22.05.2010

Serez-vous la prochaine victime?

Le mystère de la fascination pour les séries policières; entre coup de gueule et analyse.. Clarisse et Lauriane ont étudié le sujet de plus près.

Dans la vie, il y a pas mal de choses qu’on ne comprend pas. Des choses plus ou moins importantes, plus ou moins fondamentales. Et même quand on décide de faire une pause et de se relaxer, on se retrouve nez à  nez avec un autre fait que l’on ne comprend pas. Par exemple quand, un vendredi soir, la semaine enfin terminée, on est fatigué, on se dit qu’on va regarder un film sympa ou un programme de divertissement sans prise de tête, pour pouvoir se détendre. Alors on regarde le programme, on cherche, mais tout ce qu’on voit c’est : « policier », « suspense », « thriller »… Génial pour ceux qui aiment, au moins ils ont le choix. Mais pour les autres, que reste-t-il à  regarder? Ah oui, « CŠ«lacanthe, le fossile vivant » dans Thalassa!

 

Beaucoup de gens aiment les séries policières. Les crimes, le sang, tout ça semble les passionner ! Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Chacun ses goûts, mais voir du sang, des armes, des crimes, être stressé et accroché au suspens, est-ce qu’on peut vraiment trouver ça amusant ? Bien sûr, on peut trouver ça « cool », mais en même temps, voir des morts et des crimes, est-ce que ça devrait vraiment être considéré comme « cool » ? C’est quand même un peu glauque, non ? Bien sûr, tout le monde sait que ce n’est pas la réalité, juste de la fiction, et pourtant il y a quand même chaque année de plus en plus d’inscriptions en Sciences criminelles. Mais pauvres petites premières années qui s’imaginent déjà  enfiler leurs gants et inspecter autour d’un cadavre. Et pauvres téléspectateurs à  qui ont fait croire qu’ils regardent la réalité. Imaginez, l’inspecteur arrive sur la scène de crime, il se lave à  peine les mains (pardon, il enfile tout de même ses gants, c’est vrai), fièrement, il sort le fameux sachet, et il y met un indice. Très bon exemple que tout ce qu’on nous dit dans les séries policières n’est pas toujours vrai. En réalité, procéder de cette manière altéreraient les preuves et donc aucun vrai spécialiste n’agirait de cette façon. Mais pourtant, même si on a conscience que le scénario n’est pas vraiment réaliste, on se plaît à  imaginer des histoires de plus en plus morbides.

 

Et avec tout ça, on peut quand même se demander : « Pourquoi est-ce que tout le monde est passionné par les séries et films policiers ? »

 

Et bien premièrement, êtes-vous friand des jeux à  la Koh-Lanta ou les coups de cŠ«ur d’Alain Morisod? Si tel est le cas, il est facile de passer d’agréables soirées, vu l’abondance de ces émissions. Dans le cas contraire, c’est comme ça que vous allez vous retrouver à  regarder un énième épisode des Experts, à  vous essayer à  l’atmosphère de Bones ou vous dire que c’est la soirée idéale pour commencer à  vous plonger dans l’ambiance d’Esprits criminels.

 

Et vous pensiez peut-être ne regarder qu’un seul épisode, juste comme ça, juste pour un soir. Mais malgré vous, vous êtes comme happé par cet univers. Ce que vous pensiez être votre unique soirée policière, va devenir votre rendez-vous à  ne pas rater. Aïe, une victime de plus. Mercredi, 20h50 votre série commence. Vous êtes pile à  l’heure devant votre poste.

 

Car l’on a beau râler sur ces séries policières qui pullulent sur nos chaînes, on a beau critiquer la Julie Lescaut qui gère à  elle seule toute l’enquête, de sourire en voyant à  quel point il semble facile de retrouver le coupable avec les experts et même de se surprendre à  sympathiser pour le tueur en série qu’est Dexter, on va quand même, un jour ou l’autre, se voir transformé en inconditionnel d’une de ces séries. Eh oui, rien de tel que quelques meurtres bien sanguinolents, d’une bonne dose d’hémoglobine et de quelques arrestations musclées pour fidéliser le spectateur. La preuve en est par le succès rencontré par chacune de ces séries! Mais qu’est ce qui nous attire tant dans ce monde sanglant et sombre?

 

Quelque soit la série, la construction est la même: La découverte d’un cadavre, l’arrivée des experts, l’enquête et une belle fin heureuse. Eh oui, car c’est un univers où règne la paix, où les héros sont tous beaux, gentils et prévenants, des meurtres certes sordides mais dans un cadre fascinant (New York, Miami, Paris), où les problèmes sont résolus tout aussi facilement que l’enquête est bouclée. Un monde parfait, se délectant des petites échappées à  travers les mailles de son filet doré d’une pincée d’injustice, d’un sursaut de vengeance, d’une percée d’un mal froid et sombre; tout pour titiller la curiosité des téléspectateurs. Un univers idéal où la loi triomphe toujours, où la justice est reine. Aussi macabres que soient les meurtres, les crimes sont résolus d’une simple pichenette.

 

Echapper pour un moment à  notre quotidien, à  cette routine qui nous habite, pour se plonger dans ce monde où tout semble si simple. Une belle famille virtuelle qui nous permet un peu plus cette envolée vers un autre monde, une série policière comme un tissu d’irréalité qui frôle notre quotidien.

 

Peut-être une première façon d’expliquer cet engouement pour les séries policières, où l’on plonge dans les abysses d’un monde qui nous est à  la fois connu et inconnu, immersion dans un univers aux couleurs grisâtres mais pétillant de mystères.

 

Car comment ne pas être attiré par un monde que l’on ne côtoiera peut-être jamais? Cet univers d’énigmes et de meurtres. Nous sommes naturellement attirés par ce qui nous est inaccessible. L’on se prête alors au jeu, dénicher des indices, créer des relations entre les personnages, deviner avant la fin qui est le meurtrier. Etre dans la peau d’un expert le temps d’un épisode, vivre par procuration une existence qu’on n’effleurera certainement jamais. Et à  cela se mélange une autre sensation. Quelque chose qui pulse en sourdine mais qu’on ne peut nier: cette attirance qu’on peut avoir pour le coupable, où l’on tente de comprendre son acte, chercher une explication. Une fascination pour cette personne qui a osé défier la loi, braver l’interdit, franchir une frontière que nous osons à  peine imaginer. Nous sommes à  la fois assassin et victime. Vengeance et justice. Amalgame entre la proie, le chasseur et l’enquêteur. Une manière de flirter avec des entités qui nous sont toutes inaccessibles. Cette identification plurielle est certainement aussi une des réponses possibles à  cette question de la fascination qu’on éprouve pour les séries policières.

 

Dans ce monde où s’entremêle perfection et désordre, où l’atmosphère se trouve teintée de notes joyeuses mais où résonne aussi des sons lugubres; une harmonie entre une bonne dose d’irréalité et un monde perlé d’histoires croustillantes. Car avouons le, chacun de nous est friand de ces petits fait-divers qui se passent jours après jours à  travers le monde et qui comblent notre quotidien, murmure qui effleure nos vies. Et parce qu’on ne s’en lasse pas, ils se retrouvent également dans les séries policières: Un scénario inspiré d’un dernier drame bien sanguinolent, un épisode qui nous rappelle une histoire sordide du mois précédent, des morts spectaculaires qui nous frappent par leurs ressemblances avec une vieille histoire jamais éclaircie…

 

Attirance pour ces faits-divers, plongée dans un monde inconnu et spectaculaire, plaisir d’un jeu d’indices, atmosphère enivrante où la paix est reine, où les problèmes n’ont qu’une existence éphémère, sensation de pouvoir caresser, voir adopter différents rôles qui nous sont inaccessible dans notre vie quotidienne. Autant d’éléments qui pourraient expliquer cette fascination qu’éprouve le téléspectateur à  regarder ces fameuses séries policières, et pourquoi elles ont un tel succès…

 

Merci aux personnes qui ont bien voulu répondre à  nos questions

 

Et si ce sujet vous intéresse, vous pouvez aussi écouter l’émission Z’images sur Couleur 3 ce dimanche 23 mai à  16h, où nous parlerons de notre article!

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