Culture | 27.03.2010

Belle farce!

Le fantasy burlesque; un univers délicieux, farandole de fantaisies aux douces effluves de comédie.

Imaginez un monde proche de celui crée par Tolkien, où une ribambelle de nains vagabonde avec leur hache joyeusement posée sur l’épaule, où l’on retrouve nos amis les mages, quelques trolls et une poignée d’humains. Sauf que…tout ne deviendrait que parodie à  peine la première page entamée. Une atmosphère suintante d’un humour dégoulinant. Bienvenue dans l’univers de la fantasy burlesque, où l’ironie et le délire tissent ensemble un nouvel horizon, parodiant ainsi la fantasy dite classique, du genre l’histoire d’un jeune et pimpant hobbit se battant pour libérer la Terre du Milieu; célèbre roman qu’est Le Seigneur des Anneaux.

Bref, la fantasy burlesque plante un même décor, soit une délicieuse plongée dans un univers reculé avec une présence accrue de magie mais, en version décalée. Un de ses célèbres auteurs n’est autre que Terry Pratchett.Un écrivain qui aime façonner le monde aux antipodes de ce qui a déjà  été crée.

Son univers? Recette: Saisissez la moindre des idées au vol et ajoutez les dans la marmite déjà  crépitante des autres pensées pétillantes. Complétez là  d’une note satirique et laissez mijoter. Lorsque le nappage s’est quelque peu dilué et qu’il ne reste que les morceaux flottants d’une création possible, il est temps d’ajouter un soupçon d’ironie. Dans un recoin de votre imagination, n’oubliez pas de mélanger en une explosion pailletée, une pointe de délire, un zeste d’irrationnel et une once d’absurdité. Additionnez au mélange précédent et portez-le tout à  ébullition. Lorsque la pression monte et que les bulles éclatent en milles arômes titillant votre création, saupoudrez ce génie artistique par des pépites étoilées d’extravagance et quelques grains d’humour décalé. Il ne vous reste alors plus qu’à  y incorporer une cuillerée de pensées chimériques et de façonner avec ce nectar un monde régi par le fantastique, où le burlesque côtoie le génie; saveur corsée d’effusion artistique.

Oeuvre poétique, rocambolesque, délirante. Terry Pratchett aime faire voyager son lecteur dans des contrées où la réalité n’a plus de prise, où la frontière tremblotante entre vérité et fiction est franchie, accueil chaleureux pour pénétrer dans l’univers du Disque Monde. On se laisse alors surprendre à  poursuivre des rêves que l’on pensait inaccessibles, à  pénétrer dans un univers où le pouvoir de l’imagination brise et éparpille nos certitudes. Douce musique aux notes parfumées, recouverte d’un voile de velours où l’ironie s’y loge avec paresse et volupté.

Un monde aux allures délirantes, avec la Mort qui ne rôde jamais très loin et que l’on aime rencontrer au fil des histoires. Enfin, quand elle ne décide pas de prendre quelques jours de repos. Parce que là , quels que soit les coups de baguettes magiques, les vociférations et les potions vaporeuses, c’est la pagaille quand Madame la Faucheuse ne décide plus de retourner les sabliers du temps pour cause d’état dépressif. Emmitouflée dans sa cape noire, faux à  la main et parcourant le monde sur son cheval blanc, c’est la Mort personnifiée dans toute sa splendeur. Et pourtant, elle est certainement le personnage le plus humain du Disque Monde, simple employée, elle n’est pas réellement maîtresse de la destinée des personnages, mais sous le joug d’une structure divine qui détient toutes les clés en mains et joue au jeu du destin en lançant des dés sur un plateau d’argent.

Un univers à  l’humour délicieux, farandole de fantaisies aux douces effluves de comédie. Et l’on y est immergé dès les premières lignes, à  peine le temps de prendre une bouffé d’air dans notre réalité que l’on se noie sous l’ardeur colorée des coups de plume de l’écrivain, qui se délecte de chambouler nos repères de fiction et de réalité, qui s’amuse à  y étirer ou raccourcir le temps à  sa guise en des minutes qui ne sont plus perceptibles. Un monde qui transgresse les interdits, alliant mythologies, références médiévales et satires de notre société. Univers du Disque Monde où il résonne une mélodie perlée de notes de parodie: Science-fiction, littérature de Shakespeare, romans policiers, religion, monarchie, philosophie… Bien des domaines où madame l’ironie fonde sa place et se délecte de ces « victimes ».Elle trouve même à  ricaner de la presse, du cinéma, du Rock’n’roll.

Mais derrière ce ton empreint à  l’allégorie et une écriture masquée par l’humour, se cache un désir de comprendre la conception de notre univers. Belle farce aux accents colorés pour mieux percevoir les failles de notre réalité propre. A travers les péripéties et les déboires de ses personnages farfelus, Terry Pratchett nous met à  l’épreuve et titille son lecteur avec des questions qui en anime plus d’un: l’importance que vêt la religion, la place de la femme au sein de la société, le pouvoir des armes, l’effet que peut produire gloire et succès dans nos vies…

Bref, royaume où l’évasion nous emmène au-delà  des frontières de l’imaginaire, un voyage à  travers le temps, une épopée que l’on entreprend aux côtés de joyeux compagnons rencontrés au fil des pages et qu’on l’on achève à  bout de souffle. Oh oui, on ne sort pas indemne de ce voyage dans l’univers du Disque Monde, mais ce pour notre plus grand bonheur…

Lauriane Constanty