Culture | 23.10.2009

Le Romandie

Texte de Joëlle Misson
Le Romandie, plus qu'un Club, toute une histoire.

Histoire:

En mai 1999, La Dolce Vita, le plus légendaire Rock Club indépendant de Suisse, ferme ses portes. Suite à  cela, une trentaine d’anciens(nes) clients(es) décident de fonder une association, qu’ils nomment «…E la nave va…», afin de présenter un nouveau projet de scène indépendante, ainsi que pour animer les nuits de Lausanne.
En août 1999, après trois mois de brainstorming, l’association rend un solide plan de gestion pour un nouveau club, constitué de plans architecturaux pour la réfection du bâtiment de César-Roux 30 ( ancienne Dolce). Leur dossier a permis aux autorités municipales de prendre conscience qu’il existait un réel besoin d’avoir un lieu d’expression pour la culture alternative. Le Service de la Jeunesse et des Loisirs s’est alors entouré de «professionnels» afin de mettre en place ce qu’ils estimaient être un club. Puis après 9 mois de travail, le Service cité ci-dessus décide de mettre en place un concours de projet permettant aux personnes intéressées d’exprimer leurs idées quant au fonctionnement d’un bon club. Concours auquel «…E la nave va» participe.

En été 2000, c’est le projet de M. Gétaz qui est accepté et les autorités municipales libèrent un bâtiment à  la rue St Martin 18, allouent le bâtiment de César-Roux 30 aux activités de l’Espace Autogéré, en continuant d’ignorer l’enthousiasme et les envies de l’association.

Cependant, le projet de M.Gétaz, celui d’une salle polyvalente visant à  accueillir «toutes les utopies du monde», et garantissant une rentabilité financière, ne correspond pas aux attentes de l’association et de son public. C’est pourquoi, les membres d’«…E la nave va…» commencent à  organiser divers concerts et festivals, qui se révèlent être un succès. Ils créent et organisent notamment le «Lôzane’s Burning» dans le but de récolter des fonds pour une nouvelle salle.
Pendant un an, l’association fait face à  de multiples difficultés dues à  sa vie instable (locations de salles, demandes d’autorisations ,…) et une telle application leur permet de constater que leurs théories n’étaient pas inutiles et qu’il existe une foule de personnes prêtes à  consacrer du temps et de l’énergie pour une cause qui les touche.

En 2001, après qu’une quarantaine de rockeurs et rockeuses se soient invités au Conseil Communal, les revendications de l’association sont enfin entendues. La Municipalité leur propose alors un espace sous les arches du Grand Pont, au Flon.
Au printemps 2002, un nouveau projet est déposé et en juin 2003 le Conseil Communal accepte le préavis. Malheureusement, ce dernier se voit bloqué par de nombreuses oppositions légales. Après de longues années d’attente, «…E la nave va » demande, au printemps 2004, de pouvoir occuper le hall de l’ancien cinéma de la Riponne.
Ce dernier ouvre en septembre, après un été de travaux, mais les contestations du restaurant voisin, le Ripp’s, concernant les nuisances sonores, contraint le Romandie à  n’organiser que 10 soirées par an, cela jusqu’en été 2006.

Dans les arches du Grand Pont, Corinne nous parle de l’association « …E la nave va ».

Association:

«…E la nave va» est une association non lucrative qui a pour but la programmation de manifestations culturelles relevant des musiques actuelles indépendantes et alternatives, ainsi que l’encouragement et le développement de celles-ci.
La plupart des membres de l’association sont bénévoles. Ils travaillent sans soutien pour le fonctionnement, excepté le loyer que la ville subventionne. 
C’est pourquoi les prix des soirées sont généralement plutôt modestes. Ce qui se révélerait impossible sans le travail des bénévoles. Leurs ressources proviennent des cotisations des membres, des bénéfices lors de soirées(entrées, boissons) ainsi que d’éventuels sponsorings (3%).
Le Romandie prouve qu’un projet mené par une équipe désintéressée de tout bénéfice financier, passionnée et investie dans la scène alternative, accompagnée d’un staff volontaire et enthousiaste, peut grandement fonctionner.
Ainsi, tout le monde peut faire partie de l’association pour 20 francs/an et on nous informe des actualités, on amène notre avis, nos idées et on participe aux assemblées générales.
De plus, on peut bénéficier de réductions sur des concerts ou des aftershows. De nombreux engagements bénévoles sont possibles, comme faire partie du staff durant les soirées (bar, caisse, cuisine) ainsi que beaucoup d’autres activités liées à  l’association(graphisme, déco, flyering, informatique…)

Quelques chiffres:

Le 28 janvier passé cela faisait exactement un an que le nouveau Romandie avait posé sa première pierre. Son mini-festival d’ouverture, la participation à  Label Suisse pour l’inauguration du M2, le LUFF, ainsi que le Metropop et le festival Les Urbaines a largement favorisé les visites. En 2008, de janvier à  juin, le Romandie (Riponne) a accueilli 26’300 personnes pour 33 concerts, 21 aftershows et 22 discos. Toujours la même année, de mi-septembre à  décembre (au Flon) 20’100 personnes sont venues au Romandie, pour 29 concerts, 16 aftershows et 14 discos. En prenant compte que le Club a reçu 26’300 spectateurs en 5 mois, le rapport logique voudrait qu’en trois mois et demi, 18’410 spectateurs soient venus. Or, 1690 personnes de plus se sont déplacées jusqu’au Romandie. Des résultats qui vont au-delà  de leurs espérances.

Le Club. Quoi de 9 ?

La programmation de la saison 2009-2010 a été, est et sera très prometteuse, notamment grâce à  la présence de nombreux groupes et artistes de la scène indépendante. Des groupes furieux, intenses, bruyants, étonnants, des découvertes, du psyché-kraut, garage hypnotique, électro-atmosphérique, et j’en passe, sont autant de termes qui désignent les groupes à  voir au Romandie. N’oublions pas une ribambelle d’artistes suisses, passant des 90’s de AUTOPSY, au hip-hop de SISMA jusqu’aux vernissages de MONKEY III.
Le club a collaboré pour la première fois avec le festival Electrosane, les 18-19 et 20 septembre, ainsi qu’avec le Toit du Monde (à  Vevey) et le Kultur Büro de Barcelone (Bureau Culturel proposant le démarrage et la concrétisation de projets artistiques) pour l’événement «Of Bridges and Borders»(Au delà  des ponts et frontières) qui s’est déroulé le 2 octobre. Il a également accueilli les projections des films underground du LUFF entre le 14 et le 18 octobre.

Et après?

Le Metropop prendra ses aises au Romandie les 13 et 14 novembre prochains ainsi que le festival Les Urbaines qui nous fera voir le meilleur des jeunes créations émergentes.

Le Club collaborera encore pour diverses soirées telles que ; Food For Ya Soul, Hip Hop Junkies, Kill Your Idols et bien d’autres. L’association développe également ses soirées à  thèmes, qui auront lieu tous les 2 mois. La première soirée thématique s’est déroulée le 26 septembre sous le nom de « Bal Des Vampires », où l’on a pu voir quantité de dents acérées dansant sur des rythmes sombres et endiablés.

Sans oublier le KINOPLEX, qui nous proposera tous les 2 mois, le dimanche, de nouveaux films indépendants et underground, du genre de ceux que l’on a pu voir au LUFF(le Romandie est justement en collaboration avec l’APCI, association organisatrice du LUFF).

Pour 2010, ils envisagent de créer des projets hors du Romandie, proche du concept du «Lôzane’s Burning» toujours avec des musiques alternatives de la scène locale, dans un état d’esprit d’indépendance, de découverte et associatif.