Sport | 04.06.2010

Mon équipe à  moi !

Texte de Andrea Lucar
Les supporters s'échauffent et Andrea en profite pour réfléchir à  la relation entre le ballon rond et le nationalisme !

Entre l’arrivée de la Coupe du Monde de football et la sortie d’ « Invictus » au cinéma, tout me pousse à  me questionner sur l’appropriation du sport (et du football en particulier) par les Etats.

En effet, devant la ferveur nationaliste actuelle et des propos tels que ceux-ci : «Les sportifs d’élite devraient être dispensés d’armée. Ils rendent assez service à  l’Etat en étant la vitrine de notre pays.» (Luc Barthassat, conseiller national (PDC/GE)), je m’interroge sur cette incursion de l’Etat dans le football ainsi que sur le concept de la « nation » dont ce sport est tellement imprégné.

Laissez-moi justement vous donner une définition de la « nation » : « Une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine. » (ANDERSON Benedict, L’imaginaire national: réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme). Il semble donc que la nation ne soit que le produit de notre imagination. Vous et moi ne sommes liés uniquement parce que nous imaginons que nous le sommes et, éventuellement, par le fait que nous ayons des passeports similaires, rien de plus.

Donc, concrètement, rien ne nous lie non plus avec ces joueurs de football censés nous représenter. C’est pourquoi, je me demande : d’où vient cet engouement général ? Pourquoi tout le monde s’identifie à  des personnes qu’ils n’ont même jamais rencontrées ?

La réponse, je vous l’ai déjà  donnée: l’Etat. Sans la justification que vous et moi fassions partie d’un même ensemble, l’Etat perdrait toute légitimité à  exercer son autorité. C’est pourquoi le football est aujourd’hui devenu plus un fait national qu’un évènement purement sportif. C’est, en effet, l’un des meilleurs instruments pour renforcer cet imaginaire national collectif. D’ailleurs, la Coupe du Monde de football ne voit s’affronter que des équipes « nationales » et ce sont les couleurs du drapeau que portent les joueurs. Il n’existe pas, dans cette compétition, d’équipes indépendantes qui ne représenteraient qu’elles-mêmes. Ainsi, il y a une instrumentalisation de la part des Etats de la ferveur sportive pour la transformer en ferveur nationaliste.

Le football cristallise donc de manière particulièrement flagrante l’absorption du sport par les nationalistes. Ce n’est plus un match entre sportifs c’est un affrontement entre « nations » (qui, je vous le rappelle, n’existent pas en soi). Quelle ironie, donc, qu’un évènement aussi concret que la Coupe du Monde de football ne relève en réalité que d’un fantasme collectif.

Cette nationalisation du football m’interpelle. Le sport n’est-il pas plutôt censé être un espace de liberté où ce qui compte est la performance des sportifs en tant que telle, et pas le passeport qu’ils détiennent ?

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