Culture | 29.07.2010

Apocalyptica

Qui a dit que le violoncelle était un instrument de musique classique?
Eicca et Perttu -“ photo prise après l'interview Photo promotionnelle Photo promotionnelle Couverture de «7th Symphony»

– Trois violoncellelistes et un batteur…

– Comment ça un batteur-½ Depuis quand on a besoin d’un batteur pour jouer Bach ou Vivaldi?

– Mais qui a dit qu’il était question de musique classique-½

 

Et oui, bien qu’ils aient fait des études de violoncelle en musique classique à  l’académie Sibelius de Helsinki en Finlande, sur scène ils jouent pour un public amateur de… metal!

 

L’histoire du groupe commence avec des reprises de Metallica en 1993, jusqu’à  leur 3e album qui sera le premier à  être composé d’Š«uvres originales du groupe pour sa quasi-totalité

En vue de la sortie de leur 7e album le 23 août, «7th Symphony», le groupe est en tournée mondiale. De passage en Suisse pour un concert à  Lucerne le 29 juillet, deux des membres clefs du groupe étaient de passage à  Zürich pour de la promo. C’est dans ce contexte que j’ai eu le plaisir de les interviewer dans le cadre cool du Kaufleuten Hof.

 


tink.ch:

Comment êtes-vous passé de la musique classique à  Metallica?

Apocalyptica:

C’était un groupe qu’on aimait bien en dehors de la musique classique, et juste pour le fun entre amis on a voulu essayer de jouer leur musique avec nos instruments. C’était juste une sorte de défi pour s’éclater.

 

tink.ch:

Vous ne vous attendiez donc pas du tout à  un quelconque succès?

Apocalyptica:

Absolument pas. À l’époque il n’était pas question d’un groupe de musique, juste une bande d’amis. C’est lorsque nous avons joué devant une scène metal qu’on nous a proposé d’enregistrer un album. Là  encore on ne s’attendait pas à  ce qu’il se vende. Et pourtant si, on s’est retrouvé à  faire d’autres concerts, toujours avec des reprises de Metallica et autres groupes. Plus on jouait, plus on découvrait de choses à  expérimenter. C’est seulement à  partir du 3e album, «Cult», de notre composition, qu’on peut dire qu’Apocalyptica a réelement commencé à  exister comme un groupe de musique.

 

tink.ch:

Comment le nom du groupe a-t-il été choisi?

Apocalyptica:

À la base on s’attendait à  ne sortir qu’un seul album, il fallait donc trouver rapidement un nom qui est un lien avec Metallica, et qui ait le côté un peu «sombre» du metal. C’est ainsi qu’on s’est retrouvé avec le nom de l’album «Apocalyptica plays Metallica by four cellos» et on a gardé finalement ce nom pour la suite.

Perttu Kivilaakso: c’est un nom qui est bien mieux que celui du groupe dans lequel j’étais au lycée, «Death»

Eicca Toppinen: de mon côté c’était pas mieux, le groupe s’appelait «Fuckers»! (rire)

 

tink.ch:

Est-ce que vous jouez toujours de la musique classique?

Apocalyptica:

Plus en public, cependant à  la maison ou entre nous on continue à  jouer du classique. C’est probablement le meilleur moyen de s’entrainer. Actuellement on joue du Bach ou du Vivaldi.

 

tink.ch:

Vos Š«uvres classiques favorites?

Apocalyptica:

Perttu Kivilaakso: la 1e symphonie de Gustav Mahler, et l’opéra.

Eicca Toppinen: Je suis un grand fan de Š ostakovič, un compositeur russe.

 

tink.ch:

Quelle est votre création préférée?

Apocalyptica:

À chaque album on trouve quelque chose de mieux, on est très satisfait de «7th Symphony», notre prochain album, qui tout en apportant du nouveau se base sur nos expériences passées. Cependant, il y a un titre qui est toujours vraiment génial à  jouer en live, il s’agit de «Inquisition Symphony» de notre second album.

 

tink.ch:

Votre titre «Quutamo» un morceau instrumental qui s’est décliné en trois versions a des paroles en anglais, allemand et français. Mais pourquoi pas dans votre langue maternelle, le finnois? Il y a pourtant bien des voix finnoises connues mondialement, telles que Tarja Turunen (ex-chanteuse de Nightwish).

Apocalyptica:

Très bonne question, en faite on y a jamais vraiment pensé. Peut-être parce que pour être honnête, on ne cible pas du tout le marché finlandais. Peut-être aussi que si les paroles étaient dans notre langue maternelle, on y apporterait trop d’importance. Ce que l’on ne voudrait pas, car, pour nous, la voix dans nos morceaux est surtout un «instrument» comme le sont nos violoncelles. Et en ce qui concerne Tarja, elle a une belle voix bien à  elle, mais elle est trop liée à  Nightwish. Mais pour l’avenir, ça pourrait être une idée d’avoir des paroles en finnois, rien que pour présenter nos origines au marché international.

 

tink.ch:

«Quutamo» (kuutamo) signifie en finnois «clair de lune», cependant dans les versions avec paroles, les titres sont respectivement «How far», «Wie weit» et «En vie». Est-ce volontaire qu’il n’y ait aucun lien avec le titre original?

Apocalyptica:

«Quutamo» était à  la base un morceau uniquement instrumental, lorsque Marta Jandová (du groupe allemand «Die Happy») a écrit les paroles, elle avait carte blanche. Si je me souviens bien elle a d’abord écrit les paroles en anglais, puis fais une traduction en allemand. Ensuite, je pense qu’Emmanuelle Monet (du groupe français de Nantes «Dolly») s’est inspirée de la version anglaise pour sa version française «En vie». Mais Apocalyptica n’était pas du tout impliqué dans la composition des paroles.

 

tink.ch:

Les jeunes d’aujourd’hui ont tendance à  trouver que les instruments classiques tels que le violon ou le violoncelle, ça fait un peu «gay»…

Apocalyptica:

Oui, c’est vraiment gay (rire)

 

tink.ch:

[…] Apocalyptica serait un moyen de montrer que le violoncelle peut être aussi cool qu’une guitare électrique?

Apocalyptica:

Oui c’est un peu le cas, quand on était jeune on nous demandait si on n’avaient pas honte de jouer du violoncelle. Pendant que les autres camarades de classe passaient leur temps à  jouer au football, nous on s’entraînait à  fond à  jouer du violoncelle. Apocalyptica, c’est un peu une forme de revanche sur eux qui se moquaient de nous quand nous répétions le violoncelle pendant qu’ils s’amusaient, .

Mais on a toujours eu un côté un peu rebelle dans le classique. Le stéréotype d’un musicien de musique classique est plutôt chic, un peu haute bourgeoisie. Alors que nous, on a toujours joué habillé décontracté avec des jeans et des T-shirts, parfois de groupe de metal. Car pour nous ce qui compte c’est la musique, pas l’apparence.

Perttu Kivilaakso: «pour ma part, il m’est déjà  arrivé d’aller à  l’opéra en pantalon de jogging, c’est plutôt amusant de se voir habillé cool au milieu de ces gens vêtus très sérieux.»

C’est probablement ce qui a créé le fossé entre le monde du rock qui pense que le classique est réservé aux élites et gentilshommes. Mais mon avis, c’est que la musique classique est ouverte à  tous.

 

tink.ch:

Des conseils pour apprendre le violoncelle? Est-ce que l’on est obligé de passé par le classique? Dans le monde de la guitare, il est commun d’utiliser des tablatures, est-ce que vous pensez que malgré tout le solfège est quand même une nécessité?

Apocalyptica:

Apprendre la musique, c’est travailler dur, mais ça doit être amusant. Le problème avec beaucoup de profs, c’est qu’ils forcent leurs étudiants à  apprendre des morceaux qui ne leur évoque rien, qu’ils n’aiment pas. Et ça, je pense que c’est une mauvaise chose. Cependant, si ont veut atteindre le meilleur niveau il y’a quand même sept répertoires de musique classique à  voir.

Depuis les quelques 15 ans d’existence d’Apocalyptica, on a pu constater que certains profs de musique s’étaient aussi mis à  composer des arrangements de musique que leurs étudiants aiment et c’est une bonne chose, car si l’on veut apprendre un instrument il faut y consacrer du temps, mais il ne faut pas que ce soit ennuyeux, ça doit faire plaisir!

On a jamais aimé le solfège, tout comme on a jamais aimé l’école. Cependant un minimum de bases de solfège sont toujours bonnes à  avoir.

 

tink.ch:

Comme vous utilisez des effets sur vos instruments n’avez-vous jamais pensé à  utiliser des instruments électriques plutôt qu’acoustiques?

Apocalyptica:

Oui, on a essayé plusieurs violoncelles électriques, mais c’est tout simplement impossible de jouer avec ça. C’est comme s’il était mort, sans âme. Alors qu’un instrument acoustique, quand je joue avec, c’est comme s’il faisait partie de moi, et sentir le retour de l’instrument est très important, ce que je n’ai jamais pu trouver dans un instrument électrique. De plus, se pointer sur scène avec un instrument acoustique et y mettre de la distorsion ça fait un effet un peu «wow» car on ne s’attend pas à  entendre sortir ce genre de son d’un instrument classique.

 

tink.ch:

Aviez-vous un concept ou une idée en tête lors de la réalisation de «7th Symphony»? Depuis quand travaillez-vous dessus?

Apocalyptica:

On travaille dessus depuis l’été dernier. Et comme pour chaque album, on n’a pas vraiment d’idée précise en tête, on ne sait jamais quel sera le résultat, c’est à  chaque fois toute une aventure. Le seul but qu’on a pour chaque album c’est d’essayer de faire mieux tout en apportant du neuf. Notre précédent album, «Worlds Collide» était déjà  très bon, et ça été difficile de trouver comment le surpasser, à  chaque fois on se demande si c’est possible de mettre la barre encore plus haut, et finalement on arrive à  un résultat très satisfaisant. C’est LE devoir d’Apocalyptica de placer à  chaque fois la barre plus haut, pour accomplir à  chaque fois un défi plus corsé. Et sur ce point, on est très satisfait de «7th Symphony».


 

En attendant la sortie de l’album, vous pouvez déjà  regarder le clip de «End Of Me».

Ils repasseront également le 18 octobre à  Zürich pour un concert, pour plus d’information vous pouvez consulter la page last.fm de l’événement.

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