Sport | 05.12.2011

25’000 coureurs pour la Marmite

Ce week-end avait lieu la plus célèbre des courses genevoises mais aussi la plus populaire de Suisse: la course de l'Escalade.
Les footballeurs américains du Geneva Seahawks "Les enfants n'ont rien à  envier à  leurs aînés." (photos : Tribune de Genève)

La course la plus populaire de Suisse a été lancée en 1978 pour commémorer les événements du 12 décembre 1602, jour où les Genevois ont repoussé l’attaque savoyarde. Le nom de «l’escalade» évoque tout simplement la tentative d’escalade des remparts de la ville par les soldats ennemis. Pour cette 34ème édition, le succès de la course ne faiblit pas avec cette année près de 25’000 inscrits qui ont franchi la ligne d’arrivée.

 

Les premiers départs ont été donnés tôt samedi matin à  la Place de Neuve mais le public était déjà  nombreux pour encourager les fillettes âgées de six ans qui se sont élancées les premières après l’épreuve du walking. Les footballeurs américains, membres du Geneva Seahawks faisaient office de garde-fous en se tenant la main à  la ligne de départ pour éviter ainsi les bousculades. «Pour les catégories les plus rapides, le but est de les rattraper et de les bousculer lorsque le coup de canon retentit» confiera plus tard un habitué de la course.

 

Sur le parcours traversant la vieille ville, les badeaux sont à  leur fenêtre. Tout le monde encourage les sportifs, surtout les derniers qui se font parfois rattraper par les premiers. En effet, les hommes doivent effectuer trois tours de parcours pour venir à  bout des 7,248 km. Course populaire oblige, les niveaux sont très différents. Cela rend la course plus compliquée pour les premiers qui sont parfois gênés par ceux qu’ils rattrapent mais on s’en doute, également pour les dépassés qui peuvent ressentir un certain découragement. Heureusement l’ambiance est chaleureuse. La place du Bourg-de-Four est animée par un brass band, la cathédrale elle, accueille trois cors des Alpes. Mais c’est bel et bien au parc des Bastions que la fête bat son plein. De nombreuses animations sont proposées : on s’échauffe avant de regagner la ligne de départ ; on se réchauffe aussi autour d’un vin chaud offert par toute l’équipe de la Tribune de Genève.

 

On scande aussi le nom des coureurs qui franchissent la ligne d’arrivée avant qu’ils n’aillent retirer leur prix-souvenir distribué par les bénévoles. Et il en faut du monde, pour distribuer les vingt-cinq-milles récompenses. La course de l’Escalade ne compte qu’une seule salariée, une secrétaire. Toute l’organisation restante est gérée par près de huit-cents personnes présentes pour installer les barrières, sécuriser le parcours, attribuer les dossards, surveiller les vestiaires ou encore courir aux côtés des tout petits qui sont parfois un peu dépassés par les événements. Afin que les parents puissent retrouver plus facilement leurs enfants, ceux-ci sont dirigés dans différents petits parcs à  l’effigie d’un animal qui figure sur leur dossard. Les parents n’ont plus qu’à  rejoindre la zone correspondante pour enfin congratuler leur progéniture. Ils les méritent, ces félicitations ! Les enfants n’ont rien à  envier à  leurs aînés. Pour preuve, Lara Simpson, sept ans, a avalé les 1,885 km de sa course avec une moyenne de 13,9 km/h ! Luca, son frère a également dominé sa catégorie ; il était encouragé par leur père, Guy Simpson, deuxième au marathon de Genève cette année, qui a couru plus tard dans la journée tout comme sa femme.

 

Les élites ont affiché de magnifiques performances avec notamment la victoire de Clarisse Cruz, portugaise inconnue du comité d’organisation. Elle n’était d’ailleurs pas invitée et a payé sa participation comme n’importe quelle autre compétitrice. Son ami qui a participé l’année passée avec une belle dix-septième place l’a encouragée à  s’inscrire. Et c’est invitée par des amis de Collonges-Bellerive qu’elle s’est surprise à  dominer les Kenyanes, grandes favorites de la course.

 

Du côté des hommes c’est Paul Kipkorir, ressortissant kenyan, qui s’est imposé. Egalement vainqueur l’année passée, il avoue que les températures froides de l’hiver lui réussissent bien. Pourtant, en salle de presse, c’est Tadesse Abraham, deuxième derrière Kipkorir, qui retient toute l’attention. Bien qu’appartenant au club d’Uster, dans le canton de Zürich, il est établi à  Genève avec sa femme et son fils de neuf mois. Notons encore la belle troisième place de Milton Rotich qui n’avait jamais couru par des températures aussi hivernales. Il était présent la semaine passée à  New Dehli pour le semi-marathon où le thermomètre indiquait déjà  quinze degrés à  sept heure trente du matin !

 

Et c’est la course de la Marmite réunissant le plus de participants qui clôt la journée. Cette course doit son nom à  la Mère Royaume qui aurait, durant l’assaut des savoyards, déversé une marmite de soupe sur les assaillants. C’est ainsi que la marmite en chocolat et ses légumes en massepain sont devenus les symboles de ce 12 décembre 1602. La course de la Marmite réunit surtout les amateurs de déguisements en tout genre plus que de véritables coureurs. Des marmites et des légumes donc, mais aussi des M&M’s, des Schtroumpfs, des pirates ou encore des Tintins ont défilé dans les rues Basses avant de franchir la ligne d’arrivée, comme tous les autres coureurs, au parc des Bastions.

 

Jean-Louis Bottani, président du comité d’organisation, conclut cette belle journée : «Chaque année, on observe 30% de nouveaux participants, ce qui fait de la course de l’Escalade un vivier considérable. Cette course véhicule des valeurs profondes d’intégration et d’engagement, notamment en invitant des requérants d’asile à  participer en 2010 et des amputés cette année.» Puis de souligner à  nouveau, «la course de l’Escalade vit exclusivement par des bénévoles qui mettent leur énergie, leur passion et leur compétence au service de tous.»

 

Des valeurs sportives mais aussi humaines qui permettent à  tout un chacun de se dépasser chaque année et de ressortir toujours grandi d’une telle expérience.

 

www.escalade.ch

www.volontariat-ge.org