Politique | 30.11.2010

Portrait d’une « MNA »

Texte de Juliette Ivanez
Une jeune migrante nous raconte son parcours et les conditions de vie des "MNA" en Suisse. A lire!

Etre MNA en Suisse : le poids d’un avenir incertain

Dans le groupe de travail sur les « mineurs étrangers non accompagnés » – bref « MNA » – les participants discutent la situation des jeunes migrants en Suisse. Un sujet sensible, surtout parce que trois MNA sont présents dans ce groupe. Une prend le courage et nous raconte son histoire.

 

« Je m’appelle Adjoua*. J’ai 17 ans et je viens de Côte d’Ivoire ; je suis en Suisse depuis bientôt 8 mois. Je n’ai pas trop envie d’expliquer pourquoi je suis venue, car j’ai eu plein de problèmes. Jusqu’ici ma vie a été vraiment bizarre. Déjà , j’ai perdu mon père. Et dans mon pays, la coutume veut que dès qu’une fille a ses règles, elle doit se marier. Alors j’ai été mariée très jeune…je n’aime pas en parler, en fait je n’en parle jamais. J’ai vécu beaucoup de choses, et j’ai subi l’excision. J’aimerais pouvoir expliquer mais c’est difficile de parler de ça. Un jour je me suis dit que ma vie devait changer. Alors un ami de mon père m’a amenée en Suisse, mais il a voulu abuser de moi alors je me suis enfuie et j’ai trouvé quelqu’un qui m’a aidé à  faire une demande d’asile. C’était difficile car je ne comprenais pas bien la langue, je ne pouvais même pas acheter un ticket de bus.

 

« Comme une prison »

Maintenant je vis dans un foyer, mais j’ai des difficultés car je n’arrive pas à  manger la nourriture d’ici, elle est trop différente de celle dont j’ai l’habitude. J’essaie de faire un effort mais je n’y arrive pas, et je ne suis pas bien. Des fois j’ai envie de partir, car je ne sais pas ce qui m’attend ici, mais je ne connais personne ailleurs et je ne veux pas tout reprendre à  zéro encore une fois. J’aimerais pouvoir me construire une vie sans me demander tout le temps de quoi demain sera fait.

Dans mon foyer, je suis avec des filles qui fument des joints, qui n’ont pas envie de travailler, elles ne savent pas ce qu’elles veulent dans la vie ; mais moi je sais ce que je veux. Et j’aimerais pouvoir être majeure tout de suite ! Le foyer est comme une prison. Je ne peux pas sortir quand je veux, et je n’ai vraiment pas beaucoup d’argent pour acheter des habits comme toutes les jeunes filles de mon âge. A 17 ans, une fille veut être jolie, et porter de belles choses ! Et moi pour l’instant, je n’ai que 100 francs par mois pour acheter tout ce dont j’ai besoin.

 

Et demain ?

Pourtant, j’aime bien la Suisse, malgré que ce soit difficile d’avoir des papiers. C’est un beau pays, c’est propre, pas comme là  d’où je viens. Mais quand même, je n’aime pas ma vie, car je ne sais pas où elle va. Je ne sais pas ce qu’elle sera demain. Pour l’instant je vais à  l’école tant que je peux encore, car il est probable que dès que j’aurai 18 ans, je recevrai une réponse négative pour ma demande d’asile. Et alors là , ma vie en Suisse, ce sera zéro. Si je n’ai pas de papiers, je ne pourrai pas faire un apprentissage, ni même un stage. Ça me décourage d’avance.

La seule chose que je sais, c’est que je dois bien me comporter, et essayer de m’intégrer, pour avoir plus de chances que mon dossier soit accepté. Et pour la suite, je ne sais pas… »

 

 

 

*Le prénom a été changé.