12.03.2010

Encore les Chinois !

Texte de Xavier Willemin
Les Chinois sont encore et toujours au cS«ur de l'actualité. Après les JO, la censure, la corruption, voilà  au tour de...

Les Chinois sont encore et toujours au cŠ«ur de l’actualité. Après les JO, la censure, la corruption, voilà  au tour de l’écologie de parler de la Chine.

La semaine passée, le grand barrage des Trois-Gorges a été mis à  l’eau. Après plus de 10 ans de travaux, le plus grand barrage du monde a vu le jour en Chine. Une marque supplémentaire de la suprématie chinoise. Mais aussi de la liberté d’expression, de la corruption et de la dictature qui y règne. Plusieurs dizaines de personnes ont été emprisonnées pour ne pas avoir soutenu le projet du gouvernement chinois. Ce dernier a pris les décisions sans la consultation et l’accord de son peuple. Même si nous pensons que le projet tient la route, nous sommes obligés d’avouer que la procédure, évidente pour nous, n’a pas été respectée.

Il y a beaucoup plus de points positifs que négatifs. Mais comme dit le proverbe, mieux vaut la qualité que la quantité. L’éthique et les droits humains (il paraît que c’est comme cela qu’il faut les appeler à  présent !) pèsent plus lourd que l’éventuelle amélioration du trafic fluvial. En effet, il s’agit d’un des grands buts de ce barrage avec la régulation des crues et la production d’électricité.

Il est vrai que le barrage crée un grand nombre de place de travail (20’000), mais à  court terme uniquement. Un autre exemple pour vous montrer que ce projet ne voit pas plus loin que le bout de son nez : la production d’électricité. Certes, les 26 turbines produisant 85 TWh/année produiront 2% de la consommation totale d’électricité des Chinois, mais aucun travaux n’ont été faits pour empêcher l’envasement du bassin de retenue. Car le Yangtsé transporte de nombreux déchets (feuilles mortes, boue, biens matériels, etc) qui seront entassés en amont du barrage, réduisant grandement le rendement des turbines dans quelques années.

Le barrage pourra réguler les crues annuelles meurtrières mais 1,2 million de personnes ont du être délogées car le bassin de retenue inonde leurs villages, leurs terres cultivables ainsi que plusieurs sites archéologiques par la même occasion. Certaines ont reçu des indemnités et un bon logement mais la plupart n’ont pas eu de compensation à  la hauteur de leurs pertes.

La Chine a déjà  vécu des dizaines de grosses crues qui ont entrainé des inondations et la perte de vies humaines. Le pays s’en est toujours remis. Je ne vais pas dire que ces victimes ne comptent pas vu la taille du pays, mais les préjudices sont moindres comparés à  ceux de la construction du barrage.

A quelques exceptions près, tous les Chinois concernés interrogés ont répondu que le barrage est une démonstration de puissance et de supériorité, tout comme la grande muraille. Pour les malheureux qui osent montrer leur mécontentement, ils sont contredits par leurs compatriotes puis emprisonnés, au même titre que les prisonniers politiques. Il n’est pas nouveau que le peuple ne peut pas librement donner son avis sur les sujets sensibles.

Il y a un problème écologique aussi. L’énergie hydraulique est bel et bien respectueuse de l’environnement, mais le barrage induit un dysfonctionnement de l’ecosystème en aval. Il entraîne aussi une perte de la diversité végétale et animale.

Finalement, sur tous les points de vue, le barrage représente des avantages contrés par un gros problème social. C’est donc un échec total. Pour des raisons politiques, économiques, écologiques et sociales, le barrage ne devrait pas avoir été construit. Même pas imaginé ! Le projet en lui-même n’est donc pas si mal que cela, mais la forme pose soucis. La procédure utilisée pour y arriver n’est pas très éthique et respectueuse des droits humains.

Xavier Willemin

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