Culture | 13.07.2010

MJF Vendredi 5 juillet

Texte de Eléonore Payro
Eléonore est l'une des tinkeuses immergées dans le Montreux Jazz Festival. Beach House + Air vendredi soir...

Pour cette première soirée à  l’excellent Montreux Jazz, la programmation parie sur une soirée plutôt calme. Un démarrage en douceur pour le festival ? Musicalement proches, Beach House et Air se partagent ainsi l’affiche au Miles Davis Hall.

 

Les Américains de Beach House ouvrent ainsi le concert. Leur electro-rock planante, presque psychédélique, fait la part belle à  la voix déroutante de la chanteuse. La douceur des chansons peine malheureusement à  faire effet sur le public, malgré leur beauté. Le trio n’est pas très loquace et enchaîne les titres dans un léger crescendo. Les trois dernières chansons sortent finalement du lot, nous permettant de les apprécier à  leur juste valeur.

 

Arrive ensuite le duo français de Air. Ouvrant avec « Do The Joy », le groupe intercale chansons des précédents album et morceaux récents. Démarrant lentement, le concert gagne en ampleur avec l’arrivée d’une basse plus présente, faisant vibrer les titres dans une lourdeur progressive. Le visuel est fort, mais subtile. Tout en blanc, les deux têtes pensantes de Air recréent leur son si particulier, l’un aux nombreux claviers, l’autre à  la guitare ou à  la basse. L’apparente sobriété du concert n’est qu’une illusion : le son devient plus intense, le rythme plus soutenu, le public est bientôt pris dans une sorte de transe propre à  la musique électronique. Clôturant le concert par les très forts « Be A Bee », « Sexy Boy », « Dead Bodies », Air achève de prouver que leur musique être jouée live. On regrette cependant la grande absence de « Playground Love ».

Passons rapidement sur le cas Chris Garneau. Très belle voix, mais chansons insipides, répétitives, et larmoyantes. Le mélange piano-voix, sublimant généralement les chansons songwriting, ne survit à  une heure de live qu’avec certains morceaux plus dynamiques. Ce n’était pas le cas. Le public, d’abord touché par les belles chansons de Chris Garneau et par sa voix légèrement éraillée, s’ennuie vite, quand à  la sixième chanson consécutive d’amour brisé, il se rend compte qu’il n’y a plus d’espoir. Dommage.

 

Heureusement, Charlotte Gainsbourg arrive sur scène. Le public, conquis d’avance par l’icône intouchable, devrait se contenter de peu. Connue pour son énorme timidité et par son apparente fragilité, Charlotte Gainsbourg devrait affronter la scène à  reculons. Erreur.

 

Si sur la première chanson, « IRM », la voix de la chanteuse est peu assurée, voire fausse, elle gagne peu à  peu confiance en elle, épaulée par un excellent groupe. On sent pourtant le doute, la peur de décevoir et l’émotion de se retrouver face à  un parterre de trentenaires amoureux d’elle dans l’attitude de Charlotte Gainsbourg.

 

Les chansons plus douces lui réussissent mieux, la voix est mieux posée, et laisse plus de place à  l’interprétation. « Me And Jane Doe », « In The End » et « Time Of The Assassins » marquent un tournant dans le concert. L’étonnante reprise du « Chat du Café des Artistes » jouée plus électro, plus groovy montre une nouvelle facette du morceau, qui se termine de manière très rock’n’roll.

 

Serait-ce son rôle d’épouse de Bob Dylan dans « I’m Not There » qui lui a inspiré la reprise de « Just Like A Woman » ? Chanté comme une berceuse, le morceau s’oppose à  un « Dandelion » très blues.

Charlotte Gainsbourg en profite pour remercier ses musiciens, et expliquer sa chance d’avoir travaillé avec Air, Jarvis Cocker et Beck pour sa carrière musicale, mais qu’elle a d’autant plus de chance de pouvoir puiser dans le répertoire « du plus beau, du plus grand, du plus magnifique », Serge Gainsbourg.

 

« L’Hotel Particulier», hommage immense à  son père, plus parlé que chanté, pourrait uniquement émouvoir le public si le morceau n’était pas aussi bien interprété. La basse, très lourde, la guitare par sursaut, la rythmique progressive, couronnées par la voix douce de Charlotte Gainsbourg étonnamment à  l’aise de toucher au patrimoine paternel transforme ce morceau clef du chef d’Š«uvre « Histoire de Melody Nelson ».

C’est d’ailleurs par une autre reprise de son père que l’icône et son groupe termine plus tard le concert. Plus léger, ce « Couleur Café » repris en cŠ«ur par l’assistance, avec comme choriste la propre fille de Charlotte Gainsbourg, achève de toucher en plein cŠ«ur le public.

 

On savait que Charlotte Gainsbourg était une très bonne actrice. Elle est désormais également une excellente interprète. A croire que le talent est génétique.

 

 

 

 

Vampire Weekend + Julian Casablancas. MJF, Miles Davis Hall, lundi 5 juillet 2010.