Culture | 08.07.2010

Eurockéennes

On le sait le festival des Eurockéennes est mythique, fou, legendary ! Mais vous a-t-on déjà  parlé de son camping ?
L'affiche du Festival

Dans la vie, il y a des expériences qui vous marquent, vous transforment. Ces expériences sont diverses, s’étendent du service militaire à  l’opération à  cŠ«ur ouvert. Pour moi, cette aventure mémorable sera mes premières Eurockéennes. Je pourrais vous raconter l’ivresse des bains de foule, moi minuscule particule de poussière dans l’univers, balayée par plus de 80′ 000 fêtards, vous dépeindre la folie adolescente des groupies hurlantes au concert de Julian Casablancas (Juliaaaaaaan !! Je t’aiiiiiiiiime !! B**** môaaaa !!), vous retranscrire par écrit la très visuelle prestation des Empire of the Sun, ou encore vous faire part du feu qui embrasa le public lorsque Jay Z entonna « Empire State of Mind»

 

De tout cela, je n’en ferai rien. Vous ne trouverez point ici de comptes rendus exhaustifs des heures passées sur les site des Eurockéennes. Je préfère en effet vous faire part des impressions que la vie au sein de ce festival mythique, et plus particulièrement la vie au sein de son camping m’a inspiré. Car ce dernier est tout aussi mythique que le festival qui l’accompagne.

 

Le festival des Eurockéennes relève avant tout de la prouesse physique . Du bout de vos orteils piétinés par la foule, aux pointes de vos cheveux souillés par l’atmosphère caniculaire, votre corps entier est mis à  mal durant le festival. Fatigue, chaleur et vacarme, tels sont les nommés démons qui ont hanté les campeurs de Belfort du 2 au 4 juillet.

 

Ces trois jours étaient entièrement dévoués à  la musique, et pourtant j’ai découvert que le Mondial de foot n’était décidemment pas loin, incarné en l’instrument du vuvuzela, car c’est bien après seulement quatre heures de sommeil que vous vous faites vuvuzeler dans les oreilles pas votre sympathique voisin de tente Quechua. Le camping du festival est, du matin au soir et du soir au matin, animé par un brouhaha éthylique constant, la philosophie des campeurs étant «on dormira bien quand on sera morts».

 

Vos nuits écourtées par le joyeux vacarme et la chaleur du mois de juillet, aux Eurock’, vous apprenez à  dépasser vos limites, et à  renier les règles de base élémentaires, à  commencer par celles de la diététique. Eixit cinq fruits et légumes par jour, et bienvenue aux kebabs-frite, choucroute ou autres jambon à  l’os qui abondent. Narcissiques, oyez ma mise en garde, vous ne pouvez séduire ici bas. Vous avez beau vous enduire de crème matifiante, dissimuler votre crasse sous d’épaisses couches de maquillage autant que vous le pouvez, il advient que le camping du festival a raison de votre beauté. Oubliez les miroirs, votre reflet a de quoi vous traumatiser irrémédiablement.

 

Plus que votre éclat et votre élégance naturelle, aux Eurock’, c’est surtout l’hygiène qui en prend un sacré coup. Que les phobiques des microbes se hâtent loin de Belfort, ils pourraient ne pas survivre aux miasmes tenaces des fosses communes du camping, ainsi qu’aux douches sauvages à  la bouteille d’eau, les pieds dans la boue. Aux Eurock’, l’air du camping va même jusqu’à  vaincre la toute puissance de la nature. Bien que le site soit situé au bord du lac Malsaucy, les festivaliers ne sont en aucun cas torturés par les moustiques et autres insectes, cette zone étant définitivement purgée de tout organisme vivant, et cela grâce à  l’omniprésence de fumée d’origine obscure. Ce festival permet également, à  qui sait regarder, d’y observer la déchéance humaine dans toute sa splendeur, car elle y dépeinte dans son absolu le plus total. L’ivresse est redéfinie en ce lieu, elle devient ici une religion, l’appel à  la prière métamorphosé en appel à  l’apéro. Au cŠ«ur de cette frénétique bacchanale, le corps humain est un autel sacré, à  qui les festivaliers donnent en offrande de généreuses libations.

 

Si vous n’êtes pas effrayés par les horreurs qui habitent Belfort, et prêts à  sacrifier votre sommeil, votre ligne et votre allure à  votre amour incommensurable de la musique, surtout quand celle-ci est écoutée en excellente compagnie, alors courez-y l’été prochain. Car puant, bruyant, chaleureux ou convivial, les mots pour désigner ce lieu ne manquent pas, un seul cependant résonne en diapason dans le cŠ«ur de tous ceux qui y ont vécu : inoubliable.