Culture | 17.04.2010

Lysistrata

Texte de Estelle Baur
La troupe du Moulin Neuf reprend la pièce d'Aristophane; Lysistrata, à  Aigle.

 

 

Des femmes qui décident de faire la grève du sexe pour que les hommes mettent fin à  la guerre du Péloponnèse, voilà  le sujet peu banal de Lysistrata, la pièce écrite par Aristophane en 411 av. J.-C. et remis à  l’ordre du jour par la troupe du Moulin Neuf à  Aigle.

 

Le public est invité à  s’installer dans un décor métallique constitué d’une folle armature d’acier flottant et de gigantesques cheminées inclinant leur tête d’où s’échappe une lumière diffuse. Cette installation, Š«uvre d’Olivier Company, n’a rien à  envier aux sculptures de Tinguely. Un excellent jeu de lumières s’y reflète, procurant à  la pièce d’un caractère intimiste bienvenu. Les atmosphères créées sont aussi variées que les personnages, magnifiquement interprétés par de jeunes acteurs d’un niveau impressionnant, notamment pour une pièce de cette envergure !

 

Le spectacle débute sur La Guerre de 14-18, de Brassens. Dès lors, le ton est donné : l’ambiance sera burlesque. Les costumes et les maquillages confirment cette idée et la régie en joue : d’un habile contraste d’ombres et de lumières, elle soutient l’expression des visages des acteurs. Une interprète se cache au fond de la scène et crée des transitions musicales à  la flûte. Même si celles-ci détériorent quelque peu le rythme de la pièce, elles relancent l’action en témoignant de l’habileté des acteurs, dans des domaines nombreux et variés. A aucun moment, ces adolescents prometteurs ne quittent leur personnage.

 

Aristophane dévoile avec beaucoup de finesse les tenants et les aboutissants de la guerre. Son sujet reste malheureusement très actuel et ses causes politiques, civiles et économiques demeurent encore bien réelles. A travers un discours quelque peu féministe, il défend certaines vertus politico-sociales qui sont toujours d’actualité dans notre société où l’égalité hommes-femmes demeure bien trop théorique. « Le grand intérêt de cette pièce, au-delà  de son aspect sexuel, c’est qu’Aristophane considère la guerre comme Brecht, dans Mutter Courage : ce n’est pas une fatalité, c’est une terrible réalité qui n’est due qu’aux hommes. C’est donc eux qui ont le pouvoir d’y mettre fin », nous précise Yves Burnier, le metteur en scène. Relevons également que les principaux protagonistes que l’auteur choisit pour faire cesser le massacre ne sont autres que les femmes, qui sont alors presque reléguées au rang d’esclaves. En cela, le texte dénote d’une considérable modernité.

 

En bref, si l’envie vous prend, entre mercredi 14 et dimanche 18 avril 2010, de découvrir des textes classiques emplis d’humour et merveilleusement interprétés, précipitez-vous au théâtre du Moulin neuf à  Aigle (profitez-en : cette vieille usine réhabilitée en théâtre boisé ne sera bientôt plus, la troupe déménage). Réservez vos billets au 024 / 466 54 52 ou en ligne, sur le site http://www.moulin-neuf.ch.

 

 

 

Estelle Baur