Politique | 26.06.2010

Plus de Conseil Fédéral?

Texte de Débora Alcaine
Le Conseil fédéral a connu des meilleurs jours. Depuis un certain temps on cherche à  couper des têtes, les conseillers ne convainquent plus personne, surtout l'UDC... Et pour cause il faut dire que ces deux dernières années n'ont pas été de tout repos

Tout commence avec la crise économique : UBS gourmande va à  la pêche aux grands poissons. New York -est une destination prisée pour les bonus chiffrés en millions (qui font honte à  la Loterie romande)- attire la banque suisse qui utilisera des « petits » subterfuges pour aider ces clients à  échapper au fisc.

 

Jusque là  rien de bien méchant, juste des riches qui veulent devenir encore plus riches, cependant cette affaire va mal mener le secret bancaire. Le Conseil Fédéral, notamment M. Merz seront pointés du doigt plusieurs fois pendant les négociations avec les Etats-Unis.

 

M. Merz était-il au courant des « procédés » d’UBS ? Est-ce que le conseil fédéral a bien fait de sauver UBS ? Est-ce qu’ils ont tué le secret bancaire ? etc.

 

Tant de questions répétées mille et une fois par les médias. Fautifs ? Peut-être, rien que la rumeur suffit à  entacher l’image de M. Merz, mais aussi celle du Conseil Fédéral qu’on décrira déjà  comme incapable et divisé.

 

En pleine crise financière avec les Etats-Unis mais aussi avec ses voisins (France, Italie, Allemagne) surgit l’affaire Kadhafi et ses lourdes conséquences politiques. Il n’y a pas réellement besoin de rappeler ce qu’est l’affaire Kadhafi, pendant deux longues années la Suisse vit au rythme des otages retenus en Libye à  cause de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et de sa femme à  Genève.

 

Cette affaire déclenchera une cascade d’erreurs au sein du Conseil Fédéral. M. Merz s’excuse au nom de la Suisse, suite au blocage des visas Libyens la Suisse devient « Le preneur d’otages » pour la communauté européenne, les tensions au sein du Conseil se font sentir et tous se passent la patate chaude.

 

Et alors ? Dans les crises il y a toujours des erreurs, malentendus et autres. Certes le Conseil Fédéral a commis un nombre historique d’erreurs stratégiques autant sur le plan financier que diplomatique, cependant je trouve que c’est un poil exagéré utiliser ces affaires comme excuse pour exiger un changement dans le système.

 

Effectivement cela fait quelques mois que les critiques vont bon train et que l’idée d’un président fort de la Confédération flotte dans l’air, non seulement au Conseil mais aussi parmi les députés et surtout dans les médias. C’est-à  dire en tout cas un mandat plus long et bien sûr plus d’influence sur les décisions, histoire d’être crédible…

 

Mais pourquoi changer un système qui marche (presque toujours) ? A-t-on besoin de rappeler que la Suisse est la plus vieille démocratie du monde ?

 

N’a-t-on pas assez d’exemples qui montrent que laisser trop de pouvoir à  une seule personne est très dangereux et nuisible ? Imaginez-vous réellement avoir un Sarko’ romand ou un Berlusconi tessinois ou encore une Angela Merkel suisse allemande ?

 

Personnellement j’aime autant éviter, pour ne pas retrouver dans mon quotidien pour la énième fois que le président fort de la Confédération a insulté un travailleur qui a refusé de lui donner la main, qu’il est mêlé encore une fois à  des affaires louches de détournement de fonds, qu’il a eu une affaire avec sa secrétaire…Et j’en passe !

 

D’autant plus que ce serait presque impossible que toute la Suisse se mette d’accord sur une seule même personne. Pour l’instant c’est déjà  la guerre quand il faut choisir un conseiller fédéral, tout le monde se plaint : les romands pensent qu’il y a trop de suisse allemands, les tessinois qu’ils sont sous-représentés, les suisse allemands que les romands ne le comprennent pas…

 

Alors en attendant un Kennedy ou un Obama swiss made évitons de changer un système qui marche. Car si on en changeait il existerait alors la possibilité que des extrémistes s’emparent de la place de président de la Confédération, droite et gauche confondus et à  coup sûr on violerait toutes les conventions des droits de l’homme (et de la femme…)- les minarets n’auraient été qu’un avant goût.