29.05.2010

Conflit israelo-palestinien

Texte de Romain Iantorno
A quand une psychanalyse du conflit israelo-palestinien?

« Ce n’est pas toujours d’un seul événement que le symptôme résultait, mais, la plupart du temps, de multiples traumatismes psychiques souvent analogues et répétés. »

C’est ainsi que Freud définissait l’hystérie et plus précisément la névrose. Nul n’est à  l’abri d’un tel trouble ; elle pousse en nous, s’empare de l’inconscient le plus profond et plonge dans nos instincts occultés. Nous espérons simplement qu’elle ne surgira jamais. Cependant, une fois qu’elle a su se frayer un chemin à  travers les terres boueuses de nos refoulements, elle pousse et pullule, à  l’insu de notre conscient, sur le sol de notre réalité.

Au nom de l’Histoire et des traces qu’il en reste, au nom de l’origine de chaque homme sur cette terre, au nom d’un droit au retour longtemps attendu, Israël est mis au monde par la stigmatisation et par le carnage. Sa vie, tortueuse et ensanglantée, mérite notre attention la plus vive car, contrairement à  l’image qu’il nous donne de lui-même, Israël est rongé par le désir de (dé)possession au lieu de l’être par les remords et semble être dévoré d’une réminiscence qui atteint et condamne son hôte.

Commençons par présenter les deux patients souffrant d’une psychose causée par différents faits historiques. Le premier, Israël, qui se veut démocratique, alors que son esprit est encombré d’une idéologie théocratique, présente des symptômes très inquiétants.

Arraché au joug d’une Égypte grandissante, Israël a longtemps été la cible de l’asservissement. Ce mal atroce, enduré des siècles et des siècles (la tyrannie d’un pharaon, la marginalisation moyenâgeuse, l’invention du mot « race », la folie d’un germanique…), a longtemps tenté de percer la résistance séparant l’inconscient du conscient, emmagasinant, par conséquent, les refoulements d’une souffrance sans cesse renouvelée.

Nous sommes en 1890 et les premiers symptômes apparaissent. Un dénommé Theodor Herzl présente les signes d’une psychose et, dans une peur généralisée provoquée par la chute d’un soupir entrainant avec lui tout une protestation unificatrice, annonce « l’antisémitisme est éternel ». Si la paranoïa semble légère et sans aucune particularité, elle demeure annonciatrice d’un mal intérieur et profond qui ne tardera pas à  exploser.

S’installant chez notre deuxième patient, Palestine, Israël fera, ce qu’appelleront Freud et Breuer, un transfert, mais que nous appellerons transfert haineux. Tous les tourments et toute la torture qu’Israël aura subie seront rejetés sur Palestine à  cause d’une puissance (la Grande-Bretagne) qui n’aura que pour seule volonté : le débarras d’un cas juif qui lui pèse. La force et l’inhumanité deviennent israéliennes et le délire paranoïaque est à  son comble ! Le sang coule, les larmes noient le désespoir de Palestine, l’inégalité des forces surprend le monde entier sans qu’aucun dirigeant n’ose se dresser devant cette puissance d’une cruauté paradoxale. À ce sujet, Joseph Nachmani, un haut dirigeant d’une organisation militaire sioniste (Haganah), s’exprime : « Où trouvèrent-ils une telle dose de cruauté, équivalente à  celle des nazis ? Ils ont appris chez eux. ». En effet, comment un pays, dont les principes sont tirés d’une religion qui prône l’altruisme et un sens humaniste, qui a subi des atrocités quasi inégalées dans l’Histoire et dont le solidarisme international n’est pas à  l’image d’un pacifisme longtemps scandé, ait pu se réduire à  une violence effroyable ?

Plusieurs vaccins et traitements ont été proposés afin de soigner le patient mais se sont révélés inefficaces, au grand dam d’une population soumise aux humeurs colonisatrices israéliennes. Prenons, par exemple, les accords d’Oslo et les différentes conférences orchestrés par le Conseil de sécurité des Nations Unies (résolutions 181, 242, 194 etc.) ; elles n’ont fait que mettre en exergue et souligner, de manière plus forte, les symptômes qui se caractérisaient par un refus catégorique d’un idéal que l’on appelle « paix » (à  l’heure actuelle, nous ne savons pas si ce mot est connu d’Israël).

Cependant, un comportement inhabituel et étrange alarme le corps médical ; lorsqu’un organisme bienfaiteur du nom d’Itzhak Rabin prend le contrôle d’Israël, celui-ci se laisse envahir par le trouble des affects refoulés et barre l’unique voie qui le mène à  une paix durable en repoussant ce bienfaiteur comme un corps étranger et nuisant. Leur paranoïa sera telle, qu’ils érigeront un mur de la honte, un mur qui, au lieu d’être représentatif de leur puissance et de leur protection accrue, deviendra l’image d’un pacifisme encimenté dans une probité inexistante. Ils érigent un mur qui ghettoïse ; à  croire qu’ils n’ont rien appris du passé…

Palestine, quant à  elle, est victime d’un viol continuel ; elle souffre d’une peur chronique qui engendre un conflit interne, celui du Hamas et du Fatah. La folie, causée par une oppression colonisatrice, mènera « chacun des deux camps [à  accuser] l’autre d’être à  la solde de l’étranger » comme le souligne Alain Gresh, journaliste français et spécialiste du Proche-Orient. Les symptômes sont les suivants : le patient développe une résistance OLP (Organisation de la Libération de la Palestine) qui, réunissant de nombreux dissidents, est plus assimilé, par la communauté internationale, comme étant un groupe terroriste qu’un peuple insoumis.

Nos deux patients souffrent, actuellement, d’un manque de confiance réciproque qui empêche le dialogue et renforce une volonté de paix uniquement unilatérale (celle d’une population en trépas, les Palestiniens). Malheureusement, les blocs de la foi (Goush Emounim, un parti extrémiste défendant une Grande Israël sans concession) n’ont sans doute pas lu la Torah dans sa totalité : « Sors du mal et agis en bien, tu résideras pour toujours ! » Psaume 37, verset 27. Diabolisant la Palestine, se bornant au plaisir dévastateur de l’expansion, Israël refuse formellement une cohabitation. Et la Palestine, devenue trop méfiante et perdue dans les différents espoirs de paix, lui refuse un entretien. Alain Gresh dira pertinemment que « les juifs israéliens comme les Palestiniens sont habités par une souffrance profonde, par une peur existentielle.»

Comme nous venons de le voir, ce cas historique est des plus particuliers. En contre objection à  cet article, ajoutons qu’une solution simplificatrice, se bornant à  l’analyse psychanalytique des deux partis, aurait moins de significations qu’une volonté d’engagement politique. Mais gardons notre première optique, celle d’une psychanalyse comme caricature d’un manque de volonté politique et de paix durable.


Il ne nous reste plus qu’à  trouver un bon psychanalyste. Oui, mais qui donc ?

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