Culture | 26.06.2010

OUINON

Texte de Eva Hirschi
À Genève au bord du lac il y a une sculpture qui invite à  réfléchir. Des lettres d'or qui forment - dépendant du point de vue - les mots OUI et NON. Une sculpture pour les deux mots les plus divergents. Pourquoi l'artiste Markus Raetz unifie justement ces deux mots ?
Photos de la sculpture par notre tinkeuse, Eva Hirschi.

(Un article venant directement de Berne par notre correspondante en Suisse allemande, Eva Hirschi)

 

Oui. Non. Deux mots tout simples qui peuvent changer le monde. Un Oui peut être une promesse pour l’avenir avec une famille en commun ainsi que l’ouverture d’une guerre destructive. Aucun autre mot n’a un tel pouvoir. Ils désignent des décisions, des points de vue, des opinions. Il n’y a pas d’entre-deux.. Une réponse claire est ce qui est attendue.

 

« Penses-tu que… ? »

 

Prenons un exemple. Une discussion se base souvent sur un Oui contre un Non comme réponse sur une question, par exemple « Trouves-tu que… ? ». On attend une réponse explicite par l’interlocuteur, si non la discussion se terminera très rapidement. De l’autre côté une discussion peut se perpétuer pour une éternité si les deux partis campent sur ses positions. Tout ce qui reste est une répétition d’arguments propres sans aborder l’opinion contraire. Ceci montre la divergence de ces deux mots.

 

La sculpture qui a été construite en 2000 pour le Place du Rhône à  Genève, unit les deux mots les plus divergents du monde. Mais ne devrait-il pas y avoir deux sculptures différentes qui séparent le Oui et le Non clairement ? L’artiste bernois Markus Raetz s’est décidé contraire. Il connecte ces deux mots, on peut voir le Oui d’un côté mais si on vire de bord, les lettres forment le mot Non.

 

Critique vis-à -vis de l’inflexibilité

Comment arrive-t-on alors d’un Oui à  un Non et inversement ? Simplement en se déplaçant, en changeant de côté. En attribuant cette conclusion à  notre exemple avec la discussion, on remarque : le but d’une discussion ne devrait pas être insister sur sa propre opinion ou bien convaincre l’interlocuteur mais plutôt une comparaison des arguments et opinions pour qu’à  la fin l’on puisse subir un changement d’opinion ou bien se voir renforcé dans sa propre idée. Mais le résultat est secondaire, essentiellement il s’agit de comprendre l’opinion de l’autre et de pouvoir le suivre, de changer de côté, donc de construire un pont entre le Oui et le Non, une liaison.

 

Peut-être est-ce cela que voulait montrer l’artiste suisse de renommée internationale Markus Raetz avec sa sculpture qui semble paradoxale en première vue : Souvent il suffit de se délier de son point de vue et de faire quelques pas – physiquement ainsi que pensant – pour gagner de la connaissance et de la compréhension. C’est pourquoi on ne devrait pas baser ses décisions sur un Oui ou un Non mais bien plutôt sur une valorisation d’un Oui et un Non.