17.12.2010

Les rencontres de Viraj

Texte de Viraj
Viraj rencontre la paranoïa indienne

Aéroport de Cochin (Kerala, Inde), 15:00.

– Vos passeports s’il vous plaît. Merci. Vous pouvez déposer vos sacs ici. Voici des étiquettes à  accrocher à  vos bagages à  main. Veuillez également remplir ces documents pour le bureau de l’émigration.

Notre embarquement pour le vol AK 204 à  destination de Kuala Lumpur commence on ne peut plus normalement. Nous remplissons les formulaires indiqués à  quelques mètres du guichet d’Air Asia lorsqu’un employé de la compagnie s’approche de nous.

– Puis-je voir votre billet d’avion d’entrée sur sol indien?

– Nous sommes arrivés à  pied, par la wagah border (seul point de passage entre l’Inde et le Pakistan sur une frontière de 2’912 kilomètres)

– Ah, vous venez du Pakistan… très bien merci.

Le mot tabou a été prononcé, répandant dans son sillage une vague de tension dont on se serait bien passé. Quelques minutes plus tard, tandis que nous sommes toujours affairés sur des numéros de visa, date d’émission de passeport et autre adresse en Inde, une deuxième employée nous conseille d’accélérer le mouvement en vue de l’émigration. Sans blague! Heureusement pour notre planning, les bureaux en question sont vides. Deux agents examinent nos passeports séparément.

– C’est votre dernier jour de visa! Combien de temps êtes-vous restée en Inde?

– Un peu moins de trois mois.

– Vous êtes entrée à  quelle date?

– Le 17 septembre.

Tout est écrit sur le visa qu’il a sous les yeux mais il poursuit.

– Vous êtes restée combien de temps en Inde?

– Trois mois.

– Vous êtes allés où?

Je lui détaille les lieux visités avant qu’il ne me coupe.

– Vous êtes entrée quand en Inde?

– Le 17 septembre.

– Et vous allez où?

– A Kuala Lumpur

– Mais vous n’avez pas de visa.

– Ce n’est pas nécessaire pour les citoyens suisses.

– Ah. Et c’est le dernier jour de votre visa indien?

– Oui.

– Vous avez passé combien de temps au Pakistan?

– Six semaines.

– Pourquoi êtes-vous allée au Pakistan?

– Pour du tourisme.

– Vous allez où maintenant?

– A Kuala Lumpur.

– Vous faites quoi comme métier?

– Je suis étudiante.

– C’est ça. Et vos parents?

– Mon père est instituteur, ma mère secrétaire comptable.

– Vous allez où maintenant?

– A Kuala Lumpur.

– C’est quoi la profession de votre père?

– Instituteur.

– Vous êtes entrée quand en Inde?

– Le 17 septembre.

Ils tamponnent nos visas et nos cartes de sortie. Etape suivante, contrôle des bagages. Un policier nous observe tout en parlant dans son talkie walkie. Nos briquets ne passent pas le test des rayons X, ils resteront là . Sur le podium du contrôle au détecteur de métaux, jambes écartées et bras en croix, nous n’en avons pas fini avec l’interrogatoire.

– Vous êtes venus en Inde pour du tourisme? C’est quoi votre profession? Et celle de votre conjoint?

Hormis le délit de sale visa, il n’y a rien de suffisamment suspect pour nous retenir davantage. Nous rejoignons notre porte d’embarquement, commandons un café et observons les dix agents armés venus patienter avec nous.

Si on va aux Etats-Unis, il faudra commander un nouveau passeport. /Viraj

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