17.04.2010

Guerre silencieuse

Texte de Débora Alcaine
Les journaux, la télévision traitent rarement des conflits silencieux comme celui-ci...

Les journaux, la télévision traitent rarement des conflits silencieux – qui se passent la plupart du temps dans des pays en voie de développement, une manière politiquement correcte pour désigner le tiers monde – pourtant ils sont bien plus inhumains que les conflits déclarés, des barbaries ont lieu sans que personne ne les dénonce.

C’est ce qui se passe dans un pays qui fait la moitié de la superficie de la Suisse : El Salvador. Non, il ne se trouve pas au Brésil… Ce n’est pas non plus une île, c’est un petit pays en Amérique centrale. Etrange la façon dont on oublie toujours de mentionner l’Amérique centrale, pourtant c’est bien le filet de terre qui relie l’Amérique du Nord et celle du Sud.

Ce pays subit d’énormes changements depuis un certain temps, l’essor du crime organisé étant la plus flagrante d’entre elles, rendues connues par des récents documentaires, films comme « La Vida Loca », les tristement célèbres maras.

Mais dernièrement, conséquence entre autres de la crise financière, le gouvernement a changé de parti. Passant de l’extrême droite à  l’extrême gauche. Les deux plus grands partis du pays étant ARENA (droite) et FMLN (gauche). Après dix ans de souveraineté de la droite, la gauche reprend le pouvoir, en promettant bien sûr les mêmes inepties qu’on promet aux peuples depuis la nuit des temps.

Malheureusement le manque d’éducation fait que la plupart des électeurs ne sont même pas conscients des conséquences de leur vote. Il est alors simple de les convaincre…

La gauche est par conséquent au pouvoir depuis juin 2009, l’occasion rêvée pour les maras  de tester les limites du nouveau gouvernement. Non seulement pour les dirigeants cela a signifié reprendre les affaires du gouvernement (ils ont dix ans de retard…) mais aussi gérer- du moins essayer- la violence des mareros.

La violence est à  son comble, rien que pour se faire une idée : la statistique officielle compte pour cette année 12 meurtres par jour (au niveau national). En plus La Prensa Grafica- un journal salvadorien- annonce qu’on comptait 67 morts rien que pour les six premiers jours d’avril…

Les histoires qui suivent sont des faits divers qui arrivent presque chaque jour…

Un commerce de rue à  San Miguel, deux vendeuses se font froidement abattre en pleine rue et en plein jour par les « mareros ». Pas d’intervention de la police, encore moins des résidents. Elles ne pouvaient plus payer « l’impôt » qu’imposaient les maras. La plus jeune avait 20 ans…

Toujours à  San Miguel, une fille de 13 ans a été violée en plein jour, en rentrant de l’école. Sa famille a par la suite reçu des menaces, ils ont dû fuir vers la capitale. (Pour l’instant la capitale est plus épargnée par les maras que « Oriente », dont fait partie San Miguel.) 

Devant un collège, les mareros attendaient que les enfants sortent des cours. Quand les collégiens sont sortis, ils ont tiré dans le tas, faisant une dizaine de morts entre parents et enfants.

Ces atrocités et l’incapacité de l’Etat d’offrir la sécurité ont créé « la Sombra Negra » un groupe de personnes tuant les mareros, des citoyens faisant justice par eux-mêmes, certains faisant partie de la police, d’autres avec expérience militaire.

Ce groupe avait fait son apparition en 1994 déjà , dans les années qui suivirent la guerre civile, puis par la suite il s’est fait plus discret jusqu’à  qu’il annonce en 2009 qu’il allait refaire apparition pour exterminer les criminels. Bien entendu n’importe qui peut dire qu’il appartient à   la « Sombra Negra », ce n’est pas le groupe qui importe, mais que chacun se fait justice.  On revient à  la loi du Talion « Š«il pour Š«il, dent pour dent »  un pas en arrière non négligeable pour un pays démocratique.

Alors pendant ce temps, le gouvernement ne peut se permettre de se tourner les pouces, l’insécurité qui règne créant beaucoup de problèmes. Les plus grands étant que l’institution « Etat » perd de sa crédibilité en ne pouvant offrir la protection à  ses citoyens et que la peur retient les investisseurs, donc les caisses se vident.

Maintenant il s’agit pour le gouvernement de savoir s’ils vont déclarer l’état d’urgence, état dans lequel on met les droits de l’homme à  la poubelle et on vient au bout du crime organisé coûte que coûte. Mais une décision aussi importante a des conséquences surtout pour un pays classé à  la 106e place de l’IDH, car cela affecterait ses rapports avec la communauté internationale.

En attendant plus de 7 millions de personnes vivent dans la peur de se faire tuer. Contrairement aux conflits déclarés, la vie doit continuer pour ces personnes, ils doivent aller chaque jour au travail, les enfants à  l’école et le quotidien reste intact, même si à  chaque pas la menace est présente.  C’est une guerre  silencieuse, non « déclarée » pourtant réelle, maras contre maras, maras contre l’état, maras contre les citoyens… Et la vie, par conséquent, n’a plus aucune valeur.

Aux 161 personnes assassinées  jusqu’à  ce jour d’avril (14.04)

 

Débora Alcaine

image tirée du film La Vida Loca de Christian Poveda

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