux, cousins, peut-être même voisins en leur faisant leurs dernières recommandations et voeux de bonne chance. Mais le train n’est pas décidé à  redémarrer. Les discussions se poursuivent à  travers la fenêtre avec les proches retournés sur le quai. L’un des hommes nous interpelle, nous demande d’où l’on vient, ah la Suisse, ce qu’on fait dans la vie, depuis combien de temps on voyage.

– Un an! Vous avez de la chance. Pour nous ce serait impossible. Notre vie c’est le travail, travail, travail. Pourtant ce n’est pas l’envie de s’amuser qui manque. Dès qu’on a l’occasion de se divertir on en profite, mais la majeure partie de nos journées se passe au boulot.

Pendant ce temps, l’une des femmes assise à  côté de nous sort un billet de 500 roupies (11 CHF, une fortune! Le salaire des ouvriers qui ont construit cette année les infrastructures des jeux du Commonwealth à  Dehli s’élève à  100 roupies par jour) et le tend, à  travers les barreaux de la fenêtre, à  la fillette qui tient la main de notre interlocuteur.

– Vous avez des enfants? reprend-il.

– Non, on a décidé de voyager d’abord, les enfants ce sera pour plus tard.

– Vous ne faites pas beaucoup d’enfants en Occident pas vrai?

Non, en général un ou deux.

– En Inde c’est pareil. Enfin non, ça dépend des endroits. C’est vrai qu’au nord, les gens font beaucoup d’enfants. Au Kerala, mis à  part les musulmans, les habitants en ont généralement un ou deux.

– Toi tu as des enfants?

– Oui, une fille, nous répond-il en souriant à  la petite princesse qui l’accompagne.

Par moment, l’homme traduit notre conversation aux trois femmes assises à  côté de nous. Elles nous dévisagent avec le sourire, en dodelinant la tête de droite à  gauche comme seuls les Indiens savent le faire.

– Et alors après l’Inde vous rentrez chez vous?

– Non, on prend un vol pour la Malaisie. On va probablement aussi passer quelques jours à  Singapour. Il y a une grande communauté indienne à  Singapour non?

-Oh oui, j’ai de la famille qui y habite. Beaucoup d’Indiens du sud font du business là -bas et à  Dubaï.

– Donc les gens de la colonie indienne de Singapour parlent le malayalam (langue du Kerala)?

– Oui mais pas seulement. Quand vous y serez, demandez qui parle le malayalam, et c’est certain que cette personne-là  connaîtra ma famille. Mais donnez-moi aussi votre adresse email.

Le temps de trouver un bout de papier et un stylo, le train se remet en branle tout aussi lentement qu’à  son arrivée. Mais il y a urgence! Notre ami presse de plus en plus le pas pour rester à  notre hauteur. Alors que les passagères en profitent pour envoyer leurs derniers baisers à  la famille, nous avons tout juste le temps de griffonner nos coordonnées et de tendre le billet par la fenêtre.

– Alors au revoir, et bon voyage.

Viraj.ch

 

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