Politique | 16.10.2009

La politique c’est chiant!

La politique en suisse : Mauvaise réception médiatique ou profond désintérêt ? Voici quelques éléments de réponse...

La politique en suisse : Mauvaise réception médiatique ou profond désintérêt ?

« Elle n’intéresse personne.. », « Elle est chiante! », « Elle n’est pas sexy! », . Voici les réponses données par Marc, Stéphanie et Natacha à  la question « Que pensez-vous du débat politique en Suisse? »  Ces trois étudiants de l’Université de Lausanne ne mâchent par leurs mots pour exprimer le désengagement flagrant des jeunes Helvètes vis-à -vis de leur politique nationale. En effet, combien seraient capables de vous expliquer clairement le système bicaméral, la composition du parlement, ou même de citer le nom du président de la Confédération ? Ces quelques questions qui apparaissent comme banales et allant de soi ne trouvent pas toujours de réponses auprès des jeunes suisses.

Ce manque d’engouement notoire est-il dû à  des politiciens barbants? A un peuple suisse sans intérêt pour cette question? A des médias trop timides, voire pas assez stimulants pour mobiliser les foules?
Nous allons dans un premier temps nous intéresser à  l’aspect médiatique dans le but de trouver quelques clés d’interprétation à  ce que nous pourrions nommer la « politiquophobie » des jeunes.

Les médias ont pour but de partager les informations et, en l’occurrence, de communiquer aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs les différents projets et décisions politiques de notre pays. Parce que la Suisse a la particularité linguistique et culturelle de se diviser en trois zones, il n’y a aucun média national à  proprement parlé. A chaque région ses journaux, ses radios et ses chaînes de télévision, développant à  la fois sa politique interne mais également celle du pays dans son ensemble. Dans cet article, nous ne nous cantonnerons à  ne parler que du cas de la Suisse romande car c’est celui qui nous concerne et nous touche principalement.

Mais d’où vient ce désintérêt profond qui caractérise notre jeunesse ?

Premièrement, il est indispensable de faire un petit tour d’horizon des divers supports médiatiques qui nous permettent de nous tenir au courant de l’activité politique. L’unique émission de débat se situant dans notre paysage médiatique romand est la « brillante » émission Infrarouge crée et réalisée par Romain Guélat, présentée par Esther Mamarbachi et diffusée sur la TSR.
Ce programme se propose de présenter des débats sur l’actualité politique de notre pays de manière épisodique. En effet, à  l’aide de deux participants, fondamentalement opposés, et accompagnés d’intervenants du public ou encore de SMS de téléspectateurs, le débat qui prend souvent une tournure étrange.
Effectivement, au lieu de se situer dans un débat guidé et constructif sur un sujet donné, on voit souvent une sorte de « combat de coqs » s’organiser. Aucun des partis ne souhaite entendre les arguments opposés et l’incapacité de la journaliste à  recentrer  le débat n’aide en rien à  la qualité de l’objet.

Nous vous voyons déjà  déferler sur nos dires en nous assénant l’argument qu’il en va de soi à  chaque débat politique télévisuel. C’est effectivement le cas sauf que notre argumentation se placera sur l’enlisement de ce genre de situation et au manque de choix constructifs d’intervenants spécialistes dans le domaine.

Ce n’est donc pas vers les émissions de débats politiques télévisuels que l’on se tournera pour notre appétit. Il nous reste alors l’incontournable télé journal. Celui-ci serait effectivement le meilleure moyen de prendre conscience de l’actualité politique environnante. De manière fréquente, les politiques sont invités à  partager leurs opinions sur divers sujets d’actualité et à  présenter les événements politiques au téléspectateurs. Faut-il encore que les journalistes en charge de l’édition soient efficaces et ne tombent pas dans ce phénomène de « titillage » dé-constructif permanent de la personnalité invitée.

On prendra encore l’exemple des journaux qui nous permettent une prise de conscience efficace suivant les diverses rédactions en place. Il en va de même pour la radio informative qui est tout de même bien moins écoutée que la télé n’est regardée.

Sans s’étaler, on situera également la place prédominante que les quotidiens gratuits ont pris auprès des jeunes, ceux-ci malheureusement dépouillés de toute analyse constructive professionnelle.

Concernant l’intérêt des jeunes pour la politique suisse, on commencera par présenter le fait que dans le cadre de l’éducation, le système nous est présenté une seule fois en cycle secondaire et en 45 minutes, montre en main! De là , la compréhension de ce monde et l’intérêt porté à  celui-ci est d’ores et déjà  difficile à  sa base.

Pour stimuler les jeunes à  s’intéresser à  ce monde, il nous manque également en suisse des personnalités politiques fortes possédant un grand charisme et une capacité de communication efficace permettant de toucher un maximum de gens.

Pour pousser les jeunes à  s’intéresser à  la politique suisse un des moyens les plus efficaces serait de recourir à  des émissions satiriques, plus digestes que les conventionnels débats. On prendra comme exemple l’émission La Soupe est Pleine (RSR) Autre nouveauté, La Télé, qui s’est mise à  diffuser cet été sur les téléviseurs vaudois et fribourgeois, propose depuis peu en collaboration avec le canal genevois Léman Bleu, un remake version « bien-de-chez-nous » des Guignols de Canal+. A savoir, Les Bouffons de la Confédération. Oui mais voilà , ces Bouffons ont beau avoir l’apparence des Guignols de l’Info, il n’en se place définitivement pas au même niveau de qualité. « Je les trouve pathétique », avoue Marc, le sourire aux lèvres. Mais d’où vient cet échec cuisant ?

Pour notre part, il réside dans le fait qu’en Suisse, nous vivons peut-être moins d’actualités politiques que nos voisins français. En effet, une fois que les Bouffons de la Confédération ont pris comme objets l’affaire Khadafi, les frasques d’UBS et l’affaire Polanski, il ne nous reste plus grand chose à  nous mettre sous la dent.

Une pâle copie de son concurrent, sans doute. Mais dans le fond, qu’est ce qu’ils ont de plus ces Guignols? C’est simple,  ils sont français!

La France, pays des révolutions et des coups de gueules en tous genres a en effet une autre approche de la politique qu’ici en Suisse.  Beaucoup plus agressive, plus intrusive et « définitivement plus attractive » selon Natacha, l’arène politique française ne manque pas d’attirer l’attention des Français et, il faut le croire, la nôtre, à  nous Romands. Procès entre dirigeants, attaques violentes des partis opposés et coups bas sont les disciplines de ce spectacle à  sensation qu’est la vie politique française.

Comparer les médias français et suisses peut effectivement paraître scabreux. Une industrie des médias de plus de 80 millions de récepteurs potentiels aura infiniment plus de moyens pour arriver à  ses fins que le fluet romand et ses 2 millions de récepteurs, frontaliers compris. La Suisse ne peut, et ne pourra jamais concurrencer sa grande sŠ«ur voisine sur le plan de la forme de ses programmes. On a beau essayer d’imiter Les Guignols ou quelque autre émission phare française, le contenu n’en frôlera pas moins le ridicule pour une raison majeure: l’absence d’originalité.

Une composantes est celle d’une transparence moins grande qu’en France. Pour illustrer ce fait, on a le droit a une « nuit des longs couteaux » inutile et inintéressante qui se propose de prendre la température et les avis des diverses personnalités politiques ayant choisies de dédier leur soirée à  déambuler dans les couloirs de cet hôtel, au lieu de rappeler les divers programmes des candidats au Conseil fédéral, et de nous présenter les audits des candidats avec l’assemblée nationale qui ne sont ni retranscrits dans les journaux, ni diffusés à  la radio et encore moins filmés par les chaînes suisses.

Comme l’illustrait Didier Burkhalter au télé journal le jour de son investiture au Conseil fédéral, les politiques suisses ne sont généralement pas friands de communication et de médias. Ils préfèrent se concentrer sur la tâche qui leur est induite. Avantage ou tare ? À vous de juger.

Dans ce cadre là , il nous est donc difficile de se tenir au courant de manière efficace des agissements de nos dirigeants et de leurs activités qui s’y rapportent. On notera tout de même que le pendant positif de ce phénomène est qu’à  l’instar de nos voisins français, nous ne subissons pas cette  « peopolisation » politique qui nous est tant insupportable et inutile.

Peut-être qu’un jour nos dirigeants se tourneront vers plus de transparence, de communication médiatique et vers une réelle volonté de toucher les jeunes. Pour l’instant, ce n’est pas le cas et le devoir d’information repose sur nos épaules étant donné le manque d’intérêt que les politiciens semblent donner à  notre crédit et opinion sur l’actualité politique.

En conclusion, il existe réellement une part des jeunes actifs en politique. Que ce soit les jeunes libéraux radicaux suisses et leurs quelques 4000 membres ou encore les jeunesses socialistes et leurs 1800 membres. Mais faut-il encore que les médias daignent s’intéresser à  eux et que les politiques leur donnent un réel crédit plutôt que de les utiliser comme image de marque de leur parti.

Alexandre Meunier & Stéphane Mustaki