26.12.2010

Les rencontres de Viraj

Texte de Viraj
Viraj rencontre un politicien malaisien.

Nous qui avons prévu un voyage par voie terrestre sauf cas de force majeure, nous nous retrouvons contraints de prendre l’avion une semaine seulement après avoir atterri à  Kuala Lumpur. Nous sommes déjà  sur l’île cosmopolite de Penang au nord ouest de la Malaisie, dans le but de voyager par ferry jusqu’à  Sumatra (Indonésie) lorsque nous apprenons que les bateaux ne fonctionnent plus depuis six mois. C’est donc sans grand enthousiasme que nous réservons un vol pour le lendemain.

 

Arrivés à  bord, les hôtesses nous distribuent les documents à  remplir en vue de l’émigration indonésienne. Mon voisin de droite me propose son stylo et tout en observant mon passeport me demande si nous sommes Allemands. Après avoir échangé les quelques phrases incontournables à  propos de la Suisse et de la Malaisie, il enchaîne abruptement sur la politique.

 

– Est-ce que la Suisse est un pays libre?

– Oui, c’est une démocratie et les gens… oui, les gens sont libres.

– Et qui est le président?

 

Une petite leçon d’instruction civique helvétique s’impose.

 

– Et en Malaisie, comment va la politique?

– C’est pas facile, depuis quelques années il y a une opposition. Je suis moi-même politicien à  Penang.

 

Impossible de savoir pour le moment de quel côté de l’échiquier il se situe.

 

– Quand est-ce qu’ont lieu les prochaines élections?

– D’ici quelques mois.

– Ah, c’est peut-être pour ça. Il y a deux jours nous nous sommes promenés vers le fort, et il y avait une énorme fête de Noël avec concert et buffet offert. On a pensé qu’il s’agissait peut-être d’une manifestation organisée par la mairie.

– Je ne pense pas. La politique est un sujet très sensible à  Penang avec toutes les nationalités qui y vivent.

– Les gens se sentent libres?

– C’est une très bonne question, commence-t-il par répondre. Puis, en bon politicien, il évite le sujet. Je suis du côté du président. Ce sont nous, les Malais, qui avons tout construit, les routes, les écoles, les infrastructures, et tout allait bien. Maintenant les Chinois (ndlr : la Malaisie compte une importante population chinoise) et l’opposition veulent le pouvoir et ça crée des troubles et des complications.

 

En voila un qui adhérerait à  l’initiative pour l’expulsion des criminels étrangers! Heureusement pour moi, je n’ai pas à  commenter son point de vue puisque l’hôtesse me fait signe de quitter l’avion, nous sommes arrivés à  Medan. Dans le hall de l’immigration indonésienne, j’observe mon interlocuteur qui s’adresse à  présent aux différents employés sur un ton bien moins courtois que durant notre discussion. Et comme par enchantement, il franchit les bureaux de contrôle en deux temps trois mouvements, je ne sais même pas s’il a présenté son passeport. Quelque soit son programme, l’opposition doit avoir du bon. /Viraj

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