Politique | 16.10.2009

COULISSES UNESCO

Les jeunes ne s'intéressent à  rien, font des grasses matinées et procrastinent tant qu'ils peuvent en attendant le week-end! Et bien non! Du reste, ni plus ni moins que les « vieux ».

Journal d’une Youth Rep à  la Conférence générale de l’UNESCO

Les jeunes ne s’intéressent à  rien, font des grasses matinées et procrastinent tant qu’ils peuvent en attendant le week-end! Et bien non! Du reste, ni plus ni moins que les « vieux ».

Je m’appelle Hélène, j’ai 22 ans. Je suis jurassienne, étudiante en dernière année de Bachelor en science politique à  l’Université de Lausanne et… représentante de la jeunesse suisse aux Nations Unies. En Suisse, nous sommes trois à  occuper ce poste. On nous appelle Youth Rep. C’est plus court, plus « djeunes », plus accrocheur quoi! J’en profite en passant pour signaler que nos successeurs seront bientôt sélectionnés…

Si cela éveille votre curiosité, alors allez jeter un coup d’Š«il sur : http://www.sajv.ch/fr/projekte/youth-rep/

Bon, revenons à  nos moutons. En tant que Youth Rep, j’ai pour mission de sensibiliser la jeunesse suisse aux thématiques onusiennes, mais aussi de prendre part à  de grandes conférences de l’ONU. Du 6 au 23 octobre, se tient à  Paris la 35ème Conférence générale de l’UNESCO à  laquelle je participe en tant que membre de la délégation suisse. Comme vous trouverez aisément des dizaines d’articles analytiques présentant les éléments factuels de la Conférence, je vais vous décrire une journée à  l’UNESCO vue de l’intérieur.

18h00 : Après une longue journée sur les bancs des auditoires de l’uni, je saute dans le dernier TGV pour Paris. Arrivée sur place, je passe la nuit à  réexaminer les nombreux projets de résolutions et à  apprendre les noms des membres de la délégation suisse par cŠ«ur.

8h00 : J’enfile fièrement mon tailleur, troque mes ballerines fantaisies contre des chaussures à  talons sobres et me rends au QG de la délégation suisse pour un briefing sur les dernières recommandations émanant de Berne.

9h30 : Je m’en vais à  la commission de la Communication et de l’Information de l’UNESCO à  laquelle je suis autorisée à  participer. On règle les derniers détails avec les délégués suisses dans la salle et c’est parti ! Je m’assieds au fond de la salle (et oui, il y a un seul siège derrière la pancarte « SUISSE » et il n’est pas pour moi). Il est 10h50, la réunion a commencé à  10h, la salle est loin d’être au complet.
 

J’ai un rôle d’experte de la jeunesse auprès de la délégation suisse, mais dans cette commission, il m’est difficile d’appuyer un sujet de jeunesse vu les thèmes de l’ordre du jour. Je contribue donc à  la formulation de la déclaration que va faire la suisse concernant des amendements à  un projet de résolution puis observe attentivement le déroulement de la session.

Les débats sont rythmés par un ordre du jour et des procédures très strictes. Soyons francs, ces grandes réunions internationales ne sont pas très sexy. Les discussions qui font que les choses avancent se font devant la machine à  café, dans les couloirs, durant les dîners, mais peu lors de celles-ci. Chaque prise de parole ne doit pas excéder deux voire trois minutes, les commissions ne durent que deux jours et demi et il faut un « background » important pour saisir toutes les subtilités des interventions des délégués. On peut cependant assez facilement comprendre les grandes priorités de chacun.

Les Etats-Unis ne jurent que par la cyber sécurité, la ligne politique de Mugabe se fait très fortement sentir derrière les déclarations du Zimbabwe sur la liberté d’expression et la Chine et la Russie ne sont pas non plus super motivées par une liberté d’expression sans conditions. Belle leçon de rapports multilatéraux !

L’ambiance est solennelle. Seul le président de la commission a le droit de prendre la parole librement. Les délégués attendent religieusement qu’elle leur soit donnée. La quasi totalité de la salle porte un casque audio, ceci du fait de l’exigence des six langues officielles de l’ONU! Chacun a le droit de s’exprimer en français, anglais, espagnole, arabe, mandarin ou russe mais a également le droit de suivre la session dans la langue qu’il souhaite. Les interprètes traduisent donc simultanément les déclarations des pays dans les six langues.

18h00 : Les interprètes s’en vont, ce qui nous contraint à  clore le débat. Mais ce n’est pas parce que le débat est terminé, que les délégués rentrent chez eux regarder Cauet et son nouveau « Tourner Manège » ! Ils s’agit maintenant de discuter à  l’interne des affaires en cours et des décisions prises pendant la journée, de préparer la session du lendemain et de synchroniser les prises de position. On appelle NYC, Berne, puis le teinturier et la nounou (et oui, les délégués ont une vie comme nous).

21h00 : je rentre à  peine de la session de débriefing et m’apprête à  aller souper avec la délégation. Bref, c’est un monde à  part. Un quotidien à  part. Une expérience unique et exceptionnelle pour la petite étudiante que je suis.