Culture | 25.09.2010

Pully for Noise Festival

Texte de Eléonore Payro
Après deux trois soucis logistiques voici enfin le feedback de cet incroyable festival.

Pully For Noise – 19, 20, 21 Août

 

Qui a dit que la taille avait de l’importance ?

 

Une fois encore, le Pully For Noise a fait preuve d’une programmation exceptionnelle (voir article « Incontournable »). Un choix ambitieux et résolument pointu, mêlant à  la fois d’incroyables têtes d’affiche et de belles découvertes. Trois soirs, dont un de complet, ont su attirer un public de connaisseurs, loin de la faune festivalière classique. Pas d’adolescents amateurs de mouvements de foule, pas de familles vouant un culte à  la Chipolata, pas d’auditeurs-touristes errant d’une scène à  l’autre. Les auditeurs-spectateurs, attentifs et disciplinés, ont sans doute contribué à  la qualité extrême des concerts. Retour sur les grands moments d’un festival encore trop peu connu.

 

Premier soir, première découverte : les Américains de Local Natives ouvrent la Grande Scène. De belles harmonies de voix, des rythmiques complexes, le groupe pourrait rappeler Vampire Weekend en moins scolaire et Animal Collective en moins conceptuel, ou encore Fleet Foxes au niveau des mélodies.

 

Plus tard, Caribou, sous couvert de mélodies douces et psychédéliques, envoie un son lourd et puissant. Les nombreux instruments, la double batterie, les sons électroniques plongent progressivement le public dans un envoûtement qui prendra fin plutôt prématurément, le concert n’ayant duré que trois quarts d’heure.

 

La tête d’affiche, Jonsi (le chanteur des Islandais de Sigur Ros) apparaît comme un don du ciel pour les programmateurs. Jouant quelques jours plus tard à  Rock en Seine, l’artiste avait apparemment choisi le Pully For Noise pour son côté intimiste. Ce fut effectivement le cas, tant les spectateurs étaient attentifs et pétris d’admiration pour l’elfe recouvert de plumes. Si les mélodies sont belles et pures, si la voix est claire et féminine, les chansons sont trop calmes et trop répétitives. Les quelques morceaux plus énergiques sont intéressants, mais la première partie du concert semble larmoyante.

 

 

Le lendemain, la soirée est complète. Une belle réussite pour le festival qui a cette fois misé sur les fantastiques New Yorkais de The National, et d’autres groupes au potentiel énorme.

D’abord, The Kissaway Trail, au son certes rock, mais aux mélodies plutôt pop. Les similitudes avec Bloc Party, dans ses moments les plus doux, sont assez troublantes. Preuve de la cohérence et de l’homogénéité de la programmation, les Danois signent quelques morceaux construits comme certains The National, avec une voix plus pure. Clôturant le très bon concert par une belle reprise du tube des Pixies, le groupe livre en final un « SDP » majestueux.

 

Grande attente de la soirée, The National entre très sobrement sur scène. Ouvrant par « Said Anything » et sa douce beauté progressive, le deuxième morceau, « Mistaken For Strangers », tranche largement. « Anyone’s Ghost » est magnifique, tandis que « Squalor Victoria », tout en puissance sourde, termine en apothéose. « Afraid of Everyone » est extrêment fort, prend au corps et trouble intensément, sans doute grâce à  la double basse et aux cuivres apportant une profondeur épatante. « Fake Empire », repris en cŠ«ur par un public en adoration complète, est très beau et progressif, alors que « Mr November », plus brut, est constant dans sa force. Un concert exceptionnel dans un cadre incroyable, le For Noise achève de nous convaincre.

 

D’autant plus quand Peaches clôt la soirée avec son show halluciné. Les costumes, la mise en scène, la prestation sont tout simplement barges. Excessivement sexuelle, Peaches, malgré son pied bandé qui la forcera à  rester en chaise roulante rose, accompagnée d’un transsexuel complètement nu, de sa guitariste blonde au pantalon lacéré, livre un son electrico-metal hyper puissant. Les différents instruments étranges, comme une harpe laser ou en sabre électrique, transforme le concert en spectacle névrosé. Les grands succès, tels que « Fuck The Pain Away », « Operate », « Talk To Me » transforme le parterre en boîte de nuit.

 

Le lendemain, Get Well Soon fera office de surprise absolue : les mélodies et l’orchestration rappelant énormément Arcade Fire, la voix et la mélancolie similaires à  celles de Thom Yorke séduisent immédiatement. Les textes sont forts, la musique envoutante, les différentes parties des morceaux, construits comme des symphonies, enchevêtrées dans une grande complexité, sont d’une puissance et d’une maîtrise absolue.

 

Très opposé à  autant de travail et d’intellectualisme, le groupe immortel de post-punk des annése 80, The Fall, joue le rôle de groupe culte du festival. Pourtant, le leader increvable Mark E. Smith semble ailleurs, et sa gouaille nasillarde, comme la rythmique new wave répétitive apparaît particulièrement hors d’âge. D’ailleurs, le public est entièrement statique, sauf quelques fans immodérés en transe absolue. Le cynisme passe pour du mépris, le côté revendicateur pour de la prétention. Le groupe semble coincé dans une époque révolue et ne correspond plus aux attentes d’un public éminemment déçu. Dommage pour un dernier concert, puisque la qualité globale du festival était clairement exceptionnelle.