Culture | 01.08.2010

Policier: 4ème partie

Texte de Xavier Willemin
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Il me récita encore une fois son plan diabolique. Je n’avais donc aucun moyen de m’en sortir vivante. Il fallait que je me marie avec cet homme. Une fois passée ma réticence au fait qu’il m’ait tenue en captivité comme un vulgaire animal, j’ai réfléchi à  sa proposition. Je me voyais finalement bien en mariée. Et pourquoi pas avec lui ? Il me sembla donc bon d’en savoir plus sur lui avant de l’épouser.

 

– Admettons que j’accepte de me marier avec vous. Il faut que nous apprenions à  mieux nous connaître. J’aimerais tout savoir de vous. Quant au mariage, pas besoin de quelque chose de parfait comme toutes les filles raisonnable en rêveraient. Le strict minimum me suffisait et du moment qu’on en finissait le plus vite possible pour partir en lune de miel, c’était parfait.

 

Il semblait d’accord. Il récita donc sa vie et moi la mienne en commençant par son nom, Kevin Trash. Nous passâmes toute l’après-midi à  parler de nous et à  préparer le mariage qui devait avoir lieu la semaine d’après. Tout semblais parfaitement lancé pour une vie magnifique…

 

J’avais réussi à  gagner la confiance de mon geôlier. Son amour pour moi le rendait aveugle sur la véritable nature de mes agissements. Le syndrome de Stockholm, que j’avais découvert dans un vieux polar est un phénomène lors duquel l’otage se met à  éprouver de l’apathie voir même de la sympathie pour son ravisseur. J’ai donc réussi à  lui faire baisser sa garde en imitant ce comportement paradoxal que j’aurais potentiellement pu développer.

 

Cet avantage sur lui m’a donc permis de m’en séparer lors de la déclaration des vŠ«ux du mariage. Avant de prononcer le « oui » fatidique, mon tailleur doré m’a permis de courir à  la Porsche décapotable noire qui m’avait accompagnée séparément de Kevin et de m’enfuir. Ayant anticipé le coup, mes souliers sans talons me permirent même de conduire jusqu’au poste de police le plus proche.

 

L’inspecteur Malard me reçut courtoisement dans la salle d’interrogatoire numéro 3 à  Rennaz. J’eu besoin du restant de ma journée pour relater mon enfer. Il m’interrompit uniquement pour me proposer un désaltérant et ponctuait ses demandes d’éclaircissements par de brefs hochements de tête.

 

Nous avons alors décidé d’attraper ce malfrat en l’appâtant. Et l’appât, c’était moi ! Après une semaine de déambulation dans les rues de Montreux – que je connais à  présent par cŠ«ur – mon travail porta ses fruits. Kevin me tomba dessus devant la maison Visinand, dans la vieille ville, endroit peu fréquenté en pleine journée. Les policiers n’eurent aucune peine à  le suivre dans son repère et l’arrêter par la suite sans mettre ma vie en danger. Dans ses élans amoureux, Kevin n’avait pas d’arme sur lui. Même pas un vulgaire couteau suisse.

 

Il avoua les faits lors de son interrogatoire et fût conduit en prison immédiatement après, sans résistance. Tout semblait facile. Trop facile… En prison, il était mal vu par ses nouveaux camarades. Les délinquants sexuels pédophiles ont une très mauvaise réputation. Bien plus que les serials killers qui, au contraire, nous incitent à  l’admiration.

 

Mais Kevin était bien plus malin que ce que la police et ses codétenus pouvaient s’imaginer. Il allait passer à  la vitesse supérieure. Des ses premiers instants en prison, il commença à  échafauder son plan d’évasion et se jurait intérieurement à  longueur de journée qu’il allait me retrouver et de me faire la peau. Mais cette fois, il ne ferait pas d’erreurs. Son plan n’avait plus pour but l’amour mais la vengeance. Il serait donc équipé…