13.11.2010

Protection des données

Texte de Eléonore Payro
Alors qu'est sortit récemment « The Social Network » relatant la genèse de Facebook, la polémique sur la protection des données personnelles est toujours plus insistante. Point de vue.

Que transmet-on réellement aux sites que nous utilisons quotidiennement ? Hotmail, Gmail, Bluewin, Facebook, Twitter, Google…

 

Nous donnons énormément d’informations personnelles à  ces outils de communication, sans nécessairement prendre réellement conscience de ce que cela implique. Protection des données personnelles ? Vente de nos informations aux entreprises ? Fantasme d’espionnage à  la 1984 ?

En faisant confiance à  ces réseaux, sous couvert d’anonymat protecteur propre au web, bien des individus ne sont pas conscients de leur étalage.

 

Il suffit en effet de quelques clics pour parvenir à  la page personnelle de son futur employé, de son nouveau collègue, de ses camarades de classe. Sans connaître la personne, il est extrêmement facile d’avoir une image plus ou moins réaliste de cette personne par Facebook. Informations personnelles, goûts, photos, posts… Photos de soirées, lacunes cruelles en orthographe, appartenance à  des groupes suspicieux… Les informations transmises sont nombreuses et parfois très privées, et peuvent ainsi devenir une arme utilisée contre soi.

Mais ces données ne peuvent-elles que trahir nos intérêts et nos excès auprès d’autres personnes ? Sont-elles stockées, puis utilisées à  des fins commerciales ?

 

On peut remarquer facilement que la publicité est ciblée : dans la marge de droite, la publicité imposée sur Facebook est censée correspondre à  nos attentes. En haut de la boîte mail de Gmail, le site nous propose d’aller sur des sites commerciaux qui devraient nous intéresser. Et bien souvent l’intérêt existe. Comment ces sites devinent-ils nos goûts ?

 

Après avoir lu la charte d’éthique de Facebook et de Gmail, on découvre que ces deux sites s’accordent le droit d’enquêter sur leurs utilisateurs. Facebook observe les groupes dont nous faisons partie, les pages visitées, envoie ces informations à  ses clients pour cibler au mieux possible la publicité. Quant à  Gmail, c’est en filtrant les sujets et le contenu de nos mails que le site parvient à  découvrir nos besoins. En étant sur la newsletter d’un site de musique, de mode, d’immobilier ou de technologies, vous recevez des mails vous proposant les dernières nouveautés, et Gmail, en cherchant les termes répétés, vous propose de la publicité ciblée.

 

Mais est-ce réellement légal ? Théoriquement oui, puisque ces deux sites jurent ne pas stocker ces informations, et les anonymiser. Ainsi, leurs clients sauront qu’il existe un utilisateur aimant les chaussures, la musique classique et cherchant une maison de vacances, mais ne saura pas son nom. Mais est-ce réellement éthique ? La sensation de se sentir épié est-il légitime ? Nous dirigeons-nous vers une société ultra-observée, digne d’un roman d’Orwell ?

Mais l’usage de ces réseaux dépasse la simple querelle entre individus et l’usage ciblé de publicités : aujourd’hui, ils sont le dernier outil d’informations pour la police et les médias. En septembre dernier, la police genevoise avait réussi à  démanteler une rixe géante organisée par des jeunes grâce à  Facebook. En effet, les manifestations à  risques, souvent organisées en quelques minutes sur ce site, sont observées régulièrement par la police qui y voit un moyen d’intervenir plus rapidement. En utilisant Facebook comme agenda public d’émeutes collectives, la police a le moyen d’agir en un temps record.

 

Les journalistes également prennent Facebook ou Twitter comme une source d’informations : lorsque le prix Nobel de la Paix a été remis à  Liu Xiaobo, sa femme, assignée à  résidence, n’avait que Twitter comme moyen de communication extérieur. Ses quelques mots ont été repris par les médias du monde entier. Lors des émeutes de Téhéran, en juin 2009, contestant les résultats de votations vraisemblablement truquées, Twitter, Facebook et Youtube ont permis à  des milliers de jeunes Iraniens de montrer leur quotidien dans une dictature. Opinions, photos et vidéos mises en ligne à  leurs risques et périls par des Iraniens étaient les uniques illustrations de ce soulèvement. D’ailleurs, le prix de journalisme George Polk a été remis à  un iranienne anonyme ayant filmé et diffusé la scène de la mort par balle d’une manifestante.

Faisant partie intégrante de nos vies modernes, outils de renseignements et nouveaux piliers sociaux, ces sites web deviendront-ils un mode d’espionnage camouflé ?

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