Culture | 01.05.2010

« Le livre est un truc de Has-Been »

Texte de Jonas Schneiter
Comme Nana Mouskouri, Mai 68, Dave, Pascal Bataille, le Blues, Jacques Chirac, Inspecteur Derrick, Alain Morisod et la VW Coccinelle, le livre est un truc de has-been.

A l’occasion du salon du livre à  Genève, Tink s’intéresse à  cette chose étrange qui traîne encore dans les sacs des écoliers, sur les marchés aux puces et dans des bibliothèques* : le LIVRE !

Fermez les yeux et imaginez une énorme halle avec plusieurs dizaines de chiens affamés. Vous avez l’image en tête ? Et bien vous pouvez maintenant vous représenter ce qu’est un Salon du livre et de la presse avec ces deux secteurs qui affichent une santé qui égale celle de Mickael Jackson dans ses dernières heures. Les auteurs tentent tant bien que mal de vendre leurs grammes de papier et les groupes de presses aimerait éviter de perdre trop d’abonnés.

Lors de son passage au salon, le comédien Francis Huster déclare en substance que les jeunes ne lisent plus les grands auteurs et que Florence Foresti ne sera jamais une véritable comédienne tant qu’elle n’aura pas joué le rôle de Philaminte (dans Les femmes savantes de Molière). Pour lui la jeunesse se désintéresse des grands classiques. Et pour illustrer ses propos, il suffit de reculer de deux pas et d’observer ce stand de la Fnac dans lequel ce comédien plus tout jeune s’adresse à  un public plus que grisonnant au milieu duquel il y a une trentaine de jeunes pris en otage par une prof de français hypnotisée par le regard charmeur de Huster.

La sortie toute récente de l’Ipad m’a donné envie d’enquêter auprès des jeunes qui visitaient le salon du livre. L’Ipad va-t-il remplacer le livre ? Et en la posant je me rend compte que cette question est totalement débile. Si les jeunes ne lisent presque plus à  l’heure actuelle pourquoi se remettrait-il à  dévorer du Molière ou du Freud si c’est sur un écran plat et que pour tourner les pages il suffit de glisser son doigt ?  Bon alors, qu’est-ce qu’on fait ? On pleure tous ensemble le sort du livre, on déplore le manque de culture de la nouvelle génération et on maudit les nouvelles technologies qui nous abrutissent ?

Et si on se mettait plutôt à  réfléchir et à  relativiser. Ce salon du livre et de la presse nous réservait tout de même quelques belles surprises. Je ne veux évidemment pas parler de la venue de la Baronne De Rotschild ni de celle de Didier Burkhalter qui a réussi à  traverser Palexpo sans se faire remarquer, ni provoquer le moindre mouvement de foule. Non, l’une des belles surprises c’est, par exemple, les ados qui s’amassent au stand d’une célèbre librairie qui commence par PA et terminer par YOT et pas seulement aux stands des mangas. Et, certes, sur les stands de presse, beaucoup de calvities et peu de chewing-gum. Mais, par contre, au stand de l’hebdo satirique Vigousse, beaucoup de moins de 25 ans veulent en savoir plus et s’abonner. Forcément, au jour d’aujourd’hui, l’actu brute et pure, on se la procure gratuitement et ce qu’on recherche c’est pas de payer pour la relire, mais bien d’avoir une info vraiment creusée ou carrément plus drôle. En fait, les stands des médias et éditeurs qui n’ont pas du tout attirés de jeunes peuvent, à  mon goût, se préparer à  devoir muter puisque dans quelques années leur lectorat dévorera les pissenlits par la racine.

S’il fallait tirer une conclusion de cette journée au Salon du livre et de la presse, c’est que les 15-25 ans, sont bien présents (parfois pris en otage par l’école, parfois venu pour faire plaisir à  leurs parents mais la plupart du temps parce qu’ils sont vraiment intéressés et passionnés) et certes, au plus grand désespoir de Francis Huster, il ne vont pas se plonger dans des auteurs classiques mais ça ne les empêche pas de s’intéresser à  la littérature et à  la presse.

En plus de cet article, on vous laisse également découvrir les articles qui apparaîtront jusqu’au 2 mai à  propos de cet animal en voie de disparition qu’est le livre.

* Pour savoir ce qu’est une bibliothèque, voir ici : Wikipedia