Culture | 28.08.2010

SF: Fin

Texte de Débora Alcaine
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Sophie se frotta les yeux plus d’une fois. Il lui semblait que ce ne pouvait être qu’un rêve étrange, elle savait que d’autres planètes existaient, à  ses débuts à  l’Académie lorsqu’elle n’avait que dix-huit ans, on lui avait apprit tout ce qu’il fallait savoir et elle savait qu’il était strictement interdit de se téléporter sur une autre planète. Il fallait un degré de confidentialité qu’elle n’avait jamais atteint. Ou pouvait-elle bien être ?

 

Cette étrange créature lisait dans ses pensées, ce qui voulait dire que depuis tout à  l’heure elle lui avait communiqué bien plus d’informations qu’elle n’aurait dû.

 

Effectivement.

 

Sa voix grave résonnait dans la tête de Sophie, les yeux azures de cette intelligence supérieure la laissaient déconfite. Tout d’abord elle avait dû se déguiser en blonde platine pour ensuite – sans aucune raison apparente – se faire tirer dessus par son meilleur ami, puis finalement atterrir sur une quelconque planète où rien ne ressemblait à  ce qu’elle connaissait. Elle était entourée d’inconnu et de perceptions étranges, plus elle restait, plus un calme serein s’emparait d’elle. Comme une sorte d’aura, un retour aux sources, elle ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait, à  bout de forces elle tomba lentement sur des feuilles de couleurs diverses et variées.

 

Sophie s’étira et un long sommeil, sans rêve ni cauchemar, s’éprit d’elle et la laissa calme pour des heures et des heures. Lorsqu’elle se réveilla, c’est à  peine si elle souvenait de ce qui lui était arrivé. Elle était certaine que rien ne s’était passé, qu’elle se trouvait confortablement installée dans son lit à  molécules. Lentement elle ouvrit les yeux et un paysage nouveau s’offrit à  elle, des milliers de bulles l’entouraient. Violettes, marines, dorées, toutes transparentes avec une lumière hypnotisante et quel parfum se dégageait de ces bulles! On aurait dit que les émotions se retranscrivaient en odeurs, senteurs enivrantes et magiques.

 

Ces bulles l’apaisèrent et elle passa une de ces mèches derrière son oreille, quelle fut sa surprise lorsqu’elle se rendit compte que son apparence était redevenue normale. Le déguisement sophistiqué avait était balayé par une sorte d’onde qui planait sur cet environnement. Ce fut à  ce moment qu’elle remarqua que l’étrange créature l’observait de loin, sauf que son apparence était bien plus humaine. Un demi-sourire se lisait sur son visage et ses yeux étaient devenus d’un bleu ciel éclatant.

 

Je vois que vous êtes réveillée et que vous avez retrouvé votre corps. Ici, aucun déguisement ne tient, ces bois sont connus pour aller chercher ce qui est enfoui derrière les apparences trompeuses, ici on ne peut être que soi-même et personne d’autre.

 

Ou suis-je ? Qui êtes-vous ? Avez-vous un téléporteur ? Pouvez-vous me le montrer ?

 

Du calme. Je suis ici pour vous aider, enfin je sais que vous n’êtes pas ici pour nous sauver en tout cas. Il faudra que tout se fasse dans la plus grande discrétion, tous les autres pensent que vous êtes celle dont parle sans cesse le vieux sage.

 

Cela m’étonnerait fortement. Je suis un agent de l’Académie et pour des raisons diverses j’ai atterri ici, tout ce que je veux c’est rentrer sur ma planète.

 

Je le sais bien. Je m’en doutais que vous étiez un agent, sauf que vous n’êtes pas comme tous les autres. Eux ne viennent que pour s’emparer des richesses qu’on peut trouver sur cette planète, la moitié de cette planète est à  feu et à  sang. La seule époque que cela me rappelle, c’est celle de la guerre de l’or noir.

 

Pourquoi parlez-vous de tout cela ? C’est du passé, enfoui et enterré par nos soins ! Nous avons réussi à  tout remettre en ordre. Nous avons su contrôler toute cette période et d’ailleurs comment savez-vous tout ça ? C’est une époque dont peu de personnes sont au courant, en tout cas peu sur les autres planètes. C’était un conflit intérieur et non interplanétaire, tout ce que vous étiez censés recevoir comme information à  ce moment c’était une alerte épidémie.

 

Comment croyez-vous que vous avez résolu ce problème ? Vous n’aviez plus d’énergie, ni rien qui s’y apparentait, plus rien ne fonctionnait. Croyez-vous réellement à  la théorie de la Batterie à  Hydrogène? Elle est apparue toute seule de nulle part, est-ce bien plausible ? Vous le savez tout aussi bien que moi que ceci n’était que du vent, rien de vrai dans les paroles des politiciens.

 

Pourquoi pas ? Qu’en savez-vous ?

 

Des années de recherches sur la Batterie à  Hydrogène, toutes ont échoué, il y avait toujours un problème qui subsistait, c’est une invention très dangereuse et nous n’arrivions pas à  la contrôler. J’ai été chercheur autrefois, bien d’essais sur cette Batterie, avec toute la pression politique et économique qu’on avait sur le dos… Nous n’avons pas réussi à  la mettre au point. Une fois nous avons cru que nous la tenions, aussi avons-nous mis en marche le fonctionnement… Ce fut un désastre, l’énergie était incontrôlable, elle se mit à  couler sur nous et rentra dans nos pores, nous transforma de l’intérieur et nous devînmes ce que je suis aujourd’hui, moitié homme, moitié bête. Lorsqu’ils se rendirent compte de l’accident, ils effacèrent toutes les preuves et nous fûmes jetés comme des malpropres dans cette jungle, sans rien. Pas de provisions, encore moins de la technologie…

 

Sophie resta un instant perdue dans ses pensées, elle n’arrivait pas à  croire cette voix qui résonnait dans sa tête, son monde idyllique s’écroulait sous ses pieds et elle ne savait pas quoi faire. Peut-être avec le choc était-elle devenue folle, c’était possible, elle avait déjà  vu des collègues rentrer bons pour l’asile. Une maladie psychologique ? Fort probable après les événements auxquels elle avait participé depuis hier, plus invraisemblables les uns que les autres…

 

Non, vous ne devenez pas folle, libre à  vous de me croire Sophie. Votre collègue par contre a sûrement fait un excès de Collrin, je sais que c’est normal que de se droguer à  l’Académie afin de tenir le coup et de croire au monde parfait, cependant c’est déconseillé de prendre une dose aussi forte. La passion sécrète qu’il éprouve pour vous depuis toujours s’est transformée en passion assassine. Entre Eros et Thanatos il n’y a qu’un seul pas et le génie cache souvent le fou.

 

Admettons une seconde que je ne devienne pas folle, comment expliquez-vous le progrès sans précédant que nous avons connu à  l’Académie surtout depuis que nos ressources en énergie sont illimitées ?

 

Ah… Je vous croyais plus intelligente Sophie, à  quoi croyez-vous que servent vos missions sécrètes ? Le repérage et les analyses ? Je n’ose même pas imaginer ce qu’on a bien pu vous servir comme baratin. C’est sur les autres planètes qu’ils trouvent leur énergie, détruisant tout ce qui est sur leur passage. Celle-ci est à  moitié détruite depuis qu’ils ont découvert une source énorme dans les profondeurs de cette terre. Mais nous ne sommes pas les premiers, ni les derniers. D’autres ont déjà  explosé, celle-ci tiendra le coup encore quelques mois à  ce rythme…

 

Et… vous ne comptez rien faire ?

 

Que pouvons-nous faire Sophie ? Rien, juste attendre. Nous n’allons pas mourir ici, certains d’entre nous avons appris à  nous téléporter par la simple force de notre mental, mais ceci est très dangereux et il faut une force incroyable pour le faire. Parfois lorsqu’on réussit, on fini presque agonisants. C’est la seule chose que nous pouvons faire maintenant, il ne nous reste plus rien.

 

On peut l’empêcher !

 

Ah bon comment ? Nous n’avons aucune technologie et bien trop de sang a coulé déjà , notre meilleure arme est la fuite. Nous avons déjà  repéré une planète, assez éloignée où nous pourrons vivre bien quelques années de paix.

 

Mais qu’adviendra-t-il des autres, ceux qui restent ?

 

Rien. Ils n’ont pas assez de force pour arriver jusqu’à  là -bas, ils vont quand même essayer, mais ils savent qu’ils périront rien qu’en essayant.

 

C’est affreux !

 

Non. Simplement la vie…

 

Sophie !

 

Une voix stridente lui parvint aux oreilles et la réveilla en sursaut. Elle était dans un lit moelleux, dans une chambre d’adolescente, ses affaires l’entouraient et ses vêtements mouillés séchaient sur le radiateur. Elle s’était fait surprendre par l’orage la veille au soir, épuisée elle avait regardé Avatar puis fini le roman d’Aldous Huxley Le meilleur des mondes, elle ne se serait jamais douté que ces distractions auraient un effet aussi prolifique sur son imagination…

Elle se leva, secouée par ce qu’elle venait de « vivre » et commença à  rédiger son rêve, le transforma en une grande épopée dont la fin serait « Et les Knitos vécurent en paix pour de nombreuses années ».