30.10.2010

Made in Lyon

Texte de Kevin Buthey
Voilà  bien des années que la question de l'enseignement n'est pas réglée, avec ses hauts et ses bas et les solutions ne sont pas toujours efficaces.
Source: http://www.lematin.ch/actu/pincee-exces-vitesse-anne-catherine-lyon-privee-premis-186100

Voilà  bien des années que la question de l’enseignement n’est pas réglée, avec ses hauts et ses bas. Les solutions ne sont pas toujours efficaces. Madame Anne-Catherine Lyon, présidente du Département de la formation et de la jeunesse (DFJ) depuis 2002 a un nouveau projet qui consiste tout d’abord à  supprimer la VSO. Elle veut aussi ajouter des périodes, qui au total équivaudront à  dix-huit semaines en plus à  la fin de la scolarité obligatoire. Dans la future voie VSG, il existera des niveaux supérieurs et inférieurs dans les disciplines suivantes : français, maths et allemand.

 

Il faut savoir que l’école secondaire du canton de Vaud fonctionne avec trois voies différentes : la VSB, voie secondaire de baccalauréat, qui est la voie supérieure, ensuite la VSG, voie secondaire générale, dite standard, puis la VSO, voie secondaire à  options, la voie « inférieure ».

 

Le projet qui a le plus fait parler de lui est celui de supprimer la VSO et de la mélanger à  la VSG. En effet, les élèves qui sortent de cette voie sont souvent stigmatisés, dû à  un programme plus léger. Les élèves reçoivent donc un certificat sans grande valeur, puisqu’ils n’ont pas de bases solides dans des domaines importants.

 

L’orientation se fait au cas par cas, sur deux ans. Elle est basée sur les notes de l’élève, mais aussi sur son comportement, son assiduité et ses capacités. L’orientation vise souvent juste, mais il existe parfois des élèves n’étant pas orientés correctement, le fameux « déclic » pouvant se produire après l’orientation. Si c’est le cas, l’orientation empêche un élève capable de suivre, de réussir dans un programme plus élevé. Plus tard à  cause de son orientation, il est dans l’incapacité de réaliser certains rêves professionnels. L’orientation est pour eux trop précoce, mais d’un point de vue général également. Les enfants sont orientés à  douze ans (après la 6e année), et à  cet âge ils n’ont généralement pas d’idée précise concernant leur avenir professionnel.

 

Je suis allé interviewer une classe de 8e VSO et sur les dix-sept élèves, treize avaient une idée de ce qu’ils aimeraient faire plus tard. Seulement parmi ces treize, il n’y a que sept élèves qui pourront faire ce qu’ils souhaitent car le certificat VSO ne permettra pas aux autres, souhaitant exercer un travail qui nécessite un certificat plus élevé, de réaliser cette envie.

 

De plus, ce certificat n’est pas apprécié des patrons. La recherche d’apprentissage devient compliquée, on reproche trop de lacunes, trop d’indisciplines. En VSO la recherche d’emplois est une préoccupation prioritaire. Cela commence dès la 8e année, et devient soutenu en 9e année, par le biais de plusieurs stages, de rendez-vous chez un orientateur, qui est là  pour aider l’élève à  trouver un métier correspondant à  ses attentes et ses possibilités. Une fois que tous les élèves ont trouvé une première place d’apprentissage on ne parle plus de leur avenir déjà  tout tracé.

 

Toutefois, et fort heureusement, il existe des moyens pour changer d’orientation en cours de route, ce sont les raccordements. Présentement, la possibilité de grimper d’un échelon est réalisable en 7e, si les notes sont suffisantes. Il existe aussi le raccordement de fin de 9e, qui reprend en un an le programme de deux ans du niveau supérieur. Des notes suffisantes sont également demandées. On peut passer de VSO à  VSG, ou de VSG à  VSB. Au sein des élèves de VSO, seul 8% d’entre eux parviennent à  cumuler deux raccordements et obtenir le certificat VSB. Mais ces raccordements sont difficiles et très souvent les jeunes abandonnent, surtout lorsqu’il s’agit de passer de VSO à  VSG.

 

Mais que faisons-nous des VSG, réelles victimes de cette proposition? Une fois totalement mélangées, les futures classes de VSG comporteront plus d’élèves avec des difficultés scolaires. Ces élèves, anciennement orientés en VSO, ont besoin d’un programme mieux adapté. La prochaine VSG ne subviendra pas à  la nécessité de mieux suivre les élèves et le nouveau programme ne leur apportera pas l’aide nécessaire pour réussir à  assimiler les objectifs fixés. La ministre du DFJ traite les jeunes comme des cobayes pour un système qui n’a jamais fait ses preuves, et cela se rajoute à  de nombreux changements de système (ndlr : comme par exemples les notes). Ce manque de stabilité complique fortement la tâche d’apprentissage d’un élève.

 

Madame Anne-Catherine Lyon entre dans une politique cache-misère. Au lieu d’améliorer un système infructueux, elle le supprime, parce qu’elle aimerait voir arriver en Suisse un système scolaire à  voie unique. La voie unique ne laisserait pas plus de chances aux élèves doués et laisserait les élèves en difficultés dans une impasse, puisqu’ils ne sont pas toujours capables de suivre le même rythme que les autres.

 

Néanmoins, il existe des solutions concrètes et possibles sans changer entièrement l’enseignement actuel. Il faudrait une plus grande stabilité du système, sans quoi les élèves se retrouvent sans arrêt perdus. Retarder l’orientation d’une année changerait du tout au tout les possibilités des élèves, car on leur laisserait plus de temps pour se rendre compte de l’importance qu’a l’école obligatoire. Pour les élèves en difficultés, une année supplémentaire ne peut être que bénéfique. Ils auraient tout le temps nécessaire pour apprendre ce qui est réellement important, parce qu’à  la fin d’une scolarité, tous les élèves doivent pouvoir bénéficier d’un même éventail de choix concernant leur futur métier ou études.

 

Toutes ces options seraient non seulement plus adéquates, mais aussi plus justes car l’orientation positionne les élèves de manière presque définitive. Dans un éventail de choix professionnels, qui se restreint plus le certificat est bas, les VSO sont pénalisés et n’ont accès qu’à  une liste très limitée de métiers.

 

 

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