12.03.2010

Clope, crachats, and chiclettes…

Texte de Sophie Cheseaux
Prenez garde, citoyens, citoyennes ! Après les sept plaies de l'Egypte voici...

Prenez garde, citoyens, citoyennes ! Après les sept plaies de l’Egypte voici venir les trois fléaux de la Suisse. Ces épidémies s’abattent sur nos belles contrées plus vite que les sauterelles qui ont dévasté autrefois le pays des Pharaons. Si les villes, et les villages, semblent particulièrement vulnérables, ce sont les gares les plus touchées par ces tares…

 

Avez-vous déjà  remarqué, il y a toujours un fumeur qui tire avidement une dernière bouffée de sa cigarette avant de monter dans le train ? Ce même fumeur aimerait être le premier installé sur un des rares sièges encore libres, alors il jette négligemment son mégot encore fumant par terre, ou, s’il s’applique, sur les rails. Les cendriers installés un peu partout sont négligés. Personne ne leur prête attention et c’est bien dommage car nos quais, nos trottoirs se porteraient bien mieux s’ils n’étaient pas ornés de dizaines de cigarettes à  demi consumées.

 

Les arrêts de bus sont eux aussi très touchés par ces chutes de mégots, les gens préférant s’épargner la peine de marcher deux mètres pour déposer délicatement les victimes de leur crémation quotidienne dans l’endroit prévu à  cet effet. Beaucoup d’usagers des transports en commun ne remarquent même pas ces incivilités, elles sont le plus souvent commises avec le naturel le plus parfait. On ne remettrait jamais ce petit geste, somme toute sans importance, en question. Néanmoins ces choses infimes additionnées deviennent grandes, comme une simple goutte d’eau forme l’océan.

 

D’autant que deux autres plaies viennent s’ajouter à  la première. Elles sont du même ordre que la cigarette, quoique parfois bien moins ragoûtantes. La plus répugnante des deux est très difficile à  désigner…Mais selon moi le lauréat est sans conteste -roulements de tambours…- le crachat ! Généralement pratiqué par des individus de sexe masculin, il nous prend toujours par surprise, et l’on doit souvent faire un bond de côté pour éviter la glaire qui jaillit comme un boulet de canon avant d’aller s’écraser sur le sol à  cinq centimètres de nos chaussures neuves. Cette pratique est tout simplement immonde ! Néanmoins bon nombre de personnes semblent l’ignorer. L’Etat devrait peut-être prendre exemple sur certains pays civilisés qui font payer une amende pour chaque objet, crachat ou autre, jeté au sol. Cela inciterait certainement pas mal de sauvages à  faire deux mètres pour atteindre la poubelle. Des sauvages !

 

Ca me rappelle quelque chose, un sauvage justement, un sauvage très connu, si connu qu’il a même donné son nom à  une ville américaine…Seattle. Vous connaissez ? C’était un chef indien, qui aurait prononcé un discours qui a fait le tour du monde, un discours dans lequel il dit « Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes ». En quelle année déjà  ? En 1854. Soit il y a exactement 156 ans, un indien, un simple sauvage, avait déjà  compris ce principe de base de notre civilisation moderne.

 

S’il n’y avait que les mégots et les crachats….Mais non, il y a une troisième plaie. Vous devinez ? Les chewing-gums, plus communément appelés « chiclettes » se retrouvent eux aussi souvent abandonnés à  même le sol. Et si ils ne se collent pas à  nos chaussures ils finissent leur triste existence intimement liés au béton. Tellement imbriqués dans le sol que les employés de la voirie, qui ramassent les clopes, et la pluie, qui élimine plus ou moins les crachats, ne parviennent pas à  les extraire. Résultat ? Nos rues, nos gares sont garnies de taches, plus ou moins brunes, plus ou moins blanches, mais qui restent des taches.

 

Laisserons-nous quelques individus peu scrupuleux redécorer, dans un style très discutable, nos rues, nos gares, nos arrêts de bus ? De mon côté je me permets parfois de faire une remarque, aimable mais bien sentie, aux fumeurs des arrêts de bus. Evidemment j’évite les malabars d’un mètre nonante-cinq à  l’air méchant, et je vous conseille de faire de même. Heureusement, ils ne représentent qu’une infime partie de ces petits délinquants, et la plupart du temps mes remarques ont été plutôt bien accueillies, même si j’ai de sérieux doutes quant à  leur efficacité…

 

Sophie Cheseaux

Illustration de Joëlle Tille

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