Culture | 05.06.2010

Ecal ? Et ça cale !

Texte de Débora Alcaine
Débora, comme de nombreux jeunes romands s'est essayé au "casting" de l'ecal. A défaut d'être concluant, ça lui aura permis de nous rédiger un commentaire aussi piquant que succulent. A lire !

Qui ne connait pas l’ECAL? Grandiose école d’art de Lausanne, dont les vaudois ne peuvent être que fiers et orgueilleux. Qui ne connait pas Pierre Keller le directeur, gentilhomme, de ce Temple du savoir ?  Serait-ce une coïncidence que celle-ci se trouve justement située, 5 avenue du Temple ?

 

Non. Ce mot n’existe pas dans le vocabulaire ecalien. Même l’emplacement a été choisi après une longue réflexion philosophique, afin de garantir la qualité de l’air. Rien n’est trop bon pour les étudiants (et surtout pour les professeurs, les intervenants qui ont même le droit à  un restaurant V.I.P à  l’intérieur de l’école. Non ce n’est pas une plaisanterie).

 

Cela s’explique puisque ce ne sont que les meilleurs qui rentrent dans cette école prestigieuse, du moins à   en croire son directeur. Après avoir assisté au concours d’admission propédeutique (par procuration) et celui de première année, j’ai envie de répondre : Ah bon ?

 

Il me parait bien peu probable qu’on puisse être aussi sûr que juste les meilleurs rentrent à  l’ECAL, étant donné que les concours sont plus qu’aléatoires. Bien entendu les étudiants ont du talent, je ne dis pas le contraire, mais qu’en est-il des refusés ?

Les deux tiers des personnes qui ont participé au concours propédeutique ont été refusées  et pour la première année on parle de la moitié. Était-ce parce que ces étudiants n’avaient aucun talent ? Ou plutôt parce qu’ils n’entraient pas dans le moule ecal ?

 

Ayant vu défiler les dossiers, les peintures, les sculptures… Je pencherai pour la deuxième réponse. L’art était représenté sous toutes ses formes, curieusement il n’y avait qu’un style qui plaisait : le moderne, l’abstraction géométrique.  C’est pourtant paradoxal pour une école d’art de filtrer ainsi les candidats, ne doit-on pas avoir de la diversité en art? Ou est-on revenus à  l’époque où seul l’art approuvé par les institutions est digne d’être appelé art ?

 

Puis, les candidats ne sont-ils pas censés passer le même concours ? Or les entretiens n’ont pas la même longueur pour tout le monde, certains ne tiennent qu’une minute, d’autres dix… Les jurés vous jaugent de la tête aux pieds et décident combien de leur temps ils vont vous accorder.

 

C’est un peu comme si on demandait à  la moitié des sportifs de faire le tour de France en une journée et qu’on laissait aux autres le temps établi. Et si on essayait ? Vous pensez « ridicule» et vous avez raison, ce n’est pas normal d’appliquer ce genre de règles, ni en sport, ni en art.

 

Revenons-en à  notre si grande école, si par un grand hasard votre style et (surtout) votre tête convenait aux jurés, vous rentreriez dans le fameux bâtiment. Or, comme le confirment des témoignages d’anciens étudiants, si tu rentres à  l’ecal, tu n’as plus de vie. Tu ne deviens plus qu’une machine à  créer des Š«uvres ecaliennes, sans parler de l’affreuse compétition entre étudiants.

 

Rien que leur site annonce la donne haut et fort : avoir un job d’étudiant en même temps que le rythme académique de l’ecal relève de l’utopique, puisqu’une semaine normale compte plus que 50 heures de travail et une semaine d’évaluations bien plus…

 

Sur ces réjouissances, chers lecteurs, accordons une minute de silence pour les pauvres personnes qui devront affronter cette charge l’année prochaine.