Culture | 04.05.2010

Prenez un crayon…

Si certains prétendent de nos jours que le livre est dépassé, dans ce cas la dictée peut être directement reléguée au rang de ringarde.

Si certains prétendent de nos jours que le livre est dépassé, dans ce cas la dictée peut être directement reléguée au rang de ringarde.

Pourtant nous étions nombreux aujourd’hui au Salon du Livre à  se presser au stand de l’Hebdo pour participer à  la dictée composée et lue par Darius Rochebin, ex-professeur de français. Taquinant le public sur sa façon d’orthographier les mots, il s’est fait prendre à  son propre jeu quand Christian Luscher, participant lui aussi, lui lança un « Facile de donner des leçons quand on a un prompteur devant soi toute la journée ! ». Metin Arditi quant à  lui, préféra nous observer du fond de la scène.

Qui d’entre nous avait révisé l’accord des participes passés ou la règle des mots composés ? Les gagnants certainement. Traducteur ou professeur d’anglais, de véritables passionnés de la langue de Molière qui n’hésitent pas à  parcourir des kilomètres pour participer à  ce genre de concours. Daniel Fattore, qui a participé à  trois dictées dans la journée, fut le plus doué d’entre nous avec une demie faute au compteur. Seules quinze copies sur septante-quatre contenaient dix fautes ou moins ! Mais qu’importe, tout le monde s’est amusé. Des mots comme « immarcescible » ou « catarrheuse » nous ont tous fait sourire.

Notre langue d’aspect compliqué est devenue un jeu. « On jette dans la grande marmite du français depuis des années des mots qui apportent de leur saveur » nous dit Jean-Marie Vodoz, coauteur du livre « Le français, notre maison ». Alors plutôt que d’en faire de la gastronomie, amusons-nous et jetons-y notre grain de sel !

La dictée de L’Hebdo, corrigé

La dictée a ses thuriféraires et ses contempteurs. Les uns y voient une liturgie, au service d’une langue immarcescible (immarcessible). Les autres abhorrent une pratique trop scolaire.

Les exercices d’orthographe rivalisent de sadisme. Maurice Duron décrit une ferme où, « Dans l’office contiguë, une vieille catarrheuse nourrit une chèvre étique et bréhaigne ».

L’accord du participe passé réserve son lot de chausse-trapes (chausse-trappes). Ils se sont blessé les doigts. Ils se sont déplu en notre compagnie. Les vingt-cinq minutes que j’ai marché m’ont paru longues.

Il y a les passionnés de rhétorique, à  l’instar de maître (Me) Bonnant. Ils vous forcent à  écrire synecdoque, allitération et syllepse.

Il y a la veine campagnarde, dont les instituteurs raffolaient autrefois. Leurs textes fourmillaient de jars et de verrats. On y cultivait les forêts d’yeuses ou le rhododendron. Tout cela fleurait bon la nostalgie, avec d’inévitables pétales de rose, amarante et fanés.

Hésitez-vous avant d’écrire consonance et résonance, dilemme et indemne ? Connaissez-vous les « cuissots de chevreuil » et les « cuisseaux de veau » de Mérimée ?

Quelque ridicule que soit l’exercice, il nous rappelle qu’un mot précis est le plus solide étai de la poésie. « Bon pour la tête », comme le claironnait, naguère, un magazine suisse romand…