Culture | 29.05.2010

Gomorra; portrait d’un monde

Texte de Yann Righetti
Gomorra la célèbre S«uvre de Roberto Saviano décrit les mécanismes de la mafia napolitaine avec une précision étonnante.
Roberto Saviano, auteur de Gomorra.

Au péril de sa vie, il a choisi de décrire une réalité que personne ne voulait voir. Ce livre expose aux yeux du monde la puissance économique et territoriale de la Camorra. Mais quelle est la particularité de ce livre ? Pourquoi dérange-t-il autant ? Et qu’est-ce qui peut motiver un écrivain et journaliste, diplômé en philosophie, à  vouloir révéler les structures d’un « système » des plus puissants au monde…

Roberto Saviano n’est de loin pas le premier journaliste ou écrivain à  écrire sur la mafia, pourtant jamais un livre traitant de ce sujet n’a autant dérangé. En effet, cet homme est lui-même originaire de Naples, une ville dans laquelle la Camorra règne en maître. Ce qui explique les connaissances de l’écrivain sur l’ambiance générale avec laquelle les habitants vivent ou plutôt survivent dans une atmosphère de violence et de corruption. Ce livre reste très proche des gens, ce qui fait aussi une de ses particularités en plus du sentiment de « vécu » que nous fait ressentir l’auteur.

Mais au-delà  de sa propre connaissance des lieux, son livre décrit les rouages d’une mafia avec détails, noms, mécanismes. Certes, il nous explique les mécanismes méconnus, dont on parle le plus, comme du commerce illégal de la drogue et des armes, mais il détaille des sources de revenus que la mafia possède qui passent inaperçus aux yeux de la société. C’est le cas notamment du rôle joué par la Camorra sur le marché de la construction ou encore des spéculations mafieuses sur des déchets hautement toxiques.

De plus, il montre le lien entre le business légal et illégal, ainsi que des liens entre le gouvernement, les multinationales et la mafia. Par exemple, il souligne le fait qu’aucune grande marque de vêtement n’a jamais porté plainte contre les contrefaçons, car justement ces contrefaçons font une sorte de publicité à  la marque elle-même. D’autre part, porter plainte contre les personnes qui contrefont des habits reviendrait à  se priver d’une main d’Š«uvre très bon marché que les multinationales se servent tout comme la mafia pour la confection de leurs produits.

Un phénomène est très présent dans Gomorra, c’est le sentiment de colère de l’auteur. Colère qu’il qualifie lui-même de rage. C’est cette rage qui le pousse à  décrire les structures de la mafia napolitaine et ses liens avec l’économie légale. C’est cette même rage qui le pousse à  décrire la réalité, la vérité aussi cruelle et violente soit-elle, telle qu’elle est réellement. De la rage qui se traduit par la volonté de faire exister des gens au bas de l’échelle, dont personne se ne soucie, qu’ils vivent ou qu’ils meurent. C’est la rage aussi contre un monde et une époque qui se consume dans l’artificiel et la drogue et qui se complait dans la violence et le pessimisme. Et c’est toujours cette rage qui donne la force et la volonté à  Roberto Saviano de s’opposer encore aujourd’hui à  la mafia au péril de sa vie à  l’aide de « la lame de l’écriture »…