Culture | 10.07.2010

Policier: 1ère partie

Texte de Débora Alcaine
Durant l'été, découvrez trois histoires feuilletons écrites en relai par nos tinkers.

Tout commença par un cri strident, le Montreux avait quitté le port de Genève depuis quelques instants.Mais ce n’était rien, un gamin qui avait trébuché, s’était envolé dans les airs et avait fini sa course contre elle, lui renversant dessus tout le contenu de son verre. Le jus de fruits rouge sang avait coulé le long de sa robe couleur perle, laissant un tracé net qui partait du cŠ«ur et filait le long de ses jambes, le mioche était tombé et le verre s’était brisé avec un bruit assourdissant…

Pour toute réaction, elle n’eu qu’un long soupir ennuyé et regarda de haut le bambin, quel sale gosse… Peu lui importait la casse, cette robe elle ne l’aimait pas et elle abhorrait les enfants.

Elisa ne pouvait pas être décrite comme une jeune fille conventionnelle ; tranchante, caractérielle, passionnée et têtue, elle avait été le cauchemar de ses parents chéris.

Ce sale môme lui était tombé dessus, l’avait bousculé au milieu de ses pensées, pendant qu’elle regardait la taille du jet d’eau diminuer au fur à  mesure que Le Montreux s’éloignait de Genève… Elisa ne pouvait s’empêcher de ressentir une hargne malsaine, qui faisait bouillonner tout son être : elle se remémorait l’adieu émouvant de sa mère ce matin : « Ma petite fille, ça me désole de te le dire mais tu es un désastre… Et si je ne t’avais pas porté dans mon ventre, je ne croirais pas que tu es ma fille. Allons, assez bavardé. Au revoir.»

C’est vrai que depuis l’année dernière elle avait fait son possible pour faire vivre à  sa petite famille un vrai enfer. Ce n’était que justice. Pourtant à  priori elle avait tout pour elle : débordante de confiance, une intelligence que ses professeurs louaient et une famille hautement placée. Justement cette famille ! La grande Noblesse. Magnifique!

Que des snobs qui ne peuvent pas se passer de leur thé british, obligés de jouer les hypocrites avec la moitié du monde à  cause de leur liens de parenté avec Monsieur le député, Monsieur le maire, Monsieur le PDG…

Ah… La famille! Si on pouvait la choisir on s’épargnerait des maux de tête.

Une voix qu’elle ne connaissait pas interrompit ses pensées :

Un mouchoir ?

Elle se retourna pour refuser poliment comme il se doit

Nonm…

Pardon ? dit-il amusé

Elisa resta quelques secondes sans réaction. Quelle étrange personne. Un jeune homme… Il avait la trentaine, une voix grave, sérieuse, qui se contredisait avec la lueur étrange de ses yeux. Elisa y lisait inconsciemment, devinait de la passion, du désir et les drames qui arriveraient sur ce bateau.

Peut-être était-ce le jus de fruit qui filait comme un filet de sang qui l’avait attiré ? Voyait-il à  travers elle le couteau planté au cŠ«ur de sa première victime ? Sa première victime ? Était-ce réellement lui l’homme aux As? Elle ne le saurait sans doute jamais et d’ailleurs peut-être qu’elle ne vivrait pas assez longtemps pour que cela ait une quelconque importance…

Pour l’instant elle ne faisait que refuser un mouchoir poliment. Rien n’était arrivé. Il était encore tôt, 8h du matin…