Politique | 16.10.2009

Les minarets

Texte de Annie Chemla
Qui n'a jamais entendu parler d'au moins une des affiches de l'UDC? Après les moutons noirs, c'est au tour de l'affiche d'être source de polémique...

Qui n’a jamais entendu parler d’au moins une des affiches de l’UDC? Après les moutons noirs, c’est au tour de l’affiche concernant l’initiative « Contre la construction de minarets » qui est source de polémique.
Cette affiche, qui représente un drapeau suisse couvert de minarets et une femme portant la burqa, a déjà  été interdite dans Bâle-Ville, Lausanne, Yverdon, Nyon, Morges, Montreux et Neuchâtel. L’interdiction a suscité en plus, un débat sur la liberté d’expression.

L’UDC se manifeste contre cette interdiction, en disant qu’ils ont le droit d’exprimer leur point de vue et qu’après tout, nous sommes dans une démocratie. Ceci est en théorie un très bon argument. Cependant, est-ce que les villes n’ont pas un certain droit concernant ce qui est affiché sur leur territoire? Ne peuvent-elles pas mettre de limites sans qu’on puisse tout de suite dire qu’elles enfreignent un des droits fondamentaux?

Il ne faut pas négliger qu’en ayant ces images contre les murs, une certaine atmosphère est construite, une atmosphère haineuse et xénophobe. Car c’est cela qu’exprime cette publicité de l’UDC. Ils essayent de jouer sur la peur des gens en disant que s’ils acceptent la construction de minarets, la Suisse finira par en être recouverte et que notre « laïcité » sera mise en danger.
Ensuite, pour renforcer cette idée, ils ont mis une femme voilée sur l’affiche (éléments qui est complètement abscons à  l’objet de l’initiative). Ceci met non seulement à  nouveau de l’huile sur le feu concernant le port du voile, mais renforce l’idée d’ « étrangers ».

Si ces affiches viennent à  être affichées dans la rue, que doit donc penser une personne suisse de religion musulmane quand elle se promène dans les rues de son pays, et qu’elle voit une affiche qui sous-entend que le monde musulman est une menace pour la Suisse? Cette personne qui ne tient peut-être pas forcément à  la construction de nouveaux minarets, est pourtant également visée par cette affiche, et ce, à  cause de sa religion. Puisqu’on parlait justement des droits fondamentaux un peu plus haut, où est donc partit celui qui donne le droit de ne subir aucune discrimination?

Monsieur Couchepin dit qu’il ne faut pas interdire ce placard et que de toute manière, « Les Suisses qui seront appelés à  voter sur ce texte le 29 novembre prochain sont assez sains d’esprit pour se rendre compte que cela ne va pas comme ça. » En admettant qu’il dise vrai, qu’en est-il après de ceux qui ne votent pas encore? En permettant des affiches haineuses de l’UDC, les jeunes qui ne voteraient pas encore, seront déjà  exposés à  ces idées que prône l’UDC contre les étrangers. A t-on vraiment envie que ces futures générations grandissent dans un pays qui permet de tel propos? Ne voulons nous pas évoluer vers un monde où toutes les cultures, toutes les religions peuvent cohabiter ensemble et que le sentiments de peur et de haine de « l’étranger » se dissipent? N’est-ce pas ça le monde dont nous rêvons pour demain?