Gesellschaft | 24.01.2012

Montée de la Chine et des diplômés de Tsinghua

Text von Linda Samsinger
A la fin de mon bachelor en relations internationales (RI) à  Genève, j'ai décidé d'étudier nulle part ailleurs qu'à  la meilleure université de Chine: l'université de Tsinghua, pour y obtenir un Master en ... RI.
Les jardins de Tsinghua (image: tsingua.edu.cn)

A la dernière séance de l’Assemblée générale d’Amnesty International je me suis aperçue que le temps était fortement venu pour que les droits humains connaissent leur resurgissement en Chine. Ensuite, les lectures périodiques du Courrier International et les livres exhibés dans les vitrines des librairies montrent parfois cette importance de la découverte de la Chine ascendante dont tout le monde ne sait pas quoi penser. – Une raison de plus de se placer dans le milieu et d’oser l’aventure soi-même.

 

Les premières impressions : humidité, pollution de l’air, pollution de nourriture, chaos. L’atmosphère exotique qui règne dans cette mégalopole de 19 millions d’habitants se mélange avec le smog qui entoure des immeubles gigantesques et isolés. Mais à  part cette soi-disant «petite nébuleuse» avec des «caractéristiques chinoises»(1), des petits îlots enchantés d’architecture traditionnelle apparaissent, dont le campus de Tsinghua.

 

Tsinghua est une université crée en 1911 – date de naissance de la République de Chine déclarée par Dr. Sun Yat-Sen. Aujourd’hui, les leaders internationaux se rencontrent sur place afin de donner des cours : Bill Clinton, Tony Blair, Henry Kissinger, et cetera. Toutefois, le département de relations internationales est tout nouveau. Ma classe est la deuxième génération d’étudiants poursuivant leur Master en RI. Dans le cours d’introduction, nous avons déjà  été prévenus qu’il s’agissait de survoler à  peu près 500 pages de lecture par semaine et qu’il fallait mieux participer aux activités académiques au Carnegie-Tsinghua Center pour entendre les hommes de lettres et du monde afin de s’intégrer dans le réseau social et de faire la connaissance avec les autres étudiants et professionnels chinois. Cependant, elle est en concurrence avec l’université Beida. Alors que la première met l’accent sur l’ingénierie et la technologie, la dernière s’est spécialisée dans la philosophie et les études littéraires.

 

Pour cette raison, Tsinghua est aussi appelée le «MIT (2) de l’Est». Les tsinghua ren «gens Tsinghua» ont fait toute leur scolarité sur ce campus de 70’000 personnes. Juste à  côté, la Beijing Daxue -Beida «Beijing University» forme des diplômés en lettres. Un ami chinois qui étudie l’informatique m’a précisé que les étudiants de Tsinghua y vont pour chercher leur petite amie. Mais sur les listes des classements annuels des meilleures universités, la relation est tout autre. Le premier rang est occupé par Tsinghua et Beida à  tour de rôle. La compétition se fait même remarquer dans le gouvernement chinois. La «clique Tsinghua» comprend surtout le Secrétaire Général du Parti Communiste de la Chine et le Président de la République Chinoise : Hu Jintao – l’alumni le plus connu. Il a obtenu un diplôme d’ingénierie hydraulique, tandis que le vice-président actuel Xi Jinping possède un diplôme en ingénierie chimique. D’où la grande fierté des universitaires Tsinghua de pouvoir démontrer deux hauts fonctionnaires au gouvernement chinois, alors que Beida n’en a qu’un. Les anciens étudiants de Tsinghua sont disproportionnellement représentés comparés aux autres universités célèbres. L’ironie de ce fait est que le gouvernement se compose de technocrates et non pas de diplômés de science politique. La raison se trouve dans la philosophie totalitaire «d’obéir» plutôt que de «remettre en question» les devoirs proclamés, ce qui peut être un objet de changement dans le futur.

 

Néanmoins, ce qui a déjà  changé est l’absence du nombre inflationniste d’étudiants au cours. Ceux-ci sont axés sur les discussions et l’échange au sein de la classe de grosso modo 25 étudiants, au lieu du monologue frontal des professeurs exercé en Suisse. Aussi, chaque étudiant dispose d’une plus ou moins longue période de temps avec son conseiller privé – un enseignant choisi par l’administration universitaire pour aider l’étudiant dans le travail de thèse. Même si l’éventail des cours n’est pas si grand et que les enseignants sont bel et bien en train de développer leur capacité de communiquer en anglais, les professeurs ont tous reçu des diplômes de Ph.D des universités américaines réputées comme Yale, Berkeley, Columbia ou Princeton.

 

Grâce à  l’environnement coopératif et l’esprit d’hospitalité dans le réseau académique, les opportunités semblent plus nombreuses et réalisables. Le choix gastronomique également est plus varié. Il paraît que derrière chaque petite porte méconnaissable s’ouvre un autre supermarché ou café, prêt à  accueillir les étudiants à  des prix abordables. La vitalité et la capacité de produire ne s’arrêtent pas. Plus les événements sportifs, culturels et académiques sont fréquents, plus le processus de décision devient difficile ; surtout quand il s’agit d’acheter quelque chose. Les vendeurs sont plutôt enclins à  se dresser sur leurs ergots pour écouler leurs produits artificiels. La duperie est tellement répandue que les chinois ne viennent pas en aide au piéton en détresse. Ils ont peur qu’à  l’hôpital, ce blessé fasse payer son sauveur pour «l’accident qu’il aurait fait». L’arnaque s’échange pour l’apparence. La construction d’un nouvel hôtel pour les nouveaux quartiers, qui surgissent chaque jour en Chine, est jugée d’après la vitesse et non pas d’après des standards de sécurité. Car, le miracle de l’hôtel «bâti en un jour» émeut la masse qui observe avec fierté ce développement national fulgurant, mais pacifique (à  court terme ?) de l’économie chinoise. Mais, la montée de la Chine n’est-elle qu’une autre duperie?

 

(1) Le terme officiel pour désigner le système économique en Chine est «l’économie de marché socialiste avec des caractéristiques chinoises«

(2) Massachussets Institute of Technology