05.06.2010

Les oubliés de la terreur

Texte de Alexia Beauciel
Israël est passé à  l'acte ! La réaction d'Alexia.

Rappel : L’État, qui avait prévenu qu’il empêcherait «de force si nécessaire» la «flottille de la liberté» d’approcher la bande de Gaza, a donné l’assaut le 31 mai.

Le journal du 1er juin a eu sur moi l’effet d’un électrochoc. Un cliché, digne d’un de ces films qui font fureur aujourd’hui, tels que Greenzone ou Démineurs, fait la couverture. Une photographie de mauvaise qualité montre un commando suréquipé accoster, d’une manière que l’on devine cavalière, un navire apparemment à  l’arrêt. Cette image me rappelle immédiatement l’épisode des pirates somaliens, arrêtés par des militaires spécialisés. Et pourtant… il ne s’agit pas ici de meurtriers crève-la-faim, mais d’humanitaires qui se déclarent pacifistes. Bilan de l’opération : 9 morts et des dizaines de blessés.

Je ne vous ferai pas ici d’analyse détaillée de l’affaire : vous le savez certainement déjà , le navire était affrété par une organisation turque et avait pour but d’acheminer, par voie maritime (toutes voies terrestres étaient bloquées à  ce moment-là ), des produits de première nécessité, tels que des médicaments, jusqu’à  Gaza, victime d’un blocus. L’embarcation en question était la première de la flottille à  s’approcher de la zone israélienne. Cependant, la tentative d’arrestation – effectivement, vu les éléments, il est difficile de parler d’une véritable arrestation… –, a bel et bien eu lieu sur les eaux internationales, ce qui renforce le caractère sauvage et illégal de l’affaire. Pourtant, aujourd’hui encore, l’illégalité de cet assaut est remise en question (la violation d’un blocus serait un motif valable).

Mais je ne m’arrêterai pas sur ces détails politiques et juridiques. La question est plutôt de comprendre pourquoi cet épisode suscite un tel intérêt. Certes, la Méditerranée est un plan d’eau attachant pour la plupart des touristes que nous sommes – bien que les manifestants américains soient peu concernés par cet aspect affectif ! Pourtant, les côtes européennes, si précieuses aux vacanciers, ne sont en rien impliquées dans l’affaire. Cet affrontement s’est déroulé dans une zone que je me permets de qualifier d’hostile, tant le climat politique qui y règne invite peu le visiteur à  jouir de ses charmes…

Le conflit israélo-palestinien a débuté il y a plusieurs décennies et n’est certainement pas sur le point de se régler. L’assaut israélien contre la flottille n’est qu’une minuscule démonstration du quotidien enduré par les habitants palestiniens. Si le monde aujourd’hui s’offusque de voir dix civils abattus sous ses yeux, il préfère faire fi des scènes de violence et de massacres qui ont lieu tous les jours dans la bande de Gaza. Certes, le gouvernement palestinien est susceptible de cultiver des liens avec des organismes terroristes. Il est vrai que ce gouvernement a été élu par le peuple, mais là  encore, où sont les preuves d’un scrutin honnête et transparent ? Est-ce le peuple qui, une fois encore, devrait payer pour les erreurs stratégiques de son gouvernement ?

Les résultats de cette opération militaire sont imprévisibles. La Turquie est en froid contre Israël, l’Europe est partagée entre condoléances et courroux. Les Etats-Unis, de peur d’égratigner le processus de paix, n’osent pas se prononcer. L’ONU, censé être à  la fois neutre et pragmatique, parle mais n’agit pas… Qui sera le premier à  prendre des mesures réelles ?

Je n’oublierai jamais cette anecdote rapportée, il y a quelques années, par un ancien militaire américain pour un grand quotidien français. Engagé par une compagnie militaire privée pour assurer la paix en Irak, il expliquait comment, avec ses collègues, il partait « en chasse » dès le petit matin. DésŠ«uvrés, en attente dans une zone calme et quelque peu désertique, ils tiraient, comme des gamins peuvent jouer au paintball, sur des vieillards et des civils endormis dans leur véhicule. Puis ils repartaient, satisfaits, à  la recherche d’une nouvelle cible. La lecture de ce témoignage m’avait arraché des larmes d’amertume, désolée de me sentir aussi impuissante face à  des injustices si stupides, et c’est encore la gorge nouée que je me le remémore.

Les victimes de l’assaut israélien ne sont ni une organisation apparemment pleine de bonne volonté, ni une Turquie blessée dans son amour-propre, ni une Israël dont l’image internationale est au plus mal. Non, la véritable victime de l’affaire, c’est bel et bien le peuple de Gaza. Oublié par les puissances, ses véritables besoins ne se limitent pas à  quelques cargaisons de médicaments et à  la revendication de pacifistes moins réalistes qu’on ne pourrait le penser. Il est grand temps d’en prendre conscience.

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