30.12.2010

Les rencontres de Viraj

Texte de Viraj
Viraj rencontre Eki, un survivant du tsunami

Le 26 décembre à  huit heures, nous nous dirigeons vers la mosquée de Lampuuk, un petit village de la province d’Aceh à  la pointe nord-ouest de Sumatra (Indonésie) pour assister à  la cérémonie en souvenir des victimes du tsunami de 2004. Je sue à  grosses gouttes, ayant dû ressortir mes vêtements d’hiver afin de respecter le code vestimentaire prescrit par la sharia (loi islamique), en vigueur dans la région. Pour avoir déjà  parlé de la catastrophe avec d’autres villageois, nous savons que Lampuuk a terriblement souffert du tsunami. Village côtier l’un des plus proches de l’épicentre, sans collines à  proximité pour permettre à  la population de se mettre à  l’abri, tout était réuni pour un véritable carnage. Toutes les infrastructures ont été dévastées à  l’exception de la mosquée, quatre cents personnes sur sept mille ont survécu. Dans ce village tout neuf, où les maisons sont identiques, récemment reconstruites par l’aide internationale, le traumatisme est encore palpable et nous avançons le coeur lourd.

 

En chemin, quelques jeunes hommes qui boivent un café devant une petite échoppe nous invitent à  les rejoindre. Ah le café de Sumatra! L’un d’eux nous prépare deux chaises, il s’appelle Eki.

 

– Vous dormez chez Joel? Je travaillais pour lui avant le tsunami, il avait des bungalows sur la plage. Mais tout a été détruit. Il a prévu le coup cette fois-ci, il les a construits en hauteur, contre le rocher

– Vous travaillez où maintenant?

– Pour une compagnie de croisières espagnole. Je m’occupe de la maintenance des bateaux, souvent sur la Méditerranée mais aussi dans les Caraïbes.

– Vous étiez ici quand le tsunami a eu lieu?

– Oui, exactement ici. Je m’étais levé de bonne heure pour prendre un café ici. Ensuite je suis retourné chez moi, et j’ai senti une grosse secousse. Je suis donc retourné au bar pour voir si rien n’avait été détruit. Je suis monté sur le toit, et là  j’ai vu l’eau arriver. J’ai couru aussi vite que possible dans les terres, et la première vague n’a pas été très forte. Une femme gisait dans l’eau, j’ai essayé de l’aider mais elle était coincée, peut-être sous un débris de maison, je ne sais pas. C’est à  ce moment là  que la deuxième vague est arrivée, d’environ 15 mètres de haut. J’ai enlevé mes vêtements pour nager et j’ai pu monter sur un toit qui flottait. La troisième vague m’a encore entraîné plus loin, et quand l’eau s’est retirée je me suis retrouvé au milieu des champs de riz, là -bas.

– Lampuuk a été complètement détruit…

– Oui, on a tous perdu toute notre famille.

– On a vu le documentaire tourné par la BBC, ça devait être horrible.

– Oui. Vous avez vu la visite de Bush père et Clinton? J’étais là  quand ils sont arrivés. C’était incroyable toute la sécurité qu’il y avait, américaine, indonésienne, on a dû nettoyer le périmètre qu’ils ont visité, etc… Mais c’est bien qu’ils soient venus. Bon, c’est l’heure d’aller à  la mosquée.

 

Tout le monde se lève, nous croyions aller payer nos café au comptoir lorsque nous entendons Eki, depuis la rue.

– C’est bon pour les cafés, je les ai déjà  payés. /Viraj

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