Culture | 03.07.2010

Rock Switzerdütsch

Texte de Eléonore Payro | Photos de -
Eléonore était, pour vous, au Festival Open Air Sankt-Gallen.
Photo officielle du groupe 30 second to mars.
Photo: -

Après 4 longues heures de train, j’arrive enfin sur les lieux du festival. L’odeur de bière se fait sentir dès 500m avant les portes. On entend quelques échos de guitare, mais essentiellement le bruit synchronisé d’une foule de suisse-allemands retenant leur souffle à  l’unisson pendant le match Suisse-Honduras. La deuxième grande scène de l’Openair Sankt-Gallen retransmettait en effet le jeu.

 

Le festival, ayant lieu très loin de l’autre côté du Röstigraben, amène cette année encore une programmation exceptionnelle, remplie d’exclusivités. Dommage qu’il se transforme trop vite en Oktoberfest festival…

 

Sur la grande scène, 30 Seconds to Mars avait déjà  commencé à  jouer, mais la rivalité avec le match de la Nati a sans doute monopolisé une partie des festivaliers, l’autre se contentant de regarder d’un Š«il distrait le pitoyable jeu de scène du chanteur. Interrompant chaque chanson par des injonctions adressées au public, hurlant plus que chantant, plaçant des « fuck » tous les trois mots. Jared Leto livre une prestation dramatiquement axée sur l’apparence (sa crête blonde de punk contrastant avec le rock FM américain qu’il joue) et sur le jeu de scène, laissant lamentablement de côté la musique.

 

D’ailleurs, 30 Seconds to Mars, qui jouait au Caribana Festival quelques semaines auparavant, adresse au public les mêmes compliments, prétendant vivre une expérience exceptionnelle. Comme au Caribana, Jared Leto essaie de faire séparer la foule en deux, comme au Caribana, il tente un slam, comme au Caribana, nos montagnes sont les plus belles, comme au Caribana, nous sommes son public préféré… Le concert manque cruellement de spontanéité, et surtout de musicalité.

 

Heureusement, The Strokes viennent relever le niveau de ce vendredi. Le groupe, qui avait laissé ses fans il y a déjà  4 ans après la sortie de leur dernier album et la tournée qui en avait suivi, retourne enfin sur scène. En pleine préparation d’un nouvel opus, l’espoir d’entendre en exclusivité de nouvelles chansons était énorme. Il n’en fut rien : les membres du groupe s’étant consacrés pendant la trêve à  divers projets solos, cette micro tournée apparaît comme l’illustration d’une énorme envie de rejouer ensemble plutôt qu’une suite de concerts promotionnels.

 

Ouvrant le concert par le magistral « New York City Cops », puis enchaînant sans trop de bavardages différents morceaux tirés de leurs trois albums, The Strokes assoient une fois de plus leur statut de groupe culte, icônes rock de toute une génération. Concert d’une sobriété extrême comme à  leur habitude, subtil jeu de lumière en ombre chinoise, quelques formes géométriques en arrière-plan, le groupe fait d’abord passer leur musique. Favorisant « Is This It ? », leur fantastique premier album, The Strokes déchainent la foule par la seule force de leur musique. « Reptilia », « Vision Of Division », « Last Night », « Juicebox », « Heart In A Cage » ou encore un fabuleux « Take It Or Live It » d’une force rare, les chansons de Julian Casablancas sont d’autant plus puissantes jouées en live.

 

Sa voix, grave, rauque et éraillée prend une ampleur extraordinaire sur certains titres, montrant le talent exceptionnel de l’artiste. Les solos de guitare des géniaux Nick Valensi et Albert Hammond Jr achèvent de subjuguer la foule, alors que plus discrètement mais tout autant essentiels, Nikolai Fraiture et Fab Moretti, respectivement à  la basse et à  la batterie, apportent cette rythmique caractéristique de la musique des Strokes. L’un des meilleurs groupes du monde auraient-ils donné l’un de leurs meilleurs concerts ? Loin des contraintes promotionnelles, des questions débiles et répétitives des journalistes, il semblerait que oui.

 

 

Difficile de passer après un concert d’une telle intensité, pourtant, les New Yorkais (également !) de LCD Soundsystem relèvent le défi. Présent il y a 3 ans au même festival, le leader James Murphy, l’un des artistes les plus improbables qu’il existe, ne cache pas sa satisfaction de revenir. Débutant par le lent et transcendant « Us V Them », qui transforme la fosse en dancefloor, le groupe d’electro-rock enchaine avec leur récent tube « Drunk Girls ».

 

Intercalant chansons courtes et très dansantes (« Daft Punk Is Playing At My House », « North American Scum », « Tribulations »…) et des morceaux montant doucement en puissance, le groupe achève de faire bouger un public qui ne leur était pas d’avance acquis.

 

Pour ce vendredi, une programmation exceptionnelle presque exclusivement américaine (quelques groupes tout à  fait négligeables jouaient sur d’autres petites scènes) qui aurait sans doute fait rêver le Paléo.