Kultur | 29.11.2011

Le surréalisme en 2011, une utopie?

Text von Elise Perrin | Bilder von Katharina Good
Dans les années 20, un groupe d'artistes voulait révolutionner la société avec des mots et des couleurs. Aujourd'hui, les toiles, les textes et les objets exposés à  la Fondation Beyeler sont-ils toujours accompagnés des mêmes revendications et espoirs?
Was denken die Besucher der Ausstellung, wenn sie die Schriften der Surrealisten betrachten?
Bild: Katharina Good

Paris, 1924. Le groupe des Surréalistes se forme. Leur but est de « changer le monde » (comme l’entendait Marx) et de « changer la vie » (comme l’a dit Rimbaud). Ainsi, e mouvement surréaliste ne se veut pas seulement artistique, mais surtout révolutionnaire. L’art y est conçu comme un moyen permettant la libération de l’homme en laissant l’inconscient s’exprimer. Il s’agit d’abolir la limite trompeuse mais communément acceptée entre « conscient » et « inconscient », entre « réel » et « imaginaire ». Hélas, la société moderne, flanquée de ses valeurs matérialistes et de son rationalisme, a imposé à  l’homme toutes sortes de normes et a fait de l’imaginaire, au mieux un domaine négligeable de la vie, au pire un obstacle au bon fonctionnement de la société. Les Surréalistes visent cette libération de tout carcan social via l’art – notamment la poésie et les arts plastiques. Car la connaissance de l’homme total requiert la conscience de l’inconscient.

 

Bâle, 2011. Un musée, la Fondation Beyeler, cherche à  recréer l’atmosphère artistique d’une exposition surréaliste. Le visiteur déambule dans le musée comme dans les collections personnelles des mécènes, muses et artistes surréalistes. Il est confronté à  des toiles, des sculptures, des dessins, des textes du groupe surréaliste. Peut-être que la toile Carnival, de Kurt Seligmann, un Bâlois, lui évoque l’univers bien connu de Fasnacht. Ou peut-être  que son regard est attiré par un totem d’art primitif colombien… Mais comment le visiteur d’aujourd’hui se positionne-t-il par rapport à  l’Š«uvre qu’il observe ? Les idéaux surréalistes résonnent-ils encore d’une certaine manière au XXIème siècle, évoquant un monde meilleur? Voici les impressions de quelques visiteurs à  la sortie de l’exposition.

 

Nombreux sont ceux qui évoquent l’importance du rêve dans notre vie.

„Der Surrealismus ist eine Flucht in eine andere Welt.“

„On ne peut pas échapper au surréalisme, même si on ne s’en rend pas compte.“

 

Mais tous ne voient pas les choses de cette manière…

„Der Surrealismus ist vorbei und abgeschlossen. Unsere heutigen Gedanken stimmen nicht mehr damit überein.“

 

D’autres parlent des aspects esthétiques de l’art surréaliste:

„Der Surrealismus bringt gute Gespräche über Komposition und Geschichte der Kunst.“

„Heute ist im Surrealismus keine Politik mehr sichtbar, nur noch Kunstobjekte.“

 

Et justement, les avis concernant les idéaux politiques sont partagés:

„Die Surrealisten haben es sicher geschafft, die Gesellschaft zu verändern.“

„Vielleicht ist die Macht der Kunst, die Gesellschaft zu verändern, übertrieben.“

„Heute denken immer mehr Menschen wie der Mainstream. Kunst kann etwas dagegen bewirken.“

„Der Surrealismus bringt der Gesellschaft Offenheit bezüglich Tabuthemen.“

„Die Finanzkrise hat surreale Aspekte.“

 

Les avis si divers montre que le surréalisme résonne de manière différente chez chacun, mais qu’il ne laisse certainement pas indifférent… Il fait encore parler de lui, et donc, d’une manière ou d’une autre, il est encore bien présent dans notre société. Il donne lieu à  des débats, à  des expositions, et nous rappelle la force des mots et des couleurs. Comme l’écrivait André Breton, «l’homme […] est encore libre de croire à  sa liberté. Il est son maître, en dépit des vieux nuages qui passent et de ses forces aveugles qui butent. N’a-t-il pas le sens de la courte beauté dérobée et de l’accessible et longue beauté dérobable ? «