Culture | 01.05.2010

Les nus d’Alain

Texte de Estelle Baur
Alain Bonnefoit rend hommage au nu féminin à  la fondation Léonard Valette à  Ardon, jusqu'au 29 mai 2010.

Lorsque l’on pousse les portes de la superbe bâtisse de pierre, on se retrouve dans l’univers intimiste d’un artiste, Léonard Valette, dont l’ancien atelier a été reconverti en galerie d’art. Entre les étagères remplies de ses livres et dans une ambiance feutrée, se découvrent les Š«uvres d’Alain Bonnefoit. Cet artiste parisien né à  Montmartre en 1937 n’en est pas à  sa première exposition.

Après avoir suivi des cours de peinture et de sculpture à  l’Ecole des Beaux Arts de Paris et de Bruxelles, il se consacre pleinement, dès 1965, à  la représentation du nu féminin dont il est devenu une référence aujourd’hui. Rapidement, il présente ses Š«uvres en France, Italie, Belgique, Suisse, Allemagne, Etats-Unis, Tahiti, Corée et Japon où il découvre la technique du Sumi-e, pour en devenir, quelques années plus tard, l’un des grands maîtres.

C’est mis en valeur par de gros cadres en bois que les femmes de Bonnefoit, tant lascives que sensuelles, se dessinent sous nos yeux. Le tracé est fin, précis. L’artiste polyvalent (peintre, sculpteur, illustrateur, lithographe,…) parvient à  saisir la forme globale de ses modèles ainsi que les lignes de force les plus importantes pour les transposer sur la toile en une dizaine de traits à  peine.

La dominante de tons ocres qui fait écho aux boiseries du lieu rappelle l’amour qu’Alain Bonnefoit témoigne envers la Toscane. Les corps alanguis, les yeux clos, sont comme emportés dans une rêverie suggérée par les fonds, beaucoup moins représentatifs que les personnages. Constitués de larges mouvements colorés, ils mettent en valeur les courbes translucides des modèles. On croirait à  de l’improvisation. Un dessin précipité, dans l’urgence de l’idée. Et pourtant, on est saisi par un réalisme touchant.

Si l’on se rapproche des Š«uvres, on remarque que la touche est visible. Le spectateur ressent, à  travers son regard, la caresse du grain de peau, magnifiquement rendu. La couleur est incroyable de réalisme, alors que l’on devine des pigments jaunes, gris, verts, mauves,… C’est à  se demander comment, dans son esprit, l’artiste aboutit à  la sensation du rose pour donner l’illusion de la lumière qui se reflète sur les corps. Et cette ombre rouge, pour suggérer le creux de la clavicule ? Et ce gris-bleuté pour marquer une chevelure lâche ? On devine un caractère minutieux à  l’artiste qui, pour ne pas altérer l’équilibre de ses compositions, va parfois jusqu’à  signer au sommet de ses toiles.

Les Š«uvres sont tantôt très sensuelles et suggestives, tantôt douces et presque fantomatiques. Le spectateur assiste aux contorsions de femmes nues dont très peu nous regardent directement. A mi-chemin entre les dessins d’Auguste Rodin et les portraits de Gerhard Richter, Alain Bonnefoit, qui considère l’érotisme comme un art de vivre, met magnifiquement en valeur les courbes pulpeuses et féminines, dans cette exposition bienvenue à  l’heure où les canons de beauté s’inspirent plutôt des mannequins filiforme des défilés de mode.