Culture | 06.03.2010

Bon anniversaire et bye bye!

Texte de Joëlle Misson
Cette année le Musée de l'Elysée fête ses 25 ans et le directeur William A. Ewing sa quinzième et dernière année à  la tête de ce Musée consacré à  la photo. A cette occasion, on a droit à  deux expositions chargées d'histoires; celle de Sally Mann, « Sa famille, sa terre » et « Polaroïd en peril! ».
© Sally Mann, Virginia at 6 © Anne Mealhie © Sally Mann, Untitled

Sally Mann, « Sa famille, sa terre »

Une série de clichés grand format, noir/blanc d’un esthétisme à  couper le souffle! La photographe a pourtant plutôt défrayé la chronique lors de la sortie, en 1992 d’Immediate Family sa première oeuvre, regroupant des photos de ses trois enfants, dans sa ferme de Virginie. On lui a reproché d’«exploiter» l’innocence infantile en exposant la nudité de ses propres enfants, et les conservateurs américains ont remis en cause de travail de l’artiste. Il est pourtant vrai que, malgré son travail d’une qualité exceptionnelle, on est en droit de se demander que penser du principe d’afficher ainsi l’intimité du fruit de ses propres entrailles.Tout de même, l’exposition comporte, dans la petite aile gauche du 1er étage, une section « Ámes sensibles s’abstenir » dont on ne voit d’ailleurs pas bien l’avertissement posé sur le comptoir si l’on ne s’y arrête pas.

 

En fait, n’allez pas imaginer des images si choquantes qu’elles seraient interdites aux moins de 18 ans, mais ces quelques photographies peuvent effectivement être quelque peu déroutantes ou heurter les plus sensibles.

 

En voyant ces clichés, et les poses parfois vraiment suggestives des enfants, qui sont encore jeunes, je me suis quand même posé cette question : « Et aujourd’hui, cela ne dérange-t-il pas son fils que son pénis de gamin soit affiché dans plusieurs musées du monde? » Quand même soyons réalistes! Soit c’est une vraie bande d’exhibitionnistes, sinon il doit bien y avoir une petite gêne qui se cache quelque part. On a quand même de la peine à  imaginer les potes qui vont voir l’expo de notre mère où on s’exhibe les fesses à  l’air.

 

Après avoir été fascinée par ses enfants, Sally Mann, commence à  s’intéresser d’avantage au décor avec lequel ses enfants ne semblent faire qu’un; le paysage. Pour la série Deep South, elle place des lentilles du 19ème siècle dans son appareil photo et donne ainsi à  ces clichés, grâce aux longs temps de pose et aux imperfections, une véritable impression d’une autre époque.

 

En 2000, dans la série What Remains, Sally Mann, après le suicide d’un évadé de prison près de sa propriété, décide de déterrer son chien, enseveli 18 mois auparavant, afin de capturer « ce qui reste ». Elle utilise pour ces clichés le procédé du collodion humide sur plaque de verre, qui renforce l’idée d’ancienneté. Mais l’artiste de s’arrête pas là  dans le morbide, car en 2001, après avoir pris goût à  la reconstitution de son ex-animal de compagnie, elle se rend dans un institut médico-légal où les corps sont laissés en décomposition et obtient l’autorisation de les ramener dans son jardin afin de les photographier avant qu’ils ne soient transmis à  la science. Alors oui, ces photos sont … choquantes, assez morbides et intrigantes, mais on se demande malgré tout, ce qui a bien pu lui passer par la tête pour ramener des cadavres ambulants autour de chez elle.

 

Puis dans la dernière série de What Remains en 2004, qui s’intitule Faces, Sally Mann revient sur le thème de ses débuts; ses enfants. Elle réalise de très gros plans de leurs visages, toujours avec le procédé du collodion humide, qui donne des clichés flous, instables, à  cause du temps de pose de 6 minutes. On peine parfois à  distinguer toutes les parties de leur visage et le cliché ressemble plus à  une masse informe qu’à  autre chose, autant parfois il règne une vraie dimension de beauté dans les visages sereins de ses enfants.

 

Polaroïds en péril!

En 1947, Edwin H. Land révolutionne l’appareil photo et crée le polaroid, qui permet le développement instantané de l’image. Durant 40 ans, le polaroid ne cesse de se développer et est utilisé autant par les professionnels que les amateurs. Mais en 1991, la commercialisation du numérique fait peu à  peu perdre des ventes à  la société et en 2001, Polaroid fait faillite et Equity One rachète des parts une année plus tard. Malheureusement, en 2008, la société fait faillite pour la seconde fois après l’arrêt de la production de films instantanés et le rachat de parts par la multinationale Petter’s. Aujourd’hui, la PBC Corporation, propriétaire actuel, projette la vente aux enchères de 1200 objets de la collection Polaroid.

 

Depuis les années 70, le Musée de l’Elysée conserve plus 4500 tirages originaux de la collection Polaroid européenne, qui regroupe des oeuvres de plus 850 artistes. La collection Polaroïd rassemble plus de 16’000 oeuvres à  travers le monde s’étendant des années 40 à  aujourd’hui et son avenir n’est pas sûr, c’est pourquoi le directeur du Musée de l’Elysée a décidé d’exposer une sélection des tirages conservés.

 

Concernant cette exposition justement, j’ai été beaucoup moins attirée que je ne l’aurais cru. Alors, non, je ne suis pas en train de mettre en doute la beauté et l’esthétisme du polaroïd, mais certains tirages, plutôt « techniques » et rectilignes de formes diverses dévalorisent la beauté d’une photo artistique profonde. Mais ne faisons aucun généralité, certains tirages sont scotchants, il faut bien l’avouer! Comme cette femme, photographiée de la tête aux pieds, sur deux grands tirages, et qui nous croche à  son regard dès l’entrée du sous-sol.

 

Le Polaroïd a été victime de la révolution numérique et la dispersion de la collection serait une grande perte dans l’histoire de la photo et n’est pas remplaçable. Pourra-t-on sauver le Polaroïd?

 

 

Sally Mann, « Sa famille, sa terre ». 06.03.10-06.06.10

Polaroïd en péril, William A. Ewing. 06.03.10-06.06.10

Musée de l’Elysée

ma-dim : 11h-18h

Adultes: 8frs

Etudiants, apprentis: 6frs

http://www.elysee.ch