Politique | 27.03.2010

Le bon président

Texte de Xavier Willemin
Tink.ch vous fait découvrir le tout nouveau président uruguayen José Mujica à  la politique extrême. Ses sacrifices suffiront-ils?

 

 

En novembre dernier eurent lieu les quarantièmes élections présidentielles uruguayennes. Pour la deuxième fois consécutive, la gauche l’emporta. Après Tabaré Vásquez, c’est au tour de José Mujica, dit Pepe, de gouverner le pays.

 

Tout deux appartiennent au Front Large, un parti d’extrême gauche. Avant eux, c’était la droite qui l’emportait avec l’élection de Battle et son gouvernement libéral. Depuis 2005, le gouvernement a basculé à  gauche, et nettement. La majorité absolue a été facilement atteinte cette année avec 53% des votants. C’est une grande victoire pour le MPP (mouvement de participation populaire) car Lucia Topolansky, l’épouse de Pepe, est la sénatrice élue en 2009 avec le plus de voix. Elle succède à  son mari qui était, jusqu’au 1er mars (date de son investiture) sénateur de la République.

 

Probablement que le travail du président sortant a grandement favorisé l’élection de Pepe. En effet, depuis son élection en 2005, le taux de chômage a chuté à  moins de 8% et les salaires ont augmentés de plus de 20%, etc, etc. Une première mondiale au niveau de la scolarisation a aussi vu le jour avec un 100% des élèves de classes primaires équipées de portables avec connexion wi-fi. Mais Pepe ne se fait pas d’illusions : les pauvres continueront de s’appauvrir tandis que les riches continueront de s’enrichir.

 

Mais qui est ce fameux personnage ? Il est totalement dévoué à  son pays. Il a fait 15 ans de prison pour avoir défendu des idées contraires à  celles de son gouvernement. Cet isolement l’a rendu philosophe et il n’aime pas en parler : « Je pense qu’il ne faut pas vivre dans une colonne. La vie continue. Je ne crois en aucune forme de justice. Etre juste est trop grand pour l’homme. » C’est un président hyperactif. A peine élu, avant même son investiture officielle, il travaille déjà  beaucoup, en formant son gouvernement par exemple. Pour rappel : le président uruguayen est aussi le 1er ministre du pays. Ses objectifs sont nombreux et ambitieux. Il souhaite, par exemple, créer 200’000 emplois en favorisant l’intégration des jeunes, légaliser l’avortement, encourager les énergies renouvelables et indigènes, combattre les narcotraficants ainsi que développer des biotechnologies et augmenter le taux d’immigration. Le plus fou avec ce président visionnaire est qu’il renonce à  la plus grande partie de son salaire et invite ses ministres à  faire de même ! Il le redistribuerait à  87% à  des organismes d’aide au logement social. :« J’ai l’immense chance d’avoir appris à  vivre dans le nécessaire. »

 

L’Uruguay vit principalement de l’agriculture et spécialement de l’élevage. Ce pays est en crise depuis les années 60 avec une énorme dette que le président sortant, Tabaré Vásquez, a déjà  bien réussi à  diminuer. C’est sûrement grâce à  cet exploit qu’il a réussi à  convaincre le peuple de réélire un candidat de gauche. Maintenant Pepe fera-t-il aussi bien que son prédécesseur ? Le futur nous le dira. Peut-être que sa politique extrême et ses sacrifices pour son pays payeront.

 

Cependant méfions-nous également des belles paroles : quelle crédibilité peut-on accorder aux promesses d’un président qui veut avant tout se faire élire ? « J’aimerais un pays qui sache où il va, j’aimerais un peuple qui croie en son avenir. Je sais que c’est un grand combat, mais après tout ce que j’ai vécu, ce n’est rien. », dit-il dans son livre Le rêve de Pepe. Utopie ou réalité ? L’avenir répondra également à  cette question.

 

Blog officiel de Pepe : pepetalcuales.com.uy (en espagnol)

 

Xavier Willemin