18.09.2010

Exploitation du handicap

Texte de Iskandar Elbaal
Le handicap: discrimination sous toutes ses formes.

Tout le monde aime Mimi Mathy. Du moins, c’est l’impression que donnait le prime time diffusé par France 2, il y a de cela plusieurs semaines. Plus de deux heures accordées exclusivement à  cette petite femme dont la taille a servi de strapontin. Au-delà  de la présentation désastreuse d’un Patrick Sabatier que beaucoup auraient préféré ne jamais revoir à  la télévision (autant son éviction de TF1 que sa reprise sur France Télévision ont été des magouilles exemplaires), des invités toujours aussi plats, ce fut l’occasion pour cette médiocre comédienne de monopoliser l’attention des téléspectateurs une fois de plus. Quand il s’agit de mauvais comédiens, on leur trouve toujours des détracteurs. Or Mimi Mathy n’en a pas. Ou alors, ils sont très discrets.

Alexandre Jollien est un philosophe valaisan. Je ne m’étendrai pas sur ses ouvrages pseudo philosophiques dont la platitude n’est plus à  prouver. Cet homme a malgré tout, il faut l’avouer, des connaissances sur la philosophie hellénique évidentes. Mais, à  l’instar de Mimi Mathy, il est victime d’un phénomène dégoûtant, consistant à  surmédiatiser le handicap. Invité par le bien-pensant Darius Rochebin – toujours prêt à  nous imposer son air d’intello-bobo-genevois – l’interview a vite tourné à  la séance de lèche-bottage.

Les exemples ne sont que trop nombreux. Le phénomène, lui, révèle une ambiguïté fort intéressante de notre société. Chacun a son mot à  dire sur le dernier Alexandre Jollien (« Tu l’as lu ? Il est extraordinaire, et quel courage. Je n’ai pas tout compris, mais il a du mérite »). Ce sont cependant les mêmes qui pestent en voyant les places de parking jaunes réservées désespérément vides. Ce phénomène rentre dans une logique de discrimination positive appliquée au handicap. Les impacts négatifs sont nombreux, à  commencer par le fait que le prestige des exploits de personnes handicapées en devient complètement diminué, voire nié. La preuve par l’acte devient la preuve par la volonté. Les différences, au lieu d’être exploitées de manière égale, sont mises en avant pour implorer soit la pitié, la miséricorde, soit les bons sentiments de l’autre, soit la mauvaise conscience.

En témoigne une scène que j’ai pu observer dans un bus, il y a quelques années de cela. Les contrôleurs demandaient aux voyageurs de présenter leur titre de transport. Un aveugle (non, je ne dirai pas malvoyant), ayant quelque difficulté à  se saisir du sien, n’était pas en mesure de le présenter immédiatement aux contrôleurs. Ces derniers lui rétorquèrent que ce n’était pas grave, qu’il n’y était pour rien, qu’ils n’avaient pas besoin de voir son billet, qu’il l’ait ou pas. « Mais si, je l’ai, attendez, mais si » rétorquait l’aveugle. Quelques secondes plus tard, l’aveugle avait trouvé son billet ; c’était trop tard. Les contrôleurs, après leur odieuse scène de condescendance totale, n’avaient pas laissé le pauvre monsieur, accompagné de son labrador, présenter son billet, prouver sa bonne foi par l’acte, se mettre à  un niveau égal aux autres voyageurs, au moins le temps d’un déplacement en transports publics.

La discrimination positive, associée à  la pitié, à  la condescendance, aux bons sentiments et à  la « bien-pensance » reste une discrimination. Plutôt que de tenter de rétablir une certaine égalité entre les individus, elle crée un déséquilibre fragile. L’aveugle n’a jamais demandé à  être aveugle, encore moins à  avoir un traitement de faveur. Le handicapé non plus. La naine non plus. Certains s’y plaisent, aidés par la gloire et les projecteurs ; d’autres en souffrent quotidiennement dans le silence. Qui, en effet, oserait crier « Ne m’aidez pas ! » ? Face à  la discrimination positive se trouve le différentialisme, vierge de toute hypocrisie. Il est temps d’en faire preuve, d’oser critiquer ou féliciter des personnes pour ce qu’elles font et non ce qu’elles sont.

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