Politique | 27.10.2010

Une espionne à  Montreux

Texte de Clara Skupien
5h du matin. C'est incroyablement tôt, particulièrement pour un samedi matin, mais pour une fois, j'ai une excellente raison de me lever avant le soleil, car j'ai la chance de me rendre à  l'ouverture du sommet de la francophonie.
Source: http://frenchessence.blogspot.com/2009/02/how-to-steal-million.html

Est-ce vraiment une chance?, me direz vous. Eh bien oui, absolument, puisqu’il est très difficile de se rendre à  cette cérémonie, car les accréditations sont délivrées au compte goutte, particulièrement pour les médias. Mais heureusement, je ne m’y rends pas comme journaliste, mais en temps qu’invitée, grâce à  un concours de circonstances.

J’enfile donc mes habits les plus élégants, des talons, et c’est parti pour une demi-journée avec les dirigeants de la francophonie!

Avant toute chose, il faut arriver à  Montreux, ce qui me prend un certain temps étant donné que je viens de Neuchâtel… Mais comme il est clairement stipulé sur l’invitation, que Madame la Présidente de la Confédération m’attend à  9h – heure suisse, je ne peux pas arriver après. Je me retrouve donc sur les lieux du sommet beaucoup trop tôt, mais enfin, au moins je ne suis pas en retard!

J’en profite pour aller siroter un café au Majestic tout en étudiant les délégations qui y petit déjeunent.

C’est toujours un spectacle très intéressant, surtout lors d’un événement d’une envergure pareille. Tout le monde est si classe, si bien habillé – à  part peut-être Daniel Brélaz, qui, même s’il n’a pas mis sa fameuse cravate du chat, réussit quand-même à  avoir une grosse tâche peu élégante sur son pantalon. Enfin, au moins, il est fidèle à  lui-même, on dirait une caricature vivante, c’est merveilleux!

J’ai fini mon cappuccino, il est temps de rejoindre l’auditorium Stravinsky où aura lieu le début du sommet. Impossible de se perdre : un tapis rouge montre le chemin entre le Montreux Palace et le centre des congrès, et puis, de toute manière, les personnes chargées de la sécurité et des renseignements sont tellement sympathiques, qu’on peut toujours leur demander de l’aide!

Une fois au centre des congrès, on me propose un café et un mini-croissant, que je m’applique à  manger avec un air sérieux et distingué. Pas tout à  fait évident, mais le café est nespresso, alors ça aide sûrement de penser à  George, au milieu de toutes ces personnes célèbres…

Je suis encore trop tôt, mais j’entre quand-même dans la salle, où est retransmis l’accueil des chefs des délégations par Abdou Diouf et Doris Leuthard, qui a l’air minuscule à  côté du mètre nonante cinq du secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie!

Pendant ce temps, dans l’auditorium Stravinsky a lieu un concert de cor des alpes, so swiss! Les invités arrivent gentiment, aussi prestigieux les uns que les autres; politiciens, universitaires, ils se saluent, rigolent, l’ambiance est détendue.

Quant à  moi, j’ai un peu l’impression d’être une espionne au milieu de tout ce beau monde…

Mais il est maintenant 10h30 et le moment de passer aux choses sérieuses arrive finalement: les dirigeants entrent solennellement dans l’auditorium, sous les applaudissements polis du public, accompagnés de diverses personnes, comme les femmes de certains présidents. (Permettez-moi, au passage, de me demander pourquoi les quelques présidentes présentes ne sont pas suivies de leurs maris… Mais n’y voyez surtout aucun propos féministe, juste une remarque en passant). Les discours officiels peuvent enfin commencer. D’abord, c’est notre présidente qui prend la parole, puis le premier ministre canadien, et le premier ministre québécois, de quoi avoir un petit aperçu d’accents très intéressant!

Visiblement, le début des allocutions n’a pas l’air de concerner beaucoup Albert de Monaco, qui semble très absorbé par la contemplation du public… Il n’est d’ailleurs pas le seul à  n’avoir pas l’air de suivre ce qui se passe, à  l’instar de Sarkozy, qui semble être en train de lire quelque chose. Serait-il en train de découvrir le contenu de son discours, ou le répète-t-il seulement?

Difficile à  dire, mais quoi qu’il en soit, lorsque son tour vient de s’exprimer, le début de son discours n’est pas très vigoureux: il ne lève presque pas les yeux de ses feuilles et bute sur les mots. Bof. Je suis un peu déçue, d’autant plus que son propos est assez incohérent avec sa politique. En effet, il prône l’égalité, un monde de diversités, ce qui paraît bien joli, mais quand on sait comment il traite certaines catégories de personnes – les Roms, pour ne pas les citer – on a le droit de se poser quelques questions!

Cependant, alors que je me fais ces réflexions, je remarque un changement dans l’attitude du président français: il a arrêté de lire. Soudain, il devient intéressant, et son talent d’orateur prend le dessus. Cette fois-ci, il est bon. Il s’insurge de l’absence d’un représentant permanent de l’Afrique et de l’Amérique du Sud au Conseil de Sécurité de l’ONU, rappelle que les problèmes économiques de ces deux dernières années sont loin d’être réglés, dénonce le côté aléatoire de la spéculation, ou évoque une éventuelle taxe sur les transactions financières pour soutenir les pays en voie de développement.

Il s’emballe, et convainc. L’improvisation lui réussit, visiblement.

Tant pis pour son hypocrisie, et l’incohérence de ses déclarations avec ses actes, pour une fois, Sarkozy a l’air sincère, les autres dirigeants aussi, et même si certaines de leurs paroles peuvent paraître creuses, on sent bien derrière les discours la volonté d’arriver à  créer un monde plus uni, mais fait de différences, dans lequel les engagements seraient tenus – comme l’a souligné Abdou Diouf, à  la fin de la série d’allocutions.

Espérons donc que toutes les forces déployées, au propre comme au figuré, pour le déroulement de ce sommet de la francophonie porteront du fruit, et que ces efforts ne seront pas vains!