Politique | 12.12.2010

Danger planétaire ?

Texte de Iskandar Elbaal
Avec la reprise des négociations concernant le nucléaire iranien, le président Ahmadinejad est à  nouveau sur le devant de la scène médiatique internationale. Il m'a paru bon de revenir, un an et demi après les élections présidentielles de 2009 en Iran, sur une question que l'on me pose souvent : Ahmadinejad n'est-il pas un dangereux fasciste ?
Image: http://allainjules.files.wordpress.com/2010/05/ahmadinejad.jpg

Il s’agit tout d’abord, pour se faire une idée un peu plus précise, d’écarter les thèses affabulatoires provenant de la paranoïa internationale, du fantasme du choc des civilisations. Ahmadinejad ne fait pas partie d’Al Qaeda, il ne représente en rien un soi-disant fanatisme religieux qui en voudrait profondément à  l’occident sur-laïcisé et démocratique. Ceci étant écarté – et j’espère ne pas avoir à  me justifier sur ce point-là  pour continuer-, voyons à  présent pourquoi ce personnage, à  la tête d’une puissance certes émergente mais encore peu influente géopolitiquement, inspire tant de peur.

 

L’impérialisme américain, encore lui, n’est pas innocent dans cette affaire. Le fait que le programme nucléaire iranien ait commencé sous le régime du Shah d’Iran ne semble offusquer personne. Il est de notoriété publique, et nul besoin de document « top secret » de Wikileaks pour le prouver, que ce personnage fut installé par les USA eux-mêmes. Ahmadinejad en a fait un de ses arguments de campagne : L’Iran doit se développer lui-même et n’a nul besoin d’une puissance étrangère pour cela. Ce mouvement de décolonisation peut rappeler certains mouvements en Afrique qui furent bien plus violent. A cette époque, ils étaient bien sûr vus comme des Barbares, alors nulle raison que l’Iran ne soit pas considéré comme tel. L’Iran veut se souverainiser, ce pays est donc barbare et dangereux. Bien. Les nations euro-atlantistes auraient dû se souvenir des méfaits de la colonisation permanente au Proche-Orient, notamment avec le 11-Septembre, mais ce n’est pas vraiment leur genre de se remettre en question.

 

Ahmadinejad est populiste. C’est vrai, c’est d’ailleurs ce qui lui a permis, entre autres, de gagner l’élection présidentielle de 2009. Distributions gratuites de nourriture, discours enflammés… Le populisme est à  la mode, ce n’est pas la France ou la Suisse qui ont à  donner des leçons là -dessus ; nous avons notre UDC, nos voisins ont l’UMP. Ce n’est pas en soutenant la cause palestinienne que Mahmoud Ahmadinejad nourrit sa population, il en faut plus. Il voit en l’Etat le moyen de diriger le pays plus qu’autre chose, tandis que le « réformiste » Moussavi, clairement soutenu par les USA (Hillary Clinton l’a elle-même avoué dans une interview accordée à  Fareed Zakaria sur CNN le 9 août 2009) à  l’aide entre autres de faux messages sur Twitter, prône des privatisations pour sortir le pays de la pauvreté. Chacun se fera son avis, toujours est-il que les paysans et les ouvriers, le gros de la population, a été séduit par le discours d’Ahmadinejad. Peu importe s’il a vraiment réalisé ses promesses, nous ne sommes pas là  pour en juger. Toujours est-il que la démocratie semble nous gêner lorsqu’elle ne va pas dans le sens voulu. C’était déjà  flagrant en 2007 lorsque le Hamas prit la Bande de Gaza non par la force, mais par des élections démocratiques (1). Là  encore, les USA avaient tenté d’évincer le Hamas en soutenant financièrement et en armant une faction ennemie (2). Echec et « dégâts collatéraux » (des morts).

 

Enfin, de par sa petite taille, Ahmadinejad n’inspire pas la confiance, on le replace souvent dans la lignée Mussolini-Hitler-Sarkozy. Des arguments sérieux, on le voit.

 

En conclusion, Ahmadinejad est un populiste souverainiste et donc anti-impérialiste, ce qui ne peut plaire ni aux USA, ni à  leurs caniches de gardes (l’expression n’est pas de moi). Le contrôle du Moyen-Orient est mis en danger. Autrefois, Israël jouait fort bien son rôle de flic, aidé de la Jordanie, de l’Egypte et de l’Iran du Shah. Seulement voilà , Ahmadinejad n’est pas le Shah et cela, ça vaut bien qu’on l’empêche de moderniser son pays. Ce ne sont pas les émirs corrompus des états voisins qui diront le contraire.

 

(1) : http://www.elections.ps/template.aspx?id=362&sndx=5 : Le Hamas se trouve sous la liste « Change and Reform ». De jolies petites cartes toutes mignonnes s’y trouvent aussi, et montrent que le gain de l’élection dans la Bande de Gaza s’est surtout jouée à  Gaza-City et Gaza-Nord. On remarque que, malgré le fait que le Fatah a gagné dans plus de districts, le Hamas a remporté les districts plus peuplés, ce qui a abouti à  ces résultats serrés.

(2) : http://www.rue89.com/2008/03/06/vanity-fair-devoile-le-plan-secret-americain-contre-le-hamas