Politique | 21.11.2010

La session des jeunes, ce grand mystère

Texte de Sophie Cheseaux
Avec le slogan "la politique c'est cool", la session des jeunes s'est déroulée ce week-end au Palais fédéral, à  Berne. Sophie nous présente différentes facettes de la session de cette année.
© Katharina Good

Cela fait maintenant dix-neuf ans qu’a lieu chaque année une session des jeunes au Parlement. Dix-neuf ans que le Palais fédéral est envahi l’espace d’un long week-end par des bandes d’adolescents soucieux de leur avenir ou tout simplement intéressés par la perspective d’un séjour dans la capitale, avec en prime une petite fête le samedi soir. Dix-neuf ans que les jeunes ont voix au chapitre, qu’ils peuvent affirmer leurs opinions, proposer, innover sur des sujets très variés.

 

On trouve tous les styles parmi les participants : cela va des dreadlocks au costard-cravate en passant par les T-shirt violets des amateurs de Tecktonik. Les âges varient de quatorze à  21 ans. Quant aux différentes régions du pays, elles sont dignement représentées puisque les tessinois font au moins autant de bruit que les suisse-allemands…

 

Cependant cette manifestation n’a pas la visibilité qu’elle mérite auprès des citoyens. Essayez de parler de la Session des jeunes dans un gymnase romand et vous verrez les mines effarées des étudiants : « Hein ? C’est quoi ça ? ». Après maintes explications, on vous demandera « et ça sert vraiment à  quelque chose ? » d’un air dubitatif. C’est bien là  que le bât blesse. Est-ce que ça sert à  quelque chose ? On est tenté de répondre tout de suite et catégoriquement oui, ou non, c’est selon. Néanmoins la réponse n’est pas si évidente. Au fil des ans des résultats ont été observés, certes, mais les pétitions, les projets présentés par les différents groupes finissent bien souvent au fond d’un tiroir.

 

Le but de cette session n’est pas vraiment de remplacer le « vrai » Parlement mais de montrer aux jeunes à  quoi ressemble le travail des députés. Il s’agit avant tout d’intéresser les adolescents à  la politique, c’est une véritable campagne de séduction qui s’organise chaque année. On le voit très bien dans l’édition 2010 puisque le slogan choisi est « La politique c’est cool », les organisateurs ont tâché de mettre en évidence les côtés attractifs de l’engagement dans la vie publique. Etre politicien c’est voyager en première classe, rencontrer des personnalités, avoir des places V.I.P pour des événements sportifs ou culturels. Cette mise en valeur a bien fonctionné puisque près de 400 jeunes se sont inscrits cette année, alors qu’il n’y a que deux cents places disponibles. Un véritable succès. Mais pour certains romands présents à  la session et déjà  engagés dans la politique cette publicité est particulièrement réductrice, seul le côté « bling-bling » se retrouve valorisé ce qui est contre-productif. En effet la politique actuellement c’est beaucoup d’investissement pour un salaire limité, très peu de reconnaissance, un travail rébarbatif, souvent très administratif et donc peu intéressant.

 

Le gros risque c’est de ne montrer qu’un seul des nombreux visages de la politique : les voyages en première classe sont une réalité au même titre que l’investissement considérable nécessaire. La session des jeunes présente très bien ces différentes facettes, il y a les discussions de groupes, très enrichissantes, les rencontres avec les autres participants, sympas elles aussi. La face cachée de la lune n’est pas oubliée pour autant : les sessions au parlement, quoique très intéressantes ont tendance à  traîner en longueur et il est difficile de rester attentif des heures durant, d’autant plus que les discussions se tiennent en trois langues différentes…

 

La session des jeunes au Parlement, une mine d’or pas suffisamment exploitée ? C’est une certitude. La campagne de publicité devait être bien plus assidue, plus convaincante afin d’attirer au maximum des jeunes qui ne soient pas forcément intéressés par la politique. Car son grand mérite est d’essayer de sensibiliser la jeune génération à  une activité très dénigrée en général.