Culture | 08.07.2010

Ecrire pour exister

Texte de Yann Righetti
Découvrez un film prenant à  voir durant ces longues vacances d'été.

Ecrire pour exister est un film paru en 2007 de Richard LaGravenese (le titre original est Freedom Writers). Ce film relate la véritable histoire d’une professeure d’anglais, Erin Gruwell, qui a choisit d’enseigner au lycée Wilson à  Long Beach. Dans un contexte social tendu, elle a fait face à  des élèves provenant de quartiers défavorisés, une génération rongée par le racisme, le manque de structures familiales et la violence entre les  gangs. Retour à  travers le film sur cette jeune femme de 23 ans, ses méthodes, le fait qu’elle a su les aimer et le changement de voie qui s’est opéré chez  ses élèves, qui n’aurait pas pu avoir lieu sans elle.

 

Tout d’abord, il convient de revenir sur la situation de Long Beach et de la région durant les années 1990. C’est une ville en Californie située au sud de Los Angeles. Des émeutes ont éclaté justement à  Los Angeles en 1992 suite à  l’acquittement de quatre officiers de police blanc, qui ont été filmé en train de passer à  tabac un afro-américain du nom de Rodney King.

 

Ces émeutes sanglantes ont conduit à  l’arrestation de 4000 personnes et à  la mort de 38. De plus, elles ont mis en évidence un taux de chômage énorme, une police violente et ont  conduit à  exacerber des tensions raciales jusqu’à  un niveau inégalé dans la région.

 

Le cadre du film s’inscrit dans la politique d’intégration du lycée Wilson, où  se côtoient des fils de bourgeois et des jeunes de quartiers défavorisés issus de tout horizon. En effet, il y a des latino-américains, des asiatiques et des noirs notamment dans les classes à  « risque ».

 

Erin Gruwell a choisit cette école justement pour sa politique d’intégration « suggérée par l’Etat ». Une jeune professeure naïve, idéaliste et sans expérience confrontée à  des délinquants, à  une classe « à  risque ». Elle se rendra vite compte que ce n’était pas ce qu’elle imaginait.

 

Pourtant, contrairement à  ses collègues, elle ne baisse pas les bras. Elle remarque vite que ses élèves ne connaissent rien du monde, mis à  part leurs quartiers. Elle a su voir en eux leurs qualités malgré les blessures et  va leurs ouvrir les  yeux et leurs montrer une façon différente de gagner du « respect » que ces jeunes prétendaient obtenir en mourant pour leurs gangs respectifs.

 

Ses méthodes vont radicalement changer le jour où elle interceptera une caricature raciale représentant un élève noir avec des lèvres proéminentes. Elle déclarera avec beaucoup de colère que c’est ce genre de chose qui a conduit à  l’Holocauste. Aucuns des élèves ne savaient ce qu’était un Holocauste.

 

Mlle G (son surnom donné par ses élèves) va, à  partir de ce moment-là , décider à  leurs montrer le monde au-delà  de ce qu’ils ont toujours connu. Malgré les réticences des autres professeurs et de l’administration scolaire, elle va trouver elle-même le budget, afin de faire des sorties, de visiter des musées, d’inviter des survivants du génocide juif. Ils découvriront le monde aussi à  travers différentes lectures, notamment par le  journal d’Anne Frank.

 

Mais la particularité de sa méthode réside dans leur fameux journal. Chacun de ses élèves devra écrire sa propre histoire. Ce journal existe et on peut l’acheter en Suisse, il n’est malheureusement pas traduit en français. Ce journal va permettre à  ces jeunes d’exister, d’être connu  et de faire connaître leur histoire dans le monde entier.

 

Ce film montre aussi le changement de voie opéré par ces jeunes. Au départ, ils sont racistes, violents et arrogants, mais ils vont peu à  peu apprendre à  être tolérant et à  montrer du respect sans passer par les armes à  feu et la violence. Certains seront donc les premiers de leur famille à  poursuivre des études supérieures. Cette prise de conscience conduira une jeune fille,  témoin d’un meurtre, à  revenir sur son faux témoignage «  destiné à  protéger les siens » et à  dire la vérité, ce qui mènera un membre de son gang, le vrai coupable, en prison.

 

Ce changement de voie passe à  travers une ouverture au monde, aux autres et à  l’autorité que représente Erin Gruwell. Avant de changer le monde, il faut d’abord changer soi-même. Ils ont refusé de rester enfermé dans la spirale de la violence, malgré le contexte dans lequel ils vivent et ce, grâce à  une professeure qui a crû en eux.

 

Une des scènes les plus touchantes est la rencontre avec Miep Gies, la femme qui a caché  Anne Frank et sa famille. Elle déclarera à  ces jeunes que : «  se sont eux les héros au quotidien ». Ils sont des héros tout en étant des gens ordinaires, car ils ont choisit leurs propres routes et grâce à  ce journal, ils ont pu exister et partager avec le monde leurs histoires.

 

Ecrire pour exister relate une histoire universelle. Chacun d’entre nous peut être un héros. De plus, l’écriture est effectivement un moyen d’exister. Du reste, peut-être que tink.ch est un moyen d’exister parmi d’autres et de se faire connaître. Et pourquoi pas, pour certains, de laisser une trace…