Politique | 30.11.2010

Jeunes Migrants

Texte de Juliette Ivanez
Quel avenir pour les MNA? Les jeunes politiciens en herbe se sont posés la question. Juliette nous transmets les idées évoquées dans ce débat...

Session des jeunes 2010 : quel avenir pour les jeunes migrants?

La Session des jeunes 2010 proposait dans le cadre de groupes de travail une réflexion sur huit sujets ayant trait à  l’actualité politique. L’équipe de Tink a suivi les débats entres jeunes et experts au sein du groupe sur les MNA, les Mineurs étrangers Non Accompagnés.

 

Les MNA : des migrants pas tout à  fait comme les autres

En Suisse, les mineurs non accompagnés, ou MNA, sont définis comme des jeunes de moins de 18 ans qui arrivent dans le pays sans être accompagnés de leurs parents ou de leur représentant légal. Ils arrivent la plupart du temps de manière clandestine, sans papiers, et peuvent une fois entrés dans le pays déposer une demande d’asile auprès de l’Office fédéral Des Migrations (ODM). La procédure d’asile est longue et complexe ; d’après Zeynel Aydin Buchmann, conseiller juridique de la ville de Berne en charge des situations d’urgence, un entretien en profondeur est notamment organisé avec chaque requérant d’asile afin de comprendre si la personne a réellement de bonnes raisons de craindre pour sa vie dans son pays d’origine. S’il s’avère que le témoignage n’est pas assez précis ou comporte trop d’incohérences, le verdict n’a que plus de probabilités d’être négatif.

 

Ainsi, un migrant qui a fui pour des raisons économiques, ou qui ne vient pas d’un pays dans lequel se déroule un conflit officiellement reconnu, n’a que peu de chances de se voir accorder l’asile. De ce fait, de plus en plus de jeunes migrants renoncent à  demander l’asile et on ne sait pas vraiment combien de MNA vivent effectivement en Suisse. En 2009, selon l’ODM, ils étaient 427 requérants d’asile ; mais combien de plus restent dans la clandestinité ?

 

Objectif : comprendre, analyser, se faire entendre

Pourquoi débattre sur le thème des MNA lors de la Session des jeunes ? C’est selon les participants un sujet sur lequel il y a beaucoup à  dire. Laetitia, politicienne en herbe venue du canton de Neuchâtel, explique que « les MNA sont traités d’une manière indigne, et qu’il faut améliorer leur situation ». Lors des discussions, plusieurs personnes soulignent que la lenteur de la procédure est un sérieux frein à  l’intégration des MNA et à  leur capacité à  commencer une nouvelle vie en Suisse.

 

En effet, comment bâtir quelque chose quand on sait qu’on peut être mis dehors du jour au lendemain? Adjoua*, elle-même MNA et requérante d’asile, est très engagée dans le groupe de travail ; elle ajoute qu’il est absolument nécessaire que la réponse arrive plus rapidement, « qu’elle soit positive ou négative ». Elle craint qu’une fois atteint l’âge de 18 ans, son dossier soit rejeté et qu’elle soit obligée de partir ; c’est selon M. Buchmann malheureusement souvent monnaie courante une fois que le jeune devient majeur.

 

La situation en Suisse

La jeune fille n’hésite pas non plus à  s’exprimer sur le sujet des foyers dans lesquels sont placés les jeunes migrants. Elle explique souffrir du manque de liberté et d’autonomie lié à  ce mode de vie. Certaines idées fusent alors de la part des autres participants pour améliorer la situation des MNA : leur proposer plus d’activités pour leur permettre de s’intégrer, mieux prendre en compte leur avis et leurs besoins. Et surtout, arrêter de placer des mineurs francophones dans des cantons germanophones, ce qui rend encore bien plus difficile leur intégration.

 

Christoph Portmann, de l’UNHCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés), confirme que cette pratique est en effet courante, du fait d’une problématique de quotas et de places limitées ; beaucoup de jeunes migrants viennent de pays francophones, en Afrique notamment, et il serait simplement impossible de les assigner tous à  des structures romandes.  A cette occasion, certains jeunes, plus prudents, rappellent qu’il faut aussi faire attention à  ne pas trop assouplir les procédures de demande d’asile et les conditions d’accueil afin de ne pas favoriser une émigration massive de mineurs, que l’Etat ne pourrait pas gérer convenablement.

 

L’avis des jeunes

Les débats se poursuivent, plutôt riches en idées ; mais les jeunes ont parfois du mal à  rester focalisés sur le thème des MNA, l’immigration en général les préoccupe et leur enthousiasme déborde parfois du cadre du groupe de travail. Malgré tout, l’objectif de la discussion reste de dégager, à  la fin de la journée du samedi, des propositions concrètes à  adresser aux politiciens, sous forme de pétitions, de prises de position ou autre.

Le défi est donc maintenant d’arriver à  explorer plus en profondeur les pistes évoquées, afin de produire un consensus synthétique et viable, représentatif de l’esprit du groupe. Comme quoi la politique, c’est possible aussi quand on a 17 ans !

 

 

 

*le prénom a été changé